La vitesse acquise dès les premiers jours par l’exposition «Liban, l’autre rive» s’est aussitôt transformée en vitesse de croisière: 7 000 visiteurs en moyenne par semaine – 2 000 le dimanche! – avec un ou deux pics à 8 500. Avant les fêtes, on avait déjà comptabilisé à l’Ima plus de 50 000 entrées: un très beau chiffre. Pour prévenir un fléchissement de la fréquentation, une nouvelle campagne d’affichage a relayé la première, qui avait occupé tous les couloirs du métro: celle-ci, à ciel ouvert et itinérante qui plus est, accroche le regard des piétons, la saison culturelle libanaise étant cette fois annoncée sur les flancs de 1850 autobus parisiens. Philippe Cardinal, responsable de la communication à l’institut, a également imaginé un autre type de relance sous la forme d’un jeu-concours diffusé par France Info et Fip: 30 questions – «faciles», précise-t-il – qui testent les connaissances du public sur le taboulé, la monnaie libanaise – pour changer de l’euro! – ou la vallée de la Kadisha. Proche et lointain Un petit regret: l’exposition Gibran et celle de photographies des années 1900 à 1960 intitulée «Le Liban intime» ne connaissent pas le même succès que l’exposition majeure dont la pièce maîtresse est le sarcophage d’Ahiram. Dans le premier cas, on peut avancer l’hypothèse d’un phénomène de saturation, une demi-douzaine de traductions françaises du «Prophète» étant aujourd’hui en librairie. Pour ce qui est de la seconde, c’est sans doute son caractère modeste, évoquant un peu la confidence, qui a joué en sa défaveur. Et pourtant, on a rarement vu un Liban aussi émouvant et savoureux que celui qu’elle présente: à la fois proche et infiniment lointain, comme figé dans un passé à jamais révolu, et que restituent fort bien les tirages effectués à Lausanne. Heureusement, cette manifestation fugace est pérennisée par une coédition de l’Ima et de la Fondation arabe pour l’image: «Histoires intimes» (Actes Sud) où l’on retrouve la valeureuse équipe des pionniers de la photographie au Liban, parfois simples dilettantes mais qui en remontreraient à bien des professionnels d’aujourd’hui. Inénarrable avec son air bravache et ses magnifiques bacchantes, Camille el-Kareh posant devant son enseigne pourrait leur servir de porte-drapeau. Bergères à Furn el-Chebbak Parmi eux, et ce n’est pas une surprise, un fort contingent d’Arméniens qui privilégiaient le travail en studio. Les portraits d’Antranik Anouchian sont épatants, tels celui de la petite fille posée dans une corbeille de fleurs très kitsch ou d’une femme à barbe passablement inquiétante. Chafic el-Soussi s’était, pour sa part, spécialisé dans les cérémonies officielles et les réceptions: la soirée de Mademoiselle Osseirane fut, à n’en pas douter, un grand moment de la vie sociale de Saïda en 1955, et l’on ne manque pas d’y relever le côté attrape-tout des Libanais qui avaient déjà adopté le hula-hoop alors que sa mode venait tout juste d’être lancée aux États-Unis. D’autres photos apportent de précieux renseignements d’ordre sociologique: sur la «haute» villégiaturant à Aley en 1936, représentée par une élégante assise sur le marche-pied de sa torpédo, son chien de race à ses pieds ou, dans un genre différent, sur ces jeunes bergères qui gardaient leur troupeau à ... Furn el-Chebbak! Une seule femme parmi ces photographes, mais qui sort carrément du rang: Marie el-Khazen, née en 1899 et qui laissa des milliers de clichés qu’elle ne se donnait pas la peine de répertorier. Ses deux donzelles déguisées en hommes, assises crânement dans un salon arabe du dernier chic, attestent qu’on savait s’amuser dans le Zghorta de 1929!
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La vitesse acquise dès les premiers jours par l’exposition «Liban, l’autre rive» s’est aussitôt transformée en vitesse de croisière: 7 000 visiteurs en moyenne par semaine – 2 000 le dimanche! – avec un ou deux pics à 8 500. Avant les fêtes, on avait déjà comptabilisé à l’Ima plus de 50 000 entrées: un très beau chiffre. Pour prévenir un fléchissement de la fréquentation, une nouvelle campagne d’affichage a relayé la première, qui avait occupé tous les couloirs du métro: celle-ci, à ciel ouvert et itinérante qui plus est, accroche le regard des piétons, la saison culturelle libanaise étant cette fois annoncée sur les flancs de 1850 autobus parisiens. Philippe Cardinal, responsable de la communication à l’institut, a également imaginé un autre type de relance sous la forme d’un jeu-concours...