«Makhtoufoun» (kidnappés) de Bahij Hojeij a obtenu le prix du meilleur documentaire au forum organisé par le Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA) et la ville de Palerme. Simple, sans chichis, sans précautions particulières, ni affabilités affolantes, Bahij Hojeij se livre sans fanfaronner, explique sans théoriser : «Présélectionné parmi 82 œuvres,” Makhtoufoun“ a reçu le prix de la ville de Palerme récompensant le meilleur documentaire méditerranéen. Au total, quatorze documentaires étaient en lice». «Comme le CMCA regroupe toutes les télévisions officielles des pays méditerranéens, les films lauréats reçoivent une recommandation spéciale pour être diffusés sur les chaînes des télés affiliées à la CMCA. Des pourparlers sont par ailleurs en cours pour une éventuelle diffusion sur Arte», souligne le metteur en scène. Le moyen-métrage, 52 minutes, avait été présenté en avant-première au théâtre Monnot. Il parle des gens oubliés, les «kidnappés» des temps noirs, qui ne sont plus aux yeux du monde que de vagues fantômes. Mais ils restent là, lancinants, douloureux dans la mémoire de leurs parents. Les «kidnappés» sont donc vus à travers l’épreuve de la famille. La caméra de Hojeij a recueilli les témoignages des parents. Ces gens rejoints par son objectif avaient besoin de s’exprimer. Moi ce que j’ai fait c’est enregistrer leurs témoignages. «Les véritables kidnappés sont les parents eux-mêmes, ils sont les otages de la souffrance et de l’attente». Et Hojeij de souligner que son but n’était pas de «faire souffrir les gens, de remuer le couteau dans la plaie. Mais tout ce qui passe par le cœur est plus facilement gravé dans la mémoire». «Mon film est un documentaire construit et j’ai voulu éviter tout cliché, toute chose déjà exploitée par les médias. J’ai voulu explorer l’autre face du problème. Des visages et des mots, voilà en deux mots mon film. Des visages qui attendent, qui souffrent, qui se révoltent et qui nous giflent par leur sincérité et leur franchise. Des voix perturbées qui montent, qui baissent et percent nos oreilles pour atteindre le cœur». Signalons que ce documentaire a été coproduit avec une société libanaise, IBW, sans aucun patronage étranger. «Makhtoufoun» poursuit sa tournée dans les festivals. Prochaine étape, le 19 janvier, au Festival international de production audiovisuelle à Biarritz. Entre-temps, Bahij Hojeij a développé un scénario de long-métrage qu’il essaie de produire. «Une histoire de vent», adaptation de «L’Émigré de Brisbane» de Georges Schéhadé. «Je vise le long-métrage de fiction. J’ai plein de projets de documentaires que je laisse en sommeil». A-t-il tout dit dans le documentaire ? «Non, pas vraiment. Mais “Kidnappés” était en quelque sorte le couronnement d’une étape». La situation du cinéma au Liban ? «La production cinématographique n’a pas bougé depuis 25 ans. Tous les films qui se font actuellement sont des productions étrangères et pourtant, ils sont d’inspiration libanaise. Le cinéaste libanais ne récolte pas un centime de son pays». «Cette situation ne pourra pas durer longtemps. L’État doit considérer le cinéma comme une activité culturelle et allouer un fonds de soutien pour la production cinématographique». Bahij Hojeij remarque qu’il y a d’autre part les télévisions qui pourraient jouer un rôle important dans la coproduction. «Ce sera pour ces chaînes une façon d’améliorer leur image de marque et de participer, même de façon modeste , à la promotion d’un cinéma libanais prometteur.» À bon entendeur…
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