Le Finlandais Tommy Makinen a enlevé le Rallye Monte-Carlo pour la première fois de sa carrière mercredi. Le triple champion du monde en titre s’est imposé sans discussion au volant de sa Mitsubishi Lancer avec une marge confortable de 1’44’’7 sur son compatriote Juha Kankkunen, sur Subaru Impreza. Le Britannique Colin McRae, au volant de la nouvelle Ford Focus, grimpe sur la troisième marche du podium à 3’16’’8 du leader. L’écurie britannique a posé un appel suspensif pour participer à la course, l’emplacement de la pompe à eau de la voiture n’ayant pas été jugé conforme. Makinen décroche la 16e victoire de sa carrière débutée en 1985. C’est aussi la première fois que son écurie s’impose sur le Rocher. L’exigeante première manche du championnat du monde, réputée pour ses conditions climatiques changeantes, véritable casse-tête pour les choix de pneus et le pilotage, manquait au palmarès du Finlandais qui en avait fait un de ses objectifs prioritaires de l’année. Vainqueur de trois spéciales sur les 14 au programme, le pilote a démontré une nouvelle fois sa capacité à s’adapter à tous les terrains. Sur le bitume tour à tour sec, mouillé, verglacé, enneigé du Monte Carlo, il a mené une course tactique, portant des coups fatals à ses adversaires quand il le fallait, se contentant ensuite de gérer son avance. Sainz grand perdant Coup de théâtre, lundi matin dans la première spéciale, avec l’abandon du tenant du titre et triple vainqueur du Monte-Carlo Carlos Sainz. L’Espagnol, grand rival de Makinen pour le titre l’an dernier, avait dérapé au volant de sa Toyota dans le premier virage du rallye. Il est reparti mais le capot de la Corolla, endommagé, s’était ouvert subitement huit km plus loin et le véhicule s’était retrouvé dans le fossé, contre un poteau télégraphique; course terminée. Dans cette première spéciale d’anthologie entre Plan-de-Vitrolles et Faye, dans les Hautes-Alpes, longue de 48 km et bourrée de pièges, de nombreux candidats à la victoire avaient été d’entrée écartés de la lutte. Le Français Didier Auriol sur l’autre Toyota d’usine et le Britannique Richard Burns sur Subaru avaient été relégués alors à cinq minutes du leader. À l’attaque dans l’ultime étape, vainqueur de deux spéciales, Auriol, trois fois lauréat du rallye, a finalement réussi à se hisser à la 4e place aux dépens de son compatriote François Delecour et du Belge Bruno Thiry. «Je me rapproche de François et Bruno. Si je les passe, ce sera un exploit. McRae est trop loin», avait dit l’Aveyronnais avant les deux dernières spéciales. McRae découvrait pour la première fois en compétition la Focus. L’Écossais a par la suite étalé le potentiel de la nouvelle Ford, en lice pour le titre dès cette saison, en enlevant quatre spéciales. Discret mais tenace, Kankkunen, vainqueur d’une seule spéciale mais régulièrement placé, s’est imposé comme le premier pilote de l’écurie Subaru. La marque japonaise n’avait pas encore choisi entre le Finlandais quadruple champion du monde, Thiry et Burns. Ceux-ci terminent respectivement 6e et 9e. Les Seat Cordoba, enfin, ont réussi une bonne performance, l’Italien Piero Liatti se classant septième devant son coéquipier finlandais Harri Rovanpera. Makinen : Une de mes plus belles victoires Tommy Makinen a reconnu mercredi que sa victoire dans le Rallye Monte-Carlo était une des plus belles de sa carrière. «Ces deux dernières années, j’avais mené la course mais à chaque fois, quelque chose était allé de travers. C’est formidable de gagner enfin ici, d’autant plus que je n’avais jamais connu des conditions aussi difficiles, avec de la neige et la glace partout», a déclaré le triple champion du monde en titre. Makinen a en outre la satisfaction de devenir le premier Finlandais à enlever l’épreuve depuis Harri Toivonen en 1986 et d’offrir à sa marque japonaise Mitsubishi son premier succès en Principauté. «C’est l’épreuve que tout pilote et toute écurie rêvent de remporter. C’est quelque chose que nous n’oublierons jamais», a commenté le patron anglais de l’écurie Mitsubishi RalliArt, Andrew Cowan. «Plus que les autres rallyes, le Monte-Carlo est un travail d’équipe. Tommy a été superbe, son pilotage a été exceptionnel dans des conditions difficiles. C’est une manière idéale de débuter la saison», a-t-il ajouté. Deuxième de l’épreuve, Juha Kankkunen s’est dit content