Le débat sur l’euthanasie vient d’être spectaculairement relancé en France avec l’inculpation pour meurtres d’une infirmière ayant reconnu avoir «mis fin aux souffrances» d’une trentaine de malades incurables. Christine Malèvre, 28 ans, infirmière du service de neurologie et de pneumologie au centre hospitalier François Quesnay à Mantes-la-Jolie, dans la banlieue ouest de Paris, a été inculpée d’«homicides volontaires», mais laissée en liberté. Cette affaire est la plus grave survenue en France dans un domaine où la pratique médicale côtoie la morale, faute de débat ou de législation. Les faits reprochés se sont déroulés entre janvier 1997 et mai 1998. Ils ont été découverts à la suite d’une enquête administrative interne menée par la direction de l’hôpital, étonnée du nombre important de décès inexpliqués de patients âgés de 72 à 88 ans dans le service pneumologie de l’établissement. Le 6 mai, après un nouveau décès suspect, le directeur de l’hôpital a décidé de saisir la justice pour «chercher à établir la réalité des faits et le bien-fondé des soupçons portés sur Christine Malèvre», a-t-il précisé dans un communiqué. Le même jour, l’infirmière s’est vu «interdire de reprendre son poste en attendant une affectation dans un nouveau service où elle ne serait plus en contact avec des patients en fin de vie». Quelques heures plus tard, la jeune femme tentait de mettre fin à ses jours et était hospitalisée dans un centre spécialisé. Entendue le 8 juillet par la police, elle a rapidement reconnu les faits et déclaré avoir «mis volontairement fin aux souffrances de ces patients». «Elle aurait agi à la demande des familles des malades et, dans certains cas, à la demande des malades eux-mêmes», a expliqué Jacques Hossaert, premier procureur adjoint du tribunal de Versailles, soulignant qu’«aucune plainte n’avait été déposée». Toutefois, des réserves ont été émises, car la jeune femme «aurait agi de son propre chef» pour plusieurs patients, a-t-on appris auprès des enquêteurs. Le secrétaire d’Etat à la Santé, Bernard Kouchner, interrogé par le journal «Le Monde», a appelé à «se garder de tout jugement moral hâtif» sur cette affaire. «Je ne voudrais pas que cette infirmière se sente seule, comme ont dû se sentir seuls ses malades», a-t-il dit. Selon lui, la France est «très en retard» par rapport à ses partenaires européens sur ces «problèmes fondamentaux posés par la fin de vie». Le code pénal français distingue entre l’euthanasie dite active — le fait de provoquer directement la mort — assimilée à un homicide, et l’euthanasie passive — le fait de ne pas agir — considérée comme de la non-assistance à personne en danger. Selon une étude publiée en mars dernier par la revue «Réanimation urgences», près de la moitié des décès enregistrés dans les services de réanimation en France font suite à une décision d’arrêt de traitement, encore appelée «euthanasie passive». «Dans plus de 80% des cas, la famille ou les proches sont informés, même partiellement», de la décision, mais celle-ci relève dans tous les cas exclusivement des médecins, soulignent les auteurs de l’étude. Ce problème est appréhendé de manières différentes dans le monde. Certains pays admettent implicitement le «suicide assisté», d’autres se refusent à réglementer «l’euthanasie active», mais, pour la plupart, cette pratique reste un sujet tabou. (AFP)
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