Le cinéma fait figure de parent pauvre cette semaine. Les programmes de la télévision ne sont pas riches en longs métrages. Mais ce que vous perdez en quantité vous le retrouverez en qualité. Deux superbes portraits de femmes vous sont proposés. L’un dans un film mexicain «La Reine de la Nuit», qui vous restituera la vie dramatique d’une chanteuse mexicaine célèbre; et le second dans lequel Gene Tierney incarne une sublime «Laura», un des chefs-d’œuvre du film noir des années 40. Commençons donc par «La Reine de la Nuit». Les dernières années de Lucha Reyes, chanteuse très populaire dans le Mexique des années 30-40. Faut dire qu’elle s’est abîmée la santé, la Lucha. Elle a trop aimé, trop bu, trop fait la fête, trop pleuré et elle n’a jamais trouvé le bonheur. Mais c’est pas faute d’avoir essayé. Oui, c’est un mélo, dramatique, excessif, baroque. Lucha Reyes est au Mexique ce qu’Edith Piaf fut à la France. Popularité énorme et destin tragique. Arturo Ripstein attaque dans La Reine de la Nuit le vif du sujet et affronte bille en tête le genre mélo. Ambiance nuit, couleurs flamboyantes (beaucoup de rouge et de jaune), décors baroques (surabondance d’objets), relations exacerbées entre les personnages (notamment entre Lucia et sa mère), chansons tragiques, omniprésence du sexe et de la mort. Tout y est. Pour sa mise en scène, Ripstein a choisi le parti du plan-séquence. Bonne idée. Ça cadre parfaitement avec le sujet, et ça donne une impression envoûtante. C’est comme une plongée en apnée dans une tragédie où chaque séquence possède son lot de noirceur et de drame. Le sujet et les personnages sont suffisamment explicites pour que Ripstein évacue toute surenchère formelle. Le réalisateur propose ses images plus qu’il ne les impose. Au spectateur de disposer. Par contre, une qui s’impose, c’est Patricia Reyes Spindola, impeccablement tragique, royalement nocturne. Diffusion mardi à 21h45 sur NBN Abel Vichac, prof de philo et universitaire réputé, traverse une crise. Il dort mal, n’a plus guère de goût à son travail, et le couple qu’il forme depuis dix ans avec la douce Aliette est de plus en plus malmené par sa tendance compulsive à courir après tout ce qui porte un jupon, quitte à rebrousser chemin au moment où il touche au but. Pour sa première réalisation, le scénariste Pascal Bonitzer a choisi de s’intéresser dans Encore! à un curieux personnage, plus attachant que sympathique, spirituel, distrait, irresponsable et furieusement égoïste. L’entreprise surprend agréablement grâce à l’humour mordant qui y est déployé. Il repose pour l’essentiel sur les dialogues, excellents, même si leur importance peut faire ressentir le film comme bavard. Il regorge néanmoins d’idées et de situations rigolotes comme la scène des tartelettes ou celle du vendeur de journaux de SDF. Les choses se gâtent un peu quand le personnage principal se met à perdre les pédales et commence à agiter un flingue. La mise en scène sait rester simple et discrète. Omniprésent, Jackie Berroyer fait preuve d’une solide présence et se révèle un acteur déroutant dont on se demande parfois s’il savonne son texte ou si ses hésitations font partie du personnage. Il est entouré de toute une kyrielle de jolies actrices qui ne sont pas pour peu dans la bonne impression que laissera la vision de Encore! à ceux qui apprécient ce genre de choses. Diffusion samedi à 22h45 sur NBN Et terminez la semaine avec un chef-d’œuvre: Laura d’Otto Preminger. Et un superbe portrait de femme! Qui a tué Laura Hunt, une ravissante jeune femme qui doit une partie de sa notoriété au chroniqueur Waldo Lydecker? Laura est l’un des chefs-d’œuvre du «film noir». L’aspect purement policier de l’intrigue – qui est l’assassin? – s’estompe souvent derrière une description psychologique passionnante. Au contact de la personnalité de Laura, le policier McPherson témoigne peu à peu d’une certaine sensibilité et sa rudesse s’oppose constamment à l’élégance décadente de Waldo Lydecker, le chroniqueur mordant dont Clifton Webb compose un inoubliable portrait. L’intrigue recèle une surprise, que je vous laisse découvrir – au cas où vous n’auriez pas encore vu le film – cette révélation n’étant pas un simple artifice du scénario, mais un moyen pour Preminger et ses scénaristes d’éclairer d’un jour nouveau chacun des personnages. Laura, c’est également une atmosphère prenante à laquelle ne sont étrangères ni la musique de David Raskin ni surtout l’admirable photographie en noir et blanc de Joseph La Shelle, qui joue