Liberté, liberté chérie. Depuis ses débuts, Fabien Barthez, le gardien de l’équipe de France, a toujours agi en homme libre. La prolongation de son contrat à Monaco s’inscrit dans la logique de ce surdoué introverti, sachant se régénérer dans la solitude. Quinze minutes passées samedi avec le président monégasque, Jean-Louis Campora, ont scellé l’avenir de Barthez pour le prochain lustre. Donné partant, il a rempilé. Sur la table, un salaire net estimé à 1 MF a fait le reste. En s’alignant sur les propositions étrangères, Monaco a su infléchir la décision d’un joueur symbole qui, de par l’aura dont il jouit depuis la victoire française au Mondial, compte dans l’image que souhaite donner la principauté. «Mon choix est avant tout sentimental. L’ASM c’est le prince Albert et le prince Rainier. C’est une grande famille. Leur attachement m’a vraiment touché. En mettant ce prix, ils ont démontré ce que je représentais pour eux», observe le «chouchou» des Français. Oubliée l’envie de vivre une nouvelle expérience dans un contexte moins émollient. Assoupi ce besoin d’être immergé dans un championnat où on évolue devant 80 000 spectateurs. Après s’être récemment séparé de son conseil, Barthez a mené «sa barque» seul, avec pour unique but de tout régler au plus vite afin de pouvoir se concentrer sur les deux matches de l’équipe de France contre la Russie et Andorre. S’il est l’un des seuls champions du monde sans agent, il n’estime pas sa situation incongrue. «Je ne vois pas pourquoi un footballeur ne se gèrerait pas tout seul. En sélection, on s’est tous fait avoir au moins une fois par un manager. Je me suis prononcé tout seul. Si je me plante, je sais à qui je dois adresser les reproches», explique-t-il. Vague bleue C’est net et concis. C’est Barthez, plutôt parcimonieux de ses paroles. Solide dans ses convictions et dans sa démarche, il ne se départit jamais de cette légèreté, mâtinée d’insouciance. Ce qui, de l’extérieur, est interprété comme de la faiblesse est chez lui un formidable atout. «Il est unique, on ne l’attrape jamais. Il mène sa propre vie, seul dans le groupe. Il est attachant, c’est sans doute pour cela qu’il est si grand». Lemerre : « Battre la Russie pour asseoir notre hégémonie sur le groupe » L’hommage est signé Roger Lemerre. Au crépuscule de la saison, il jette un regard sans complaisance sur ses performances. Grand bénéficiaire de la vague bleue, son rendement post-mondial a été chaotique. Victime d’un inévitable phénomène de décompresion, il est redevenu lui-même depuis décembre. «Après la Coupe du monde, j’étais absent. Je n’arrivais pas à me mettre dans le coup. Je passais mon temps à gérer le téléphone et le fax. J’ai alors tout coupé. J’avais besoin de calme et tout est reparti». Calquant sa trajectoire sur celle de Monaco, il a recouvré son niveau et sa confiance a déteint sur ses partenaires. À trois jours du match contre la Russie, il avoue sans ambages ne pas se soucier du pedigree des «attaquants adverses» et invite le groupe à «faire abstraction de la fatigue pour négocier un rendez-vous très important». Chez ce surdoué qui voue une telle passion pour le jeu et son rôle, l’envie et la volonté reprennent vite le dessus. «Quand tu aimes ce que tu fais tu ne veux rien lâcher». Le sélectionneur de l’équipe de France de football, Roger Lemerre, a estimé mercredi qu’un succès face à la Russie, samedi à Saint-Denis, en éliminatoires de l’Euro 2000, permettrait aux champions du monde «d’asseoir un peu plus leur hégémonie sur le groupe 4». «Le résultat de ce match ne revêt pas la même importance pour les deux nations. La Russie, reléguée à cinq longueurs du duo franco-ukrainien, est dans une situation difficile. Les trois points lui sont nécessaires pour recoller à la tête du groupe», a-t-il indiqué lors d’un point presse au centre technique de Clairefontaine.. «Une défaite l’éliminerait définitivement, a analysé Roger Lemerre et nous aurions, dans ce cas de figure, un peu plus notre destin entre nos mains». Interrogé sur ses options tactiques, en l’absence de Zinedine Zidane, le patron technique des «Bleus» a parlé «d’une organisation comparable à celle alignée face à l’Ukraine, en mars (0-0)». «On ne remplace pas Zidane. Il n’y aura pas de révolution dans le jeu. La France a ses caractéristiques, elle ne changera pas ce qui fait sa force. Rationnellement, l’équipe est la mieux équilibrée dans un système en 4-4-2. Pour