La mode française, confrontée en cette fin de siècle à une concurrence multiple et multinationale, n’est nullement prête à baisser les armes. Pour le nouveau millénaire, elle repense 99, sa présence, se concerte, prend des décisions révolutionnaires, reflétées par de nouvelles orientations, plus conformes aux principes de l’époque et aux armes des finances mondiales. Didier Grumbach, le nouveau président de la Chambre syndicale de la couture, ne fait pas un mystère de ses intentions. Il proclame qu’il entend rendre à son pays son rôle-phare dans le monde des modèles. Tâche bien difficile, il faut avouer car les concurrents sont particulièrement coriaces. En 1996, l’hebdomadaire des États-Unis «Newsweek» titrait en couverture «Goodbye Haute Couture», annonçant ainsi la mort du plus prestigieux goût vestimentaire du monde. Mais ne meurent que ceux qui se laissent mourir. L’automne passé, devant le foudroyant succès du renouveau français, les émissions de la National Broadcasting Corporation (la NBC) diffusaient quotidiennement des reportages sur les défilés parisiens, des entretiens avec les créateurs, désignés par les présentateurs américains comme des couturiers «d’exception». Le bilan récent est effectivement particulièrement prometteur. De nouveaux venus ont fait naître de nouvelles maisons qui assurent la relève: Thimister, Dominique Sirop, Versolato et bientôt Pascal Humbert, Victor et Rolf, Stéphane Lainé. Fait nouveau, des créateurs du prêt-à-porter réussissent avec panache leur entrée dans la cour des grands. C’est bien le cas de Jean-Paul Gaultier, d’Alexander McQueen, de Thierry Mugler, de John Galliano. L’année qui vient de s’écouler a prouvé que, partant de la haute couture, une nouvelle fournée, jeune, dynamique, talentueuse, arrive à se faire connaître hors des frontières nationales. Didier Grumbach a d’ailleurs à son palmarès des performances qui proclament ses capacités exceptionnelles et son flair rare. C’est lui qui, en 1978, en créant «Créateurs et Industriels» a rendu célèbres les «nouveaux jeunes» d’il y a vingt ans: Issey Miyake, Michel Klein, Jean-Charles de Castelbajac. «Les marques, dit-il aujourd’hui, évoluent. En s’établissant, elles progressent, se modifient avec le créateur et changent de nature. Une griffe peut difficilement être d’avant-garde au-delà d’une vingtaine d’années. Toutes les marques de prestige actuelles l’ont été». Le programme de ce président qui connaît à fond le métier (n’était-il pas le président de la griffe Thierry Mugler avant d’endosser ses fonctions actuelles?) s’annonce réformateur dans l’intention de hisser la mode française sur un niveau technologique propre aux temps neufs et leurs concepts. Déjà, pour l’an 2000, est annoncée la Cité de la Mode, parrainée par le ministère français de l’Industrie. Elle regroupera l’Institut de la mode actuel – qui est une école de gestion et d’administration – et l’École de la Chambre syndicale qui représente un centre de formation avancée. En réplique aux célèbres «Fashion Institute» des États-Unis, la «Saint Martin’s School», «la Parson School» ou le «Fashion Institute of Technology» et autres établissements étrangers, l’Institut français de la mode sera doté d’un nouveau département «Style et Image». Durant leurs études, les futurs créateurs vont se familiariser avec les arts graphiques, la commercialisation et la gestion d’une maison de couture financièrement viable. «Aujourd’hui, commente le président Grumbach, un créatif doit être à la fois concepteur, confectionneur et réalisateur de ses modèles dans un concept “image et architecture” permettant de s’inscrire visuellement dans l’histoire de la mode. Pour cela, il suffit que les créatifs aient le “savoir-faire”». Quant au problème de la copie, dont l’existence chronique attend toujours sa solution, le président de la Chambre syndicale de couture semble catégorique: «Si la France veut éviter d’être plagiée, il faut présenter les créations non pas en mars comme le veut la tradition, mais en juillet, après leur exploitation commerciale. Sinon, il arrivera ce qui arrive à Paris depuis trente ans: il alimentera copieusement la planète».
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