Antoine Abi Heila est un bibliophile confirmé. Cela fait un quart de siècle qu’il recherche et conserve avec soin les éditions originales, les livres rares, précieux, anciens. Comme tous les véritables passionnés, il veut partager son amour, le déclarer au grand jour. Il a donc confectionné un bel écrin pour ses acquisitions : «Le Jardin d’Epicure» C’est une bibliothèque publique dédiée aux amoureux des livres. «Les livres anciens, les manuscrits et les estampes sont porteurs de savoir, de culture et aussi d’émotion esthétique». dit-il. Un rez-de-chaussée à Sioufi.. À l’extérieur, aucune indication particulière. «Nous sommes en plein aménagement, explique Antoine Abi-Heila qui accueille les visiteurs sur le seuil. «Nous n’avons pas encore eu le temps de poser une pancarte». En face, une bibliothèque vitrée en bois laqué. D’un côté et de l’autre de la salle, des étagères où sont alignés soigneusement des ouvrages aux belles et précieuses reliures. Un grand canapé en cuir noir, de confortables sièges capitonnés invitent le visiteur. Le regard balaie la salle. L’écriture dorée qui pare les reliures capte l’œil. La main se tend automatiquement. On tient le volume, on l’ouvre et on hume l’ odeur si particulière du vieux papier. Ces livres ont une longue histoire, une âme… «Le Jardin d’ Epicure est un espace culturel où les gens viennent s’installer dans un coin, qu’ils aient les moyens ou non d’acheter les livres. On va discuter de choses qui ont trait à l’esprit, à la connaissance humaine. C’est ouvert aux chercheurs qui voudraient consulter un ouvrage rare». précise-t-il. L’ univers fascinant de la bibliophilie dans ses thèmes les plus variés, du XVIIème au XX ème siècles a donc désormais un antre : ce «Jardin d’Epicure» . Pour Antoine Abi Heila, lire est un plaisir qui en appelle aux sens autant qu’à l’intellect. Tenir un livre dans ses mains, en caresser la couverture,recevoir le choc des caractères si nets, si noirs sur fond de feuilles jaunies… Se soûler de l’étrange arôme de papier, de carton, de fil, de gomme, de cuir… Antoine Abi-Heila s’installe-t-il définitivement à Beyrouth ? «Je ne peux pas dire que je suis revenu à Beyrouth… Je navigue dans un espace qui est celui du bassin méditerranéen». Les distances n’ont plus de sens. Au seuil du 21e siècle, les frontières sont devenues strictement symboliques. Je raisonne en termes d’espace géopolitique et pas de frontières. L’ouverture de l’esprit ne tient pas compte de frontières. Il n’y a plus de retour et de départ dans le sens de l’immigration du début du siècle». «Je voulais m’installer dans un coin à Paris, devenir un vieux libraire. Mai j’ai pensé qu’il y a des centaines de personnes qui font ce métier là-bas. Je voulais partager ma passion avec mes compatriotes. De plus, ici, je serai une vedette». ajoute-t-il en riant. Et d’ajouter :«Le Liban a cette singularité : avoir en si peu d’espace un brassage culturel qui n’existe nulle part ailleurs. Mais il y a un aspect un peu péjoratif de cette coexistence de type mosaïque :les différentes pièces se touchent mais ne se mélangent pas. Peut-être par le biais de la culture, les mosaïques briseront le cloisonnement». Se souvient-il de sa première acquisition ? «L’Astrée» d’Honoré d’Urfé. «En classe de seconde, j’avais eu une dispute avec mon professeur de littérature à cause de cet ouvrage. Quelques années plus tard, à Paris, dans un dîner mondain, j’ai cité cet ouvrage. Une seule personne parmi ces gens de grande culture connaissait D’Urfé. Dès lors, on m’a collé la réputation de bibliophile. Puis, en déambulant dans les rues de Paris, je tombe sur une vente de livres anciens. Dans le tas, une copie de cette fameuse «Astrée». Nul besoin de préciser, n’est-ce-pas, qu’Antoine Abi-Heila n’a pas hésité une seconde avant de l’acheter. L’ouvrage le plus ancien en sa possession ? «Je ne possède pas la Bible de Gutenberg, dit-il en riant, mais j’ai des incunables du 16e siècle. Des manuscrits de l’époque Mamelouque. Sinon, j’ai une sourate du Coran du 13e siècle». La préférence de ce bibliophile va à des ouvrages éternels, des monuments. Des exemples ? «Le «Petit Prince» de Saint-Exupéry, «Nahj el Balagha» de l’ Imam Ali, «L’Apocalypse» de Saint Jean»… La passion d’Abi Heila l’a mené aux quatre coins du globe. Dans les capitales européennes de Londres à Bruxelles, mais aussi en ex-URSS . Il est même allé en Chine… Actuellement, il est en train de répertorier sa bibliothèque sur ordinateur . Cinq mille ouvrages constituent le noyau de sa bibliothèque à Beyrouth. A-t-il lu tous ces ouvrages ? «Je lis en moyenne trois heures par jour. Ma femme a fait ce calcul : il faudrait que je vive 600 ans pour que je puisse lire tous les ouvrages qui m’ intéressent». «Une grande partie de ma collection de lettres autographes se trouve encore à Paris, ajoute-t-il. C’est un peu mon compte épargne. Ici, il n’ y a pas de cours pour ces choses là. Ailleurs, elles sont cotées et il y a tout un circuit de collectionneurs et d’acheteurs». Antoine Abi-Heila est tellement passionné de lecture qu’il compte créer une association d’amoureux du livre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Antoine Abi Heila est un bibliophile confirmé. Cela fait un quart de siècle qu’il recherche et conserve avec soin les éditions originales, les livres rares, précieux, anciens. Comme tous les véritables passionnés, il veut partager son amour, le déclarer au grand jour. Il a donc confectionné un bel écrin pour ses acquisitions : «Le Jardin d’Epicure» C’est une bibliothèque publique dédiée aux amoureux des livres. «Les livres anciens, les manuscrits et les estampes sont porteurs de savoir, de culture et aussi d’émotion esthétique». dit-il. Un rez-de-chaussée à Sioufi.. À l’extérieur, aucune indication particulière. «Nous sommes en plein aménagement, explique Antoine Abi-Heila qui accueille les visiteurs sur le seuil. «Nous n’avons pas encore eu le temps de poser une pancarte». En face, une...