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Actualités - Reportages

Une véritable radiographie de la société du Mont-Liban (photo)

Les archives libanaises, amassées une à une durant une cinquantaine d’années par l’émir Maurice Chéhab et son équipe, ont été recueillies auprès de sources diverses. Leur richesse est inestimable pour la connaissance de l’histoire du pays au cours de la période ottomane. Ces archives constituent une véritable radiographie de la société du Mont-Liban de l’époque. Durant la période ottomane, le Liban a connu trois régimes d’administration régionale, l’émirat, la caïmacamat et le mutasarrifiyat, qui eurent chacun ses archives, avait rappelé l’émir Maurice Chéhab au cours de sa conférence intitulée : “Les Arabes par leurs archives”. Du temps des émirs, jusqu’en 1842, les archives, autant officielles que familiales, étaient la propriété personnelle des familles notables. Si, à l’époque, elles semblaient bien conservées, elles n’ont plus paru d’aucune utilité aux familles dans leur déclin au XIXe siècle. Et c’est à ce moment-là que bon nombre de documents ont été détruits ou brûlés. Quant à la période de transition constituée par le caïmacamat, de 1842 à 1860, l’empire ottoman y entreprit des réformes dans un souci de compromis avec les coutumes locales. Le Liban fut divisé en deux parties gouvernées chacune par un caïmacam choisi par le sultan dans une famille notable, sous le contrôle du pacha ottoman résidant à Beyrouth. C’est le caïmacam qui tenait le registre des pièces importantes de son administration, qu’il conservait alors comme une propriété personnelle. Une partie seulement de ces registres a été récupérée par Maurice Chéhab. De 1861 à la Première Guerre mondiale, c’est la période de la moutasarrifiyat, où le Liban, formé du massif montagneux portant son nom, fut gouverné par un pacha nommé par le sultan. Toutes les décisions des mutasarrifs et du conseil d’administration étaient alors consignées dans des registres spéciaux, dont 93 documents ont constitué l’acquisition la plus importante de la DGA. Les archives de l’histoire du Liban, recueillies par l’émir Maurice Chéhab et constituées de 200 000 documents, comprennent entre autres les pièces relatives à cette époque ottomane citée plus haut et qui s’étale de la fin du XVIe siècle jusqu’en 1914. Quelques révélations livrées par les archives Des proclamations sur le mode d’investiture de l’émir et le renouvellement annuel de son pouvoir ont ainsi été récupérées. À titre d’exemple, dans la famille Chéhab, l’émir était choisi, à partir de 1697, suivant le droit successoral musulman. Mais le sultan, jaloux de ses prérogatives, lui renouvelait annuellement l’investiture qui était lue en public et accompagnée de réjouissances. Certaines archives révèlent la vie économique et sociale de l’époque, traitant de conversion de piastres en francs ou d’achats de blé. Elles indiquent la valeur de la monnaie à l’époque et ses fluctuations. De plus, les relations qui existaient entre les notables et celles qui les liaient à l’émir gouverneur ont été décrites, ainsi que les méthodes de répartition et de perception des impôts. Les archives se rapportant aux coutumes judiciaires nous apprennent, à titre d’exemple, qu’avant de prendre une décision de justice, l’émir consultait des juristes. Quant aux documents se rapportant aux travaux publics, ils montrent que la corvée était contraire aux mœurs. C’est pourquoi, lorsque l’émir Béchir II construisit un canal de 16 kilomètres, il dut, contrairement à certaines légendes, acquérir les terrains par acte d’achat, établis devant un juge et signés par des témoins. Les habitants des régions par lesquelles le canal passait offrirent leur aide volontaire ou rétribuée, selon les coutumes et reçurent un droit sur les eaux du canal. La situation de la femme n’est pas négligée dans les archives. En effet, selon le droit de succession oriental, la femme n’héritait que la moitié d’une part, pour éviter l’effritement de la puissance foncière familiale. Mais pour réparer le tort qu’elle subissait, il était d’usage de la doter d’un trousseau proportionnel à la richesse de sa famille ou à celle de son mari. C’est pourquoi, des listes des pièces du trousseau étaient dressées, robes de valeur, bijoux ou meubles, avec l’indication du prix de chacune d’elles. Certaines archives donnent même des idées précises sur le costume libanais de l’époque du XVIe au XIXe siècle. Les conditions de travail des femmes dans les fabriques de soie ont de même été décrites, ainsi que l’âge requis pour le travail et le comportement des propriétaires d’usines français ou grecs. Des cahiers journaliers étaient tenus par les régisseurs des biens des émirs, où ils notaient toutes leurs dépenses. C’est ainsi que Maurice Chéhab est parvenu à connaître les revers de fortune subis par les grandes familles, qui ne laissèrent bien souvent comme bijoux que des breloques dorées et ornées de fausses pierres. Il a même personnellement douté de la valeur réelle du poignard de l’émir Béchir, celui décrit par Lamartine. Cependant, alors qu’en 1845 l’usage du hennin oriental ou tantour était déjà abandonné, un cahier de comptes prouve que trois tantours furent déposés en gage pour des sommes qui ne laissaient aucun doute sur leur grande valeur. D’autant plus que d’après ces mêmes cahiers de comptes, ces bijoux furent retirés quelques mois plus tard, après le paiement des sommes empruntées. Cinquante années de recherches, 200 000 documents d’archives, une richesse inestimable pour l’histoire d’un peuple qui continue de chercher son identité. Reste à espérer que ces informations précieuses seront utilisées à bon escient, c’est-à-dire qu’elles n’iront pas uniquement décorer les vitrines du musée, mais qu’elles serviront à restructurer les livres d’histoire.
Les archives libanaises, amassées une à une durant une cinquantaine d’années par l’émir Maurice Chéhab et son équipe, ont été recueillies auprès de sources diverses. Leur richesse est inestimable pour la connaissance de l’histoire du pays au cours de la période ottomane. Ces archives constituent une véritable radiographie de la société du Mont-Liban de l’époque. Durant la période ottomane, le Liban a connu trois régimes d’administration régionale, l’émirat, la caïmacamat et le mutasarrifiyat, qui eurent chacun ses archives, avait rappelé l’émir Maurice Chéhab au cours de sa conférence intitulée : “Les Arabes par leurs archives”. Du temps des émirs, jusqu’en 1842, les archives, autant officielles que familiales, étaient la propriété personnelle des familles notables. Si, à l’époque,...