Le président Boris Eltsine s’accroche coûte que coûte au Kremlin malgré une santé de plus en plus chancelante mais la classe politique russe prépare déjà «l’après Eltsine», et les candidats à sa succession se bousculent sans attendre l’élection prévue en juin 2000. Boris Eltsine, 67 ans, est un homme physiquement très diminué qui n’est plus en mesure de diriger la Russie, alors que le pays se trouve confronté à une grave crise économique. Ses problèmes de santé l’éloignent de plus en plus souvent du Kremlin et il passe désormais une bonne partie de son temps dans ses résidences de campagne près de Moscou, ou au bord de la mer Noire, à Sotchi. Le président russe, qui a subi un quintuple pontage coronarien en 1996 et souffre de problèmes cardiaques et pulmonaires, a connu une fin d’année particulièrement difficile. En octobre, il est parti en maison de repos soigner une «asthénie», une forme de fatigue généralisée, physique et psychologique. Il a dû annuler coup sur coup sa participation à un important sommet Russie-UE à Vienne et à une rencontre de l’Apec à Kuala-Lumpur. Même les visites officielles à Moscou deviennent difficiles à gérer. C’est à l’hôpital central du Kremlin que M. Eltsine, souffrant d’une pneumonie, a reçu le président chinois Jiang Zemin fin novembre. Et lors de la «visite historique» de Keizo Obuchi, premier chef de gouvernement japonais à se rendre à Moscou depuis 25 ans, M. Eltsine, malade, a réduit au strict minimum le programme officiel. Plus grave encore, le président russe a tenu des propos plus ou moins incohérents à plusieurs reprises ces derniers mois en public, en raison sans doute de son état de fatigue intense. Restaurer la grandeur de la Russie Dans l’opposition, et même parmi les anciens fidèles de Boris Eltsine, nombreux sont ceux qui exigent la démission du président. Mais ce dernier semble résolu à rester jusqu’au bout de son mandat, malgré l’image pathétique qu’il offre à la Russie et au monde extérieur. Plusieurs leaders politiques se sont déjà lancés dans la course à la présidence, en comptant manifestement sur une élection anticipée en raison de l’état de santé de Boris Eltsine. Selon les sondages, les prétendants les mieux placés semblent aujourd’hui le général Alexandre Lebed, gouverneur de Krasnoïarsk, et le maire de Moscou Iouri Loujkov, et dans une moindre mesure le chef du Parti communiste Guennadi Ziouganov, et le libéral Grigori Iavlinski. Les fidèles d’Alexandre Lebed souhaitent l’arrivée au Kremlin d’un homme à poigne qui remette de l’ordre en Russie, et le maire de Moscou veut rassembler ceux qui souhaitent restaurer la grandeur de la Russie tout en gardant les acquis de la démocratie. Les partisans de M. Ziouganov sont souvent des nostalgiques de l’ère soviétique, et M. Iavlinski représente le courant économique libéral, au sens occidental du terme. Tous ces prétendants voient sans doute avec inquiétude monter la cote de popularité de l’actuel Premier ministre Evguéni Primakov, 68 ans, qui n’est officiellement pas candidat. Nommé en septembre dernier, après l’écroulement du système bancaire en Russie, cet ancien chef des services secrets et pur produit de la nomenklatura soviétique a réussi à rassurer la population, à défaut de proposer des solutions miraculeuses pour sortir de la crise. Les absences répétées de Boris Eltsine ont rapidement fait de M. Primakov le vrai «patron» de la Russie, lui conférant un profil de plus en plus présidentiable. M. Primakov a beau répéter régulièrement qu’il ne sera pas candidat à la présidence, personne n’a oublié que trois jours avant d’accepter le poste de Premier ministre, il avait annoncé solennellement qu’il ne prendrait pas la tête du gouvernement russe...
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