Après le gris, c’est le kaki qui soulève les foules. Ces deux couleurs, longtemps considérées mornes et lugubres, trouvent cet hiver, selon les commentaires de la presse spécialisée, «une individualité et une force d’expression longtemps ignorées ou mal exploitées». De Paris à Londres et de l’Europe à l’Amérique et à l’Extrême-Orient, les styles «vintage», «camouflage», et «surplus de l’armée» font rage. Les boutiques de mode, semble-t-il, achètent des stocks de vêtements militaires, devenus de plus en plus rares, pour leur servir de matière première. Un judicieux recyclage permet d’en faire des duffle-coats (taillés dans des couvertures anglaises, belges ou allemandes de soldats, totalement inemployées jusque-là), mais aussi une diversité d’autres choses. Les plus friands adeptes de la tendance sont les Japonais (95% de la clientèle «kaki») séduits par le fait que ces vêtements dépaysent et se différencient de l’uniformité classique. Ils sont à la fois originaux et utilitaires. Il faut peut-être signaler que le film de Steven Spielberg «Il faut sauver le soldat Ryan» n’est pas étranger à cet engouement devenu mondial. L’image de ce héros «pur et dur», au centre d’une histoire d’honneur et de courage, renouvelle la chevaleresque idée de l’épreuve. Cette grande aventure, doublée d’une histoire profondément humaine, marque la mémoire des spectateurs. Les habits qui s’y référent, par la grâce des réminiscences, entraînent automatiquement succès et adhésion. La mode des grands mythes Le «warwear», de son appellation américaine, ne fait d’ailleurs que suivre les traces des précédentes mythologies. Les cow-boys se sont fatigués de servir, des décennies durant, de modèle et Tarzan n’inspire plus personne. Le soldat Ryan rallume la flamme. Résultat: le jean est en crise dans le marché international du «out door» (loisir). Mais le «warwear» y explose, avec cinq milliards de dollars aux États-Unis pour l’année 98. Parallèlement, une autre branche se développe: le «workwear», inspiré des vêtements de travail, mais prévus pour une étape située entre effort et détente, effaçant la frontière qui les sépare. La chaussure dite «de chantier», mise au point par Caterpillar, se vend chaque année à 7 millions et demi de paires, dont la moitié en Europe. Et ceci depuis plus de quatre ans. Le manteau de cocher Hermès, dont le succès reste légendaire, s’inscrit dans cette ligne d’inspiration, prouvant que les engouements traversent à vue d’œil les océans. Au Japon, les gilets militaires matelassés, les sabots suédois et les cols roulés kaki en laine épaisse sont le nec plus ultra de l’élégance importée. Les campagnes publicitaires insistent sur la valeur utilitaire, fonctionnelle, de ces nouvelles tenues de combat pour affronter la vie actuelle et ses champs de bataille. Les griffes de luxe (on le constate avec le manteau de cocher Hermès) s’emparent du phénomène, même si leur clientèle est peu concernée par le dur combat de l’existence. Céline propose un total look, militaro-urbain kaki et d’autres officiers de luxe avec des blousons, kaki évidemment, en coton enduit de camouflage, et des gilets multipoches en gabardine se mettent eux aussi sur pied de guerre. Qui oserait prétendre après ce déferlement que l’argent ne fait pas la guerre?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Après le gris, c’est le kaki qui soulève les foules. Ces deux couleurs, longtemps considérées mornes et lugubres, trouvent cet hiver, selon les commentaires de la presse spécialisée, «une individualité et une force d’expression longtemps ignorées ou mal exploitées». De Paris à Londres et de l’Europe à l’Amérique et à l’Extrême-Orient, les styles «vintage», «camouflage», et «surplus de l’armée» font rage. Les boutiques de mode, semble-t-il, achètent des stocks de vêtements militaires, devenus de plus en plus rares, pour leur servir de matière première. Un judicieux recyclage permet d’en faire des duffle-coats (taillés dans des couvertures anglaises, belges ou allemandes de soldats, totalement inemployées jusque-là), mais aussi une diversité d’autres choses. Les plus friands adeptes de la...