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Actualités - Reportages

Sport cérébral Les échecs au Liban dans Europe Echecs (photo)

Dans sa dernière livraison et sous le titre «Échiquiers de la paix», la revue spécialisée Europe Echecs consacre un grand article sur ce sport cérébral au Liban. «Moins populaires que le nard (backgammon), les échecs sont en plein essor au Liban, après une décennie de reconstruction. Voyage au pays des cèdres, où quinze années de guerre ont imprimé dans les cœurs une trace indélébile», écrit Jean-Michel Péchiné. Extraits : Beyrouth, 5 août 1998. Ronde 7. L’élite des joueurs libanais s’affronte en tournoi fermé, dans le cadre chic d’un café, le Portofino. À la clé, le titre de champion national, une prime de 500 $ et un billet d’avion aller et retour pour l’Égypte. Fadi Eid, 28 ans, deux normes de maître international, est le favori logique du tournoi. Avec un Elo à 2280, il ne craint aucun de ses treize rivaux, pas même Ahmed Najjar (2255). Mais, avec les Blancs, Fadi a perdu un point précieux lors de la 6e ronde. Un coup d’arrêt brutal, d’autant que la position, au sortir de l’ouverture, était au moins égale. Est-ce le mental qui a failli? Possible… Eva Repkova, son épouse, grand-maître slovaque, deuxième du championnat d’Asie et qualifiée pour l’interzonal, est enceinte, depuis huit mois. «Ce sera un garçon, un joueur d’échecs, oui! J’aurais dû gagner contre Nassim Sakr (2140)». Impétueux, Fadi s’est lancé dans la variante la plus risquée, avec un sacrifice de Dame au 24e coup, qui s’est révélé désastreux. Force tactique, fragilité psychique Car il est dit que la vie du champion libanais, forgée par quinze années de guerre entre 1975 et 1990, l’emportera toujours sur sa passion du jeu. «À la fin du conflit, confie Fadi, par ailleurs entraîneur du club de l’Armée, il y avait deux fédérations, une pour chaque confession. La communauté des joueurs était scindée en deux, sans espoir de rencontre». Les affrontements entre les maîtres tacticiens chrétiens et musulmans se situaient sur un autre champ, là où les duels n’ont plus rien de virtuel. En outre, les années de guerre ont modifié sensiblement l’attitude même des joueurs face à l’échiquier. «Les compétitions se disputaient à la cadence semi-rapide. Nous jouions dans l’urgence (un jeu débridé, avec une recherche quasi-systématique du mat), car les parties pouvaient être interrompues à tout instant par un bombardement». Troisième du dernier championnat arabe, l’équipe nationale pâtit de ces sauts de concentration, voire de motivation de ses champions. Une fragilité chronique, à laquelle tente de remédier le grand-maître roumain Theodor Ghitescu, entraîneur fédéral des équipes masculine et féminine, jusqu’aux Olympiades d’Elista. «Les joueurs libanais ont un fort potentiel, ils sont sympathiques et talentueux, mais, techniquement, ils ont des progrès importants à réaliser sur les trois phases de la partie et aussi sur le plan du comportement. Ils sont trop amateurs. Il leur faut acquérir la mentalité de gagneur. Mais la volonté ne suffit pas, il faut qu’ils s’astreignent à un entraînement rigoureux»., analyse-t-il. Hyper-personnalisée, la «méthode Ghitescu» est adaptée à chaque style de jeu, aux défauts et aux qualités inhérentes de chaque compétiteur, y compris sur le plan psychique. Objectif sportif, n° 1 au Proche-Orient Atypique, la recontruction des Échecs libanais s’est amorcée en 1990, à partir d’un palier zéro. Moins de dix ans après, la Fédération peut s’enorgueillir d’un bilan flatteur, même si les retards concédés aux puissants voisins d’Égypte et d’Irak, notamment, seront lourds à combler. «Les jeunes ont été la première cible de notre plan de développement, avec l’organisation régulière de championnats pour toutes les catégories d’âge, garçons et filles, à partir des moins de 10 ans», souligne le docteur Ammar Houry, président de la Fédération, par ailleurs membre du Conseil municipal de Beyrouth. Une prospection engagée en profondeur, dont les fruits sont recueillis aujourd’hui : le championnat scolaire 1998 a réuni quelque 500 participants. Un total record et un vivier prometteur, si l’on considère que la Fédération ne compte pour l’heure que 1 000 membres licenciés, répartis dans 24 clubs. «Mais notre préoccupation majeure reste l’argent, car nous ne bénéficions d’aucune aide gouvernementale», poursuit le docteur Houry. «Néanmoins, nous recevons le soutien de sponsors privés, banques et grands hôtels, et, à titre individuel, de Rafic Hariri, notre président!»… «Notre objectif sportif est de devenir la première nation échiquéenne du Proche-Orient. Quinze de nos joueurs masculins ont un Elo international. Nous comptons trois maîtres internationaux féminins, 4 arbitres internationaux, et, sur un plan historique, nous avons été la première nation arabe affiliée à la Fédération internationale, après la fondation de notre Fédération, en 1956». Il est vrai qu’il existe au Liban une culture authentique des Échecs en compétition. En dépit de la guerre, les équipes nationales ont participé à toutes les Olympiades depuis 40 ans (y compris en 1976, à Tripoli), sauf une, en 1978, à Buenos Aires.
Dans sa dernière livraison et sous le titre «Échiquiers de la paix», la revue spécialisée Europe Echecs consacre un grand article sur ce sport cérébral au Liban. «Moins populaires que le nard (backgammon), les échecs sont en plein essor au Liban, après une décennie de reconstruction. Voyage au pays des cèdres, où quinze années de guerre ont imprimé dans les cœurs une trace indélébile», écrit Jean-Michel Péchiné. Extraits : Beyrouth, 5 août 1998. Ronde 7. L’élite des joueurs libanais s’affronte en tournoi fermé, dans le cadre chic d’un café, le Portofino. À la clé, le titre de champion national, une prime de 500 $ et un billet d’avion aller et retour pour l’Égypte. Fadi Eid, 28 ans, deux normes de maître international, est le favori logique du tournoi. Avec un Elo à 2280, il ne craint aucun de...