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Actualités - Chronologie

Les Serbes, à leur tour, prennent la route de l'exil

Ils ont eu plus de temps pour préparer les charrettes, arrimer avec soin les chargements. Mais, comme les Kosovars albanais au cours des dernières semaines, l’heure de l’exil a sonné pour de nombreux Serbes du Kosovo. Le départ, largement entamé dans toute la province, des forces de Belgrade a donné le signal de l’exode pour des milliers de Serbes, trop effrayés pour rester sous la protection, pour l’instant très théorique, de soldats de l’Otan qu’ils considèrent depuis le 24 mars comme des ennemis. À Klina, gros bourg à l’ouest de Pristina, Miroslav (il refuse de révéler son nom) entasse dans la remorque du tracteur familial des cartons de nourriture et les coussins du sofa du salon. Des outils (scie, hache, barres de fer) ont été soigneusement cloués aux parois de bois de la remorque. «Tout le monde se prépare à partir, alors on va les suivre», siffle-t-il entre ses dents. «On partira en convoi, avec les autres. Nous n’avons nulle part où aller». Son cousin, jeune homme aux cheveux rasés, en débardeur, pistolet glissé dans la ceinture, chasse à coups d’insultes les étrangers. Dans les rues de Klina, on siphonne les réservoirs, change des roues, bâche des chargements. Soldats et policiers déambulent, armes à la main. Téléphone et électricité coupés, c’est le royaume de la rumeur. Le chef de la police, qui lui aussi refuse d’être identifié, assure poliment avoir «reçu instruction de partir. Nous tentons de convaincre les gens de rester, mais c’est sans espoir. Ils vont tous fuir». Les collines marquant l’orée du plateau de la Drenica, berceau historique de la rébellion albanaise, commencent à la sortie de la ville. «Les gars de l’UCK vont descendre et égorger tous ceux qu’ils trouveront», dit en tremblant un cafetier, patron de l’un des seuls établissements encore ouverts. «Je n’ai pas envie de partir, mais je ne resterai pas seul». Trois notables (serbes) de la ville sont attablés chez lui. Nikola Skokovic, qui se présente comme le directeur du gros conglomérat industriel Drenica tout proche, lâche : «Il faut dire la vérité : ce ne sont pas les bombardements de l’Otan qui ont chassé les Albanais. Ce sont les paramilitaires et des policiers. Mais ils n’étaient pas d’ici. Ils sont restés un mois et sont repartis. Mais aujourd’hui, nous devrons tous partir. Les “ terroristes ” ne feront pas la différence». Nous n’étions pas d’accord Atterrés par le départ des forces de Belgrade, certains Serbes tentent sans trop de conviction de se démarquer de ceux qui ont mis en œuvre l’épuration ethnique de la province. «Nous n’étions pas d’accord, mais ne pouvions rien faire», affirme Radomir Jivkovic, un avocat de la ville voisine de Pec, «sous peine de prendre une balle dans la tête». «Au moment de son départ, j’ai dit “ Dieu te garde ” à un ami albanais», raconte Nikolas Skokovic. «Il m’a dit : “ Le diable noir nous emporte ”... Maintenant, c’est notre tour». Le village de Kijevo, à quelques kilomètres de là, a longtemps été un bastion serbe, cerné par l’UCK pendant de longues semaines l’été dernier. Une colonne de tracteurs (400 à 500 personnes) s’est rassemblée dimanche matin. En début d’après-midi, elle avait pris la route du Monténégro. Les seules âmes qui vivent sont désormais des soldats et des policiers occupés à charger armes et bagages dans des camions bâchés. Sacha, 23 ans, réserviste de Kraljevo (centre de la Serbie), est arrivé il y a trois mois à Kijevo. Il retourne chez lui mardi et s’en réjouit. «Si l’accord avec l’Otan n’avait pas été signé, nous aurions déserté comme les gars de Krusevac», lance-t-il. «Nous ne voulions pas venir ici, les habitants n’auraient jamais dû avoir à fuir. Tout le gouvernement devrait être jugé pour ce qu’il a fait ici! Nous allons tous rentrer chez nous traumatisés. Qu’avons-nous défendu? Que les communistes aillent au diable!».
Ils ont eu plus de temps pour préparer les charrettes, arrimer avec soin les chargements. Mais, comme les Kosovars albanais au cours des dernières semaines, l’heure de l’exil a sonné pour de nombreux Serbes du Kosovo. Le départ, largement entamé dans toute la province, des forces de Belgrade a donné le signal de l’exode pour des milliers de Serbes, trop effrayés pour rester sous la protection, pour l’instant très théorique, de soldats de l’Otan qu’ils considèrent depuis le 24 mars comme des ennemis. À Klina, gros bourg à l’ouest de Pristina, Miroslav (il refuse de révéler son nom) entasse dans la remorque du tracteur familial des cartons de nourriture et les coussins du sofa du salon. Des outils (scie, hache, barres de fer) ont été soigneusement cloués aux parois de bois de la remorque. «Tout le monde se...