D’un côté il y a les vétérans de la «haute» couture. Avec leurs traditions, leur célébrité, leur suffisance, leur patine. De l’autre côté, il y a les modernes. Rénovateurs, iconoclastes, fonceurs et talentueux. Au milieu il y a une petite poignée de clientes en mesure d’assumer les prix de leurs choix. Ce groupe de «happy few» s’effiloche, de surcroît, d’année en année, les mœurs actuelles s’étant obligatoirement départies radicalement de l’eclectisme d’autrefois. Le prêt-à-porter et l’industrialisation de la mode ont fait le reste. Les temps changent... En 1997, le hardi réformateur Jean-Paul Gaultier réussissait à pénétrer dans la cour des grands suivi de près par Thierry Mugler, puis Adeline André, Dominique Sirop. La pesante grille de la très sourcilleuse Chambre syndicale de la couture s’entrouvrait pour laisser glisser dans le sein du nec plus ultra quelques nouveaux créateurs triés sur le volet. Par la suite, même des étrangers ont pu pénétrer dans la forteresse aux portes entrebaillées : Josephus Thimister, Ocimar Versolato, Christophe Rouxel. Sous l’impulsion de Didier Grumbach, nouveau président de la Chambre syndicale, l’institution s’ouvrait au siècle. Mais entendons-nous : seules quinze grandes maisons peuvent prétendre au label «haute couture», les sept nouveaux sociétaires ne sont officiellement que «membres invités». Ils sont ainsi dispensés de la soumission au cahier des charges qui fixe à un minimum de vingt le nombre d’ouvrières d’atelier et impose la présentation, deux fois par an, de cinquante pièces «dans un lieu spécialement aménagé à cet effet». La guerre de Troie a toujours lieu... Mais l’admission de nouveaux appelés dans le sanctuaire a soulevé rancunes et rivalités. «Pourquoi eux et pas nous», se met à pianoter d’impatience le groupe de créateurs qui estiment mériter amplement leur entrée au temple, exigeant des réformes majeures concernant les conditions d’admission, très peu conformes à l’esprit de l’époque actuelle. Ne voyant rien venir, une dizaine d’entre eux ont défilé en «off», au début de cette année, en ne tenant pas compte des règlements de la Chambre syndicale de la haute couture. Refusant l’onction et l’aide médiatique de la «reine mère», chacun des exposants a organisé sa propre campagne. Résultat, le Herald Tribune couvrait d’éloges Pascal Humber, prometteur comme créateur, mais peu connu des listes d’acheteurs étrangers. Il faudrait préciser qu’un défilé, pour réussir à remplir le carnet de commandes d’un couturier, implique des investissements très importants. Il s’agit de mises en scène proches de superproductions cinématographiques, avalant des milliers de francs ou de dollars. Pour réveiller la curiosité, soutenir l’attention, il faut des stratégies très sophistiquées, où les conseils très onéreux d’experts en la matière sont indispensables : choix du lieu, créneau horaire, date, liste de personnages-clefs susceptibles de susciter l’attention et propres à attirer des clients. Mais aussi astuces innovatrices. Au début de cette année, par exemple, un des dix couturiers de la fronde faisait défiler sa collection dans les salons d’un hôtel très proche de celui où se tenait, à la même heure, la présentation de Versace. Ses modèles, comble de la provocation, étaient à des prix dix fois moins élevés des créations de la griffe italienne. Que va-t-il sortir de la confrontation entre jeunes talentueux et vétérans célèbres? Dominique Sirop n’hésite pas de résumer ainsi la situation. «Si la haute couture tient à sa survie ,elle doit accepter le renouveau. Voilà vingt ans que les Américains proposent un prêt-à-porter luxueux, baptisé “Couture”. À nous d’interdire toute confusion des genres, en plaçant effectivement la nôtre à la place qu’elle revendique». En d’autres termes, ouvrir grandes les portes aux nouveaux talents en les aidant.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats D’un côté il y a les vétérans de la «haute» couture. Avec leurs traditions, leur célébrité, leur suffisance, leur patine. De l’autre côté, il y a les modernes. Rénovateurs, iconoclastes, fonceurs et talentueux. Au milieu il y a une petite poignée de clientes en mesure d’assumer les prix de leurs choix. Ce groupe de «happy few» s’effiloche, de surcroît, d’année en année, les mœurs actuelles s’étant obligatoirement départies radicalement de l’eclectisme d’autrefois. Le prêt-à-porter et l’industrialisation de la mode ont fait le reste. Les temps changent... En 1997, le hardi réformateur Jean-Paul Gaultier réussissait à pénétrer dans la cour des grands suivi de près par Thierry Mugler, puis Adeline André, Dominique Sirop. La pesante grille de la très sourcilleuse Chambre syndicale de la...