En 1900, Claude Monet a 60 ans. Artiste renommé, il va peindre encore — avant sa mort en 1926 — plus de 450 toiles. La Royal Academy of Art de Londres expose depuis samedi dernier 80 de ces tableaux, dont plusieurs chefs-d’oeuvre du fondateur de l’impressionnisme. L’exposition «Monet au XXe siècle», organisée en association avec le Musée de Beaux-Arts de Boston, où elle a été présentée en septembre dernier, réunit pour la première fois en Europe le fabuleux travail du peintre vieillissant qui, jusqu’à son dernier jour, a poursuivi l’exploration toujours plus poussée du thème récurrent de son oeuvre: la nature reflétée dans l’eau. En 1890, le peintre a acheté sa maison de Giverny, à 40 kilomètres de Paris. Peu à peu, il met en scène le décor de son oeuvre à venir. Il crée un jardin, creuse un étang, construit un pont à la japonaise, plante des nymphéas (nénuphars blancs). Ce jardin deviendra le principal thème de l’oeuvre de la fin de sa vie. Au début du XXe siècle, il réinvente sa peinture et développe la notion de série qu’il avait déjà effleurée dans les années 1890: peindre encore et toujours le même paysage, modifié par le temps et la lumière du jour. En 1903, il entame sa série des Nymphéas, qui culminera lors d’une exposition de 48 de ces toiles en 1909. Pour la première fois depuis cette date, 47 des 48 «Nymphéas» sont réunis à Londres. La France, propriétaire du 48e Nymphéa, a refusé de le prêter, en raison d’un conflit avec les descendants du collectionneur et marchand d’art français Paul Rosenberg, qui revendiquent la toile. Cette série des Nymphéas permet de discerner précisément l’évolution du style de Monet. Les premières toiles, peintes vers 1903, accordent encore une place aux rives de l’étang et au ciel. Puis, au fil des tableaux, l’oeil de l’artiste se concentre de plus en plus sur l’eau et la réflection de la nature et de la lumière. Le trait s’affine, les couleurs s’estompent, la toile se couvre d’un voile de vapeur. Le temps et la lumière De 1899 à 1904, Claude Monet effectue une série de voyages à Londres. Comme toujours, il se concentre sur un sujet: la vue exposée du balcon de l’hôtel Savoy au bord de la Tamise, où il réside. A sa droite, le pont de Charring Cross et un peu plus loin, le palais de Westminster, à sa gauche, le pont de Waterloo. Il réalise 97 toiles sur ces trois sujets, sous les différentes variations du temps et de la lumière. Quinze d’entre elles sont exposées à Londres. En 1908, Monet consent en maugréant à suivre sa seconde épouse Alice pour deux mois à Venise. Appuyé sur sa canne, la barbe blanche, le ventre bedonnant et son éternel panama sur la tête, Monet prend la pose pour les photographes sur la place Saint-Marc. La magie de Venise opère, il entame une série de toiles très lumineuses. Aucun des tableaux n’est terminé à Venise. Monet espère y revenir mais la maladie d’Alice l’en empêche. Ce n’est qu’après sa mort en 1911 qu’il finit la série, en travaillant en studio, à l’aide de notes. Huit des neuf toiles exposées pour la première fois en 1912, sont à Londres. A presque 80 ans, auteur d’une oeuvre considérable, Monet vit très confortablement des revenus de sa peinture. Sa vue est de plus en plus gênée. Pourtant, le peintre ne se lasse pas d’explorer de nouvelles voies. Au milieu de la première guerre mondiale, il s’attaque à la série des «Grandes Décorations», d’immenses toiles horizontales, toujours autour du thème de l’étang aux nymphéas. La texture de sa peinture devient de plus en plus épaisse, son trait évolue vers l’abstrait. Quatre sont exposées à Londres. L’exposition a attiré à Boston 566 000 visiteurs. Plus de 600 000 sont attendus à Londres, où l’exposition, qui dure jusqu’au 18 avril, a été enrichie de plusieurs toiles. Certaines n’avaient jamais été exposées.
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