Député européen ou rien: pour Carlos Pimenta, qui quittera en juin le Parlement de Strasbourg après 12 années de mandat, siéger dans une Assemblée nationale ne présente guère d’intérêt après avoir travaillé pour l’Europe. «J’ai démissionné du Parlement national le jour même où j’ai été exclu des listes européennes», a déclaré dans une interview ce député portugais du Parti social-démocrate (PSD). Ancien ministre de la Pêche et de l’Environnement, Carlos Pimenta représentait le Portugal au Parlement européen sans discontinuer depuis l’adhésion de son pays, en 1986. «Les Parlements nationaux, ce sont les Parlements des partis», estime-t-il. «On vote pour le gouvernement, quelles que soient les bêtises qu’il fait». Au Parlement européen, rien de tel, puisque la présence dans l’hémicycle de plus de 80 partis hétéroclites – du Front national français aux indépendantistes écossais et de Nana Mouskouri à Otto de Habsbourg – rend la discipline de vote très aléatoire et que les majorités changent selon les dossiers. Le clivage droite-gauche est souvent remplacé par des fractures Nord-Sud et les dossiers environnementaux voient souvent les écologistes s’allier aux démocrates-chrétiens. «La grande différence entre ce Parlement et les autres c’est qu’il est un Parlement d’individus», dit-il. «Le Parlement européen est totalement perméable à la société extérieure», souligne Carlos Pimenta. «C’est la plus grande société de débat en Europe. Aucun Parlement national ne reflète la richesse, la diversité, la complexité du monde actuel comme le Parlement européen. C’est une fenêtre». Montée en puissance Les groupes de pression ne s’y trompent pas: des chasseurs aux motards en passant par les lobbies pharmaceutiques, les Indiens d’Amazonie, les Kosovars ou les femmes afghanes, tous font le siège de Strasbourg, bien plus que des Parlements nationaux, qui ont perdu l’essentiel de leur pouvoir. Et pour ce passionné de la construction européenne et des questions d’environnement, qui a été exclu des listes après le récent changement de direction dans son parti, la montée en puissance de Strasbourg est loin, très loin d’être achevée. «J’ai connu, en tant que ministre de mon pays, l’époque où le Conseil (des ministres) ne s’arrêtait pas cinq secondes pour examiner ce que pensait le Parlement européen», se souvient-il. Grâce, notamment, aux efforts de l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl, l’institution a obtenu le pouvoir de codécision sur la plupart des mesures adoptées par le Conseil, ce qui a obligé les ministres des Quinze à passer très souvent sous les fourches caudines des députés européens. Lors des dernières législatives, Strasbourg a encore affirmé ses pouvoirs par un affrontement presque constant avec la Commission européenne, qui a été contrainte à la démission après la publication d’un rapport dévastateur d’un comité de sages sur les fraudes et le népotisme dans l’Exécutif européen. «C’est dans l’ordre des choses. On ne peut pas avoir une intégration européenne accrue sans rôle accru pour le Parlement», estime l’ex-député européen. Si cette affirmation du pouvoir du Parlement s’est surtout faite au détriment de la Commission, Carlos Pimenta prévoit pour la prochaine législature un affrontement avec le Conseil. Ce choc aura selon lui lieu sur le dossier de la Politique étrangère et de sécurité commune (Pesc), pour lequel les Quinze refusent toute compétence au Parlement alors que ce dernier dispose d’un droit de veto sur le budget communautaire. Si les gouvernements refusent de donner aux députés un droit de regard sur la Pesc, Strasbourg peut refuser de débloquer les crédits pour la reconstruction du Kosovo ou l’aide à la Russie. «On va vers une grande bagarre qu’aucune des deux institutions ne veut perdre», assure-t-il. «Car si le Parlement perd cette bataille, il perdra beaucoup».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Député européen ou rien: pour Carlos Pimenta, qui quittera en juin le Parlement de Strasbourg après 12 années de mandat, siéger dans une Assemblée nationale ne présente guère d’intérêt après avoir travaillé pour l’Europe. «J’ai démissionné du Parlement national le jour même où j’ai été exclu des listes européennes», a déclaré dans une interview ce député portugais du Parti social-démocrate (PSD). Ancien ministre de la Pêche et de l’Environnement, Carlos Pimenta représentait le Portugal au Parlement européen sans discontinuer depuis l’adhésion de son pays, en 1986. «Les Parlements nationaux, ce sont les Parlements des partis», estime-t-il. «On vote pour le gouvernement, quelles que soient les bêtises qu’il fait». Au Parlement européen, rien de tel, puisque la présence dans...