L’avantage de jouer à domicile n’a pas suffi mercredi à Amélie Mauresmo ni à Arnaud Clément pour aller jusqu’à l’exploit à Roland-Garros. La finaliste de l’Open d’Australie a été éliminée 6-3, 6-3 au 2e tour des Internationaux de France par la lauréate de Melbourne Martina Hingis malgré l’ambiance des grands jours sur le court central. Celui-ci avait déjà connu sa première poussée de fièvre tricolore après l’affrontement épique entre Clément et Andre Agassi, conclu en faveur de l’Américain 6-2, 4-6, 2-6, 7-5, 6-0. La hiérarchie avait pourtant commencé à être bousculée en matinée par deux jeunes pousses sans complexes qui avaient éliminé le numéro un mondial Evgueni Kafelnikov et le numéro cinq Richard Krajicek. Mais l’ordre est revenu en fin de journée, Martina Hingis écartant avec toute son autorité de numéro un mondiale la 17e, celle qui avait osé la battre en quart de finale en février à Coubertin. Auparavant, la tenante du titre espagnole Arantxa Sanchez, la Tchèque Jana Novotna ou encore les sœurs Williams avaient, elles aussi, franchi le deuxième tour sans soucis, contrairement à la tête de série numéro 12, la Française Sandrine Testud, éliminée 6-3, 6-2 par la Sud-Africaine Mariaan De Swardt. Côté masculin, après un premier tour plutôt paisible, le Slovaque Dominik Hrbaty a créé la première sensation du tournoi en matant le Russe Kafelnikov, pourtant «optimiste», 6-4, 6-1, 6-4. Peu après, le Néerlandais Richard Krajicek tout aussi confiant perdait ses illusions face à un autre coupeur de tête, l’Américain Vincent Spadea, vainqueur probant 6-1, 6-2, 6-4. Une loterie Deux leçons de tactique, deux matches expédiés pour rappeler que la terre battue de la Porte d’Auteuil, qui a sacré des Pecci, des Kuerten, adore bousculer la hiérarchie masculine. «C’est une loterie. Il n’y a aucun favori. Je vois bien Hrbaty pourquoi il ne veut pas aller au bout», a commenté Kafelnikov, vainqueur en 1996, mais sorti au 2e tour pour la deuxième année de rang. Jamais plus à l’aise que sur les surfaces rapides où les points se gagnent en un service et une volée, Kafelnikov ou Krajicek ont manqué de la patience si indispensable à Paris. Ils ont perdu cette tête froide qu’ont su garder le tenant du titre Carlos Moya face au finaliste de 1992 Petr Korda (6-7, 6-4, 6-3, 6-1), ou le Marocain Hicham Arazi seul abonné aux quarts de finale de ces deux dernières années contre l’ancien double vainqueur du trophée Jim Courier 2-6, 6-3, 6-4, 6-1. Cette patience qu’ont appris les Britanniques Tim Henman (No7) et Greg Rusedski (No12), vainqueurs respectifs du tchèque Jiri Novak et de l’Australien Richard Fromberg. Rusedski qui jugeait lundi avoir autant de chances de gagner à Paris qu’un ovni de se poser en Grande-Bretagne, a complété son histoire mercredi : «Un ovni va peut-être bientôt se poser». Agassi, lui, a affiché une détermination de tous les instants face au jeune Arnaud Clément, 81e mondial, tombeur de Cédric Pioline au premier tour. Les yeux fixes, revenant jusqu’au bout de ses 3h19 d’efforts en petites foulées jusqu’à son fauteuil au changement de côté, l’Américain a tout fait pour oublier l’ambiance surchauffée totalement acquise à l’Aixois. Clément a pourtant bien failli créer l’exploit, menant deux manches à une et 5-4 dans le troisième set, mais il s’est effondré en laissant filer neuf jeux d’affilée et la victoire face aux coups de boutoir hargneux du 14e mondial. Chez les dames, la hiérarchie n’a rarement été autant respectée. Tête de série numéro sept, Arantxa Sanchez-Vicario, que l’on disait à la peine ces derniers temps, a écarté avec autorité la Slovène Katarina Srebotnik 6-1, 6-2. La quatrième mondiale Jana Novotna a battu sa compatriote tchèque Adriana Gersi 6-3, 6-2. Quant aux sœurs Williams, qui ont pu goûter à leur popularité en ce jour dévolu aux enfants, elles se sont également qualifiées sans encombres. Elles pourront assister l’esprit libre au prochain match de leur idole jeudi sur le central, Pete Sampras, numéro un moral aux yeux de beaucoup, aux yeux des deux sisters sans nul doute. Déclarations Martina Hingis (Sui/No1, victorieuse de la Française Amélie Mauresmo) : «Cela n’a pas été un match extraordinaire. C’était plutôt des erreurs, de la tactique. Pour gagner Roland-Garros, il y a encore cinq matches. Mais je suis bien contente d’avoir celui-là derrière moi. Dans les premiers jeux, j’allais un peu partout car elle servait très bien. Elle joue des coups liftés très forts et il faut avoir beaucoup d’énergie pour les bloquer. Je travaille mon physique, mais je n’utilise pas de supplément pour la forme. Alors je ne peux pas parler de la créatine (Mary Pierce avait déclaré, mardi, qu’elle absorbait cette substance en dose réduite). Tant que ce n’est pas une drogue, prenez ce que vous voulez (...). Je pense que l’attente du public a créé une pression sur Mauresmo. Ce n’est pas forcément une aide. À l’avenir, elle sera très dangereuse. Tout le monde en France rend sa vie très difficile en parlant de notre rivalité. Entre nous deux, on ne s’adore pas, mais c’est une relation professionnelle». Amélie Mauresmo (battue par Martina Hingis 6-3, 6-3) : «J’ai bien commencé, réussissant à la breaker au cinquième jeu en prenant des risques calculés. Puis, j’ai voulu faire encore mieux, encore plus et je me suis un peu précipitée. La prochaine fois, j’essaierai d’être un peu plus patiente, comme elle. Car, elle n’a rien fait d’extraordinaire. Par rapport à la finale que j’avais perdue contre elle à Melbourne, il n’y avait pas beaucoup de différence technique. Physiquement, j’étais un peu moins bien aujourd’hui, c’est tout. Le public a été vraiment sympa avec moi. Quant aux médias, j’en avais fait abstraction depuis lundi et j’étais assez détendue avant le match. Les gens attendent beaucoup de moi et j’essaye de faire mon maximum». Nathalie Dechy (vainqueur d’Elena Dementieva 6-2, 1-6, 7-5) : «Elle frappait vraiment fort des deux côtés et j’ai eu du mal à installer mon jeu. Mais je savais qu’elle finirait par faire des fautes. Depuis le début du tournoi, le niveau de mon jeu n’a pas été fameux, mais je gagne. J’étais pourtant mieux que lundi et je me sentais bien. Contre Barbara Schwartz, ce sera un match difficile. Elle a mon âge et je la connais. Elle a beaucoup de talent et joue vraiment bien sur terre battue».
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