Avant-première au théâtre Monnot: un moyen-métrage ( 51 mn) de Bahij Hojeij, «Makhtoufoun» (kidnappés). Après la projection, le metteur en scène s’explique: «des visages et des voix, voilà en deux mots mon film…» L’oubli venant gommer la guerre, les kidnappés des temps noirs qui n’ont pas refait surface ne sont plus aux yeux du monde qu’une sorte d’ectoplasmes, de vagues fantômes. Mais ils restent là, douloureux, lancinants, dans la mémoire meurtrie de leurs parents. Et c’est pour raviver la flamme du souvenir, comme de l’espoir jamais évanoui, que Hojeije a voulu faire son film. Et il continue, en fait, sur une même voie de réhabilitation affective. Il avait traité en effet, dans «Beyrouth dialogue des ruines» ou dans «Beyrouth dévoile ses trésors», du cœur si méconnu des vieilles pierres. Puis il avait plaidé écolo nature dans «Ricardo et ses amis». Et enfin, un titre qui