Des paléontologues américains viennent d’achever l’étude approfondie du fossile d’un jeune dinosaure carnivore remarquablement conservé qui offre une vision unique, et encore un peu plus effrayante, de ces imposantes créatures qui régnaient en maîtres incontestés sur notre planète. Si l’on en croit le portrait brossé par cette équipe de l’université de l’Oregon, à Corvallis, les dinosaures théropodes, de la famille des redoutables Tyrannosaurus rex , n’étaient pas que les monstres froids et pesants volontiers décrits jusque-là mais disposaient d’un souffle digne des meilleurs chasseurs. «Ces dinosaures théropodes étaient rapides, dangereux, certainement pas lents ou paresseux», affirme le paléobiologiste Nicholas Geist. «Ils étaient capables d’économiser leurs forces la plupart du temps et tout d’un coup, d’exploser quand ils le désiraient», ajoute-t-il. «Cela explique largement pourquoi ils ont dominé sans partage les mammifères pendant 150 millions d’années». Ce nouveau portrait du théropode carnivore a été réalisé grâce à l’examen minutieux d’un fossile de bébé dinosaure mort il y a 113 millions d’années, récemment découvert au sud de l’Italie. Remarquablement préservé, ce fossile, baptisé «Scipionyx samniticus» en l’honneur de Scipion l’Africain, abrite encore les muscles et certains organes internes de ce représentant de la famille des Velociraptor carnivores. De quoi offrir aux spécialistes une vue imprenable sur la face cachée de l’anatomie des dinosaures. Deux poches Au cours de leur autopsie, les chercheurs américains ont ainsi constaté que le corps de ce théropode était divisé en deux poches bien distinctes, l’une accueillant les poumons et le cœur, l’autre le foie et les intestins. Une caractéristique particulière aux spécimens qui, comme les mammifères ou les crocodiles, utilisent un diaphragme pour respirer. Selon les auteurs de l’étude, ce diaphragme les rendait capables, à l’inverse de tous les autres reptiles connus, de brusques sursauts d’énergie. Animal à sang froid au repos, vivant au ralenti la plupart du temps, le dinosaure pouvait ainsi brusquement se transformer en un prédateur vif et redoutable. «Techniquement, on peut raisonnablement estimer que les dinosaures étaient des animaux à sang froid, avec un métabolisme de reptile pendant les périodes de repos ou d’activité routinière», explique le principal auteur de l’étude, John Ruben. «Mais ce diaphragme montre qu’ils disposaient d’une forte capacité pulmonaire en réserve pour l’exercice». Une description qui ne cadre plus avec l’image traditionnelle de bestiaux massifs qui ne faisaient régner la terreur que par leur seule force. «Si cette interprétation est la bonne, cette étude constitue un tournant et impose une nouvelle vue de la biologie du dinosaure, une sorte de conception hybride», salue dans les colonnes de la revue Science Lawrence Witmer, de l’université de l’Ohio, à Athens. «Ils conjuguaient un peu le meilleur des animaux à sang froid et de ceux à sang chaud», reprend John Ruben. «Au repos, ils ne gaspillaient pas beaucoup d’énergie pour produire de la chaleur, ils pouvaient en utiliser plus pour se reproduire et se développer, ce qui est incontestablement un avantage». De l’avis des paléontologues américains, le fossile de ce bébé dinosaure italien n’a pas encore livré tous ses secrets. Mais cette première esquisse leur permet déjà d’amener une nouvelle pierre à la controverse qui oppose ceux qui croient dur comme fer que les oiseaux descendent des dinosaures et ceux qui ont plus de mal à se persuader que le tyrannosaure est l’ancêtre de l’hirondelle. «Si les oiseaux descendent des dinosaures, ce n’est pas directement d’une espèce connue de théropodes», affirme John Ruben. «L’image présentée au public d’un Velociraptor déployant ses ailes et s’envolant est bien trop simpliste».
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