l’appliquer, il faut posséder les hommes», a-t-il poursuivi. Concrètement, Youri Djorkaeff devrait se voir confier la direction du jeu dans ce système avec deux récupérateurs. En attaque, Sylvain Wiltord, le meilleur buteur du Championnat de France (22 buts), pourrait débuter aux côtés de Nicolas Anelka. Reste l’énigme Robert Pires, qui avait accompli à l’aller à Moscou (3-2) son meilleur match sous le maillot bleu. «Robert est intéressant quand il provoque et va de l’avant. Quand il se mue en organisateur, il ne constitue pas une solution pour la France», a indiqué Lemerre. Une certitude : la titularisation de Vincent Candela en lieu et place de Bixente Lizarazu blessé. «Il est plus facile d’affronter la Russie puis Andorre, ne serait-ce que dans la gestion des cartons jaunes, a souligné Lemerre, qui a reconnu que certains internationaux, en discussions pour leur avenir, devaient tenir compte de ces contraintes annexes». L’UEFA maintient le match Eire-Yougoslavie à Dublin L’Union européenne de football (UEFA) a annoncé, mercredi, que le match Eire-Yougoslavie est bien maintenu à samedi au stade Lansdowne Road de Dublin malgré le gouvernement irlandais qui semble prêt à refuser des visas d’entrée aux joueurs yougoslaves pour cette rencontre comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2000 (groupe 8). L’Irlande devrait refuser les visas aux joueurs yougoslaves Le gouvernement irlandais devrait refuser de délivrer des visas aux joueurs yougoslaves pour le match des éliminatoires de l’Euro-2000 (groupe 8), samedi à Dublin, a indiqué le ministre des Sports James McDaid mercredi à Paderborn (ouest). «Nous prendrons la décision qui s’impose à un moment où un génocide est en cours» au Kosovo, a déclaré le ministre en marge d’une réunion informelle des ministres et des chargés des Sports de l’Union européenne. James McDaid s’est dit «profondément déçu» par la position de la Fédération européenne de football (UEFA) qui a refusé d’annuler le match, malgré la guerre du Kosovo. James McDaid avait échoué auparavant à convaincre ses collègues européens d’appeler l’UEFA à annuler le match. Le secrétaire général de l’UEFA, Gerhard Aigner, venu s’entretenir à Paderborn avec les responsables européens, a affirmé qu’il n’existait aucune «base pour toute autre décision» que celle de faire jouer le match. «On jouera le 5 juin», a-t-il dit devant la presse. Il n’existe «nulle part une décision prise par une quelconque instance politique disant que des ressortissants yougoslaves ne peuvent se rendre à l’étranger», a-t-il expliqué. Il a aussi fait valoir que la «compétition (était) entamée». «Nous ne jouons pas dans en pays en proie à des conflits armés, mais nous jouons tant que nous le pouvons», a-t-il ajouté. Abstention Les ministres et chargés des Sports de l’Union européenne se sont abstenus d’appeler explicitement l’UEFA à annuler le match. Le ministre allemand de l’Intérieur, Otto Schily, qui présidait les travaux de Paderborn, a invoqué la nature informelle de la réunion, qui empêchait selon lui toute prise de décision. Les ministres ont toutefois rappelé de précédentes prises de position des Conseils européens en date des 26 avril et 31 mai. Les ministres européens des Affaires étrangères avaient demandé lundi à l’UEFA de «reconsidérer» ses décisions permettant à la Yougoslavie (RFY) de participer à certaines «compétitions majeures». L’UEFA a menacé la Fédération irlandaise d’exclusion si les Irlandais ne disputaient pas le match. Pour protester, les Irlandais ont annoncé que l’hymne yougoslave ne serait pas joué avant le match et qu’il n’y aurait aucun drapeau yougoslave dans le stade. Le rappel de ces prises de position européennes est «suffisamment parlant», a estimé Otto Schily mercredi en Allemagne. La France était le principal opposant à tout appel à l’annulation à l’adresse de l’UEFA, réclamé par les ministres irlandais et britannique James McDaid et Tony Banks. Le fait que la France accueillait du 21 juin au 3 juillet le Championnat d’Europe de basket-ball, avec la participation de la Yougoslavie, passait pour la principale motivation française. Pour cette compétition, a déclaré la ministre Marie-George Buffet, «le gouvernement français a décidé de se soumettre aux décisions des responsables sportifs nationaux». Otto Schily a toutefois assuré que «notre solidarité va à notre collègue irlandais».
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