avec génie des ombres et de la lumière. À l’image de McPherson, le spectateur se sent peu à peu envoûté par cette Laura qui n’apparaît, au début, que par les témoignages de ceux qui l’ont connue et qui bénéficie de la beauté de Gene Tierney. Comme la plupart des grands «films noirs», Laura est, en même temps qu’une intrigue psychologico-criminelle, le portrait d’une femme. Face à un flic brutal, à un fiancé médiocre et à un Pygmalion égoïste, Gene Tierney est tout simplement sublime. Diffusion dimanche à 21h45 sur NBN Pour compenser cette pénurie de films de cinéma, nous nous arrêterons sur deux téléfilms qui, en fait, font partie l’un et l’autre d’une série: Le premier Beaumont de père en fils constitue le dernier épisode d’une série qui eut, en France, énormément de succès. Une Famille Formidable réalisée par Joel Santoni avec Anny Duperey, Bernard Lecoq et dans cet épisode l’apparition surprise de Daniel Gélin. Rires, pleurs, déprimes, coups de colère, fâcheries, réconciliations, les Beaumont n’échappent pas à tous ces tracas qui agitent les grandes familles, sans oublier les amis qui font partie de leur vie: Reine, Richard et Michel Morand. Jacques et Catherine Beaumont ont fort à faire avec leurs cinq enfants. Il y a Audrey, l’aînée, mariée à Julien, Nicolas dont la jeune épouse, Elena, a perdu le bébé qu’elle attendait, Frédérique, maintenant une belle adolescente, amoureuse de Sébastien, le fils de Reine, et les deux derniers, des jumeaux, encore bien petits. Aussi, chaque année, les vacances au Portugal, chez Nono, le père de Catherine, sont-elles les bienvenues! Mais l’été dernier, les imprévus sont venus troubler ce repos tant désiré. Si Jacques a retrouvé un peu de sérénité après une très grave dispute avec Nicolas, au cours de laquelle le père et le fils se sont battus, Catherine est troublée par la mélancolie de son père vieillissant, qui supporte mal son âge et la scène de jalousie que Francisca, son épouse, lui a faite. De plus, Michel Morand, le vrai père d’Audrey, est malheureux car Reine, dont il est épris, le fuit. Catherine, fatiguée, ressent soudain un besoin de liberté. Elle tombe sous le charme d’Éric, un touriste français. Après ces vacances mouvementées, les Beaumont, de retour à la maison, vont devoir faire face à un nouvel événement: la réapparition soudaine du père de Jacques, Édouard Beaumont. Nicolas, repoussé par sa femme, se rapproche de son père et accueille avec gentillesse l’arrivée de ce grand-père qu’il n’avait jamais vu. Frédérique et Sébastien, plus amoureux que jamais, bravent l’autorité parentale... Diffusion lundi à 23h00 sur MTV Le second téléfilm, intitulé Dette d’Honneur constitue un des épisodes de la série Groupe Nuit réalisée par Patrick Jamain avec Jacques Perrin, en vedette. Depuis 20 ans, le commissaire Barthélémy fait la nuit. Par choix, précise-t-il, car les truands ne dorment pas! Et ce soir, ils ne chôment pas. Le corps d’une jeune femme vient d’être découvert dans un terrain vague. Le légiste signale des traces de morsures. Sûrement un pit-bull. Barthélémy et son équipe, Compagnon, Balou et Zoé, sont à pied d’œuvre. Une fois encore, Ludo manque à l’appel. Joueur compulsif, il ne sait quitter une table. À ses dépens. Cette nuit, le policier a perdu gros. Sans le sou, il signe un billet à son créancier, un avocat véreux qui s’empresse de revendre sa dette à Zbyg, un puissant caïd. Celui-ci ne tarde pas à lui dicter ses conditions. Un chantage auquel l’inspecteur ne peut guère se soustraire. Les menaces sont claires. En cas de rupture de contrat, les collègues de Ludo trinqueront. Barthélémy s’impatiente, l’enquête piétine. Mais une descente de police dans une usine désaffectée où des combats de chiens sont organisés va relancer l’affaire. Zbyg, le chef d’orchestre de ce lucratif business, est parmi les interpellés. Barthélémy connaît le pedigree de cette fripouille. Le meurtre de la veille lui ressemble. Reste à prouver sa culpabilité. Mais Zbyg dispose d’un atout maître: Ludo. Du moins le croit-il... Un polar inspiré et bien ficelé qui montre, sans fioritures, le lot quotidien des «tricards», ces flics, ni héros, ni justiciers, qui ont choisi de travailler la nuit. Emmené par l’excellent Jacques Perrin, ce Groupe Nuit est servi par des comédiens de talent qui campent avec justesse leurs personnages aux belles individualités, notamment Nicolas Navazo et Astrid Veillon («Extrême limite»). Diffusion dimanche à 23h30 sur MTV
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