de la Subaru qu’il découvrait. «Nous avons perdu tellement de temps dans la première spéciale que j’ai d’abord visé à assurer ma deuxième place». Colin McRae n’a pas boudé son plaisir, troisième au volant d’une Ford Focus, conçue il y a 13 mois, qu’il découvrait en compétition. «Même après nos derniers essais à Monaco, je ne me sentais pas tout à fait en confiance, en partie parce qu’il fallait que je m’habitue à une toute nouvelle voiture», a-t-il expliqué. «Mais ma confiance a grandi au fil des spéciales. Le plus encourageant est que les performances vont encore s’améliorer». Didier Auriol, parti de la 25e place au général après la première spéciale pour finir à une excellente quatrième place, a tout donné dans les dernières spéciales. «Je connais très bien ces étapes et j’ai simplement essayé d’attaquer tout le temps. Ceci dit, je n’ai pas voulu prendre trop de risques. Ce rallye n’a pas été facile. Mais on s’est battu, ce résultat est bon, et je suis finalement satisfait», a dit le pilote français Panizzi a crevé l’écran Gilles Panizzi a crevé l’écran au rallye Monte-Carlo en s’immisçant dans le scénario bien huilé des écuries d’usine. Second rôle jusqu’ici, le Français a prouvé, à 33 ans, qu’il méritait sa place dans l’écurie Peugeot, de retour en mai prochain dans la cour des grandes, avant d’abandonner sur sortie de route mercredi matin. «Je ne suis pas trop déçu», a-t-il confié mercredi. «L’arrivée à Monaco, c’est la cerise sur le gâteau. Mais l’expérience que j’ai acquise ici est irremplaçable». Le petit pilote aux yeux bleus s’était offert à ses frais le Monte-Carlo, incontournable rendez-vous de la saison. Il s’agissait de peaufiner sa préparation au volant d’une quatre roues motrices, en l’occurrence une Subaru, avant de grimper dans la 206 en Corse. Réputé d’abord comme spécialiste de l’asphalte, il voulait étaler ses capacités sur un terrain aussi imprévisible que celui du Monte-Carlo. Le résultat a été au-delà de ses espérances. En tête du rallye pendant la première moitié de la course, l’Azuréen, né près de Menton et résident à Monaco, a brillé en enlevant deux spéciales, porté par son public. «On voit bouger les spectateurs. Bouger, c’est peu dire. On sent les gens en ébullition et on a eu souvent des frissons d’émotion», a-t-il déclaré. Patin à glace Le parcours du double champion de France a pourtant été semé d’embûches. Il a d’abord été sanctionné d’une pénalité de 30 secondes pour une poussette lundi au départ de la première spéciale, pénalité retirée par la suite. Une nouvelle pénalité de 20 secondes lui a été infligée le lendemain pour retard au contrôle horaire, avant qu’une plaque de verglas ne le contraigne à jeter l’éponge dans l’ultime étape mercredi. «On pouvait faire du patin à glace dans ce virage. On a glissé sur 100 mètres et on s’est retrouvé sur les roues, enfin ce qu’il en restait», a expliqué son frère Hervé, qui est aussi son fidèle copilote. «Notre ouvreur n’avait pas vu la plaque parce qu’il avait été obligé de s’écarter pour laisser passer une voiture juste à cet endroit». Gilles Panizzi, cependant, est satisfait de sa participation. «Je me suis rassuré dans mes ambitions. Je serai un jour dans l’élite mondiale aux côtés des Makinen, Sainz, Auriol, McRae», a-t-il dit. «Ce que j’ai prouvé sur le rallye, je l’ai d’abord prouvé à moi. Tourner un volant, c’est mon boulot. Sur la terre ou la neige, c’est la même chose». «Pour le choix des pneus dans des épreuves aussi changeantes que le Monte Carlo, je sais maintenant que j’aurai la réponse», a-t-il expliqué. Sa performance est d’autant plus encourageante que le Français disputait l’épreuve avec un préparateur privé, soit une équipe de 12 personnes. Les effectifs des écuries officielles, eux, varient de 50 à 100. Classement final Voici le classement final du 67e Rallye Monte-Carlo, première manche du championnat du monde (14 spéciales, 424,72 km parcourus): 1. Tommy Makinen (Fin) Mitsubishi Lancer 5h16’50’’6 2. Juha Kankkunen (Fin) Subaru Impreza à 1’44’’7 3. Colin McRae (G-B) Ford Focus à 3’16’’8 4. Didier Auriol (Fra) Toyota Corolla à 3’52’’8 5. François Delecour (Fra) Ford Escort à 4’01’’2 6. Bruno Thiry (Bel) Subaru Impreza à 4’02’’5 7. Piero Liatti (Ita) Seat Cordoba à 6’58’’1 8. Harri Rovanpera (Fin) Seat Cordoba à 7’02’’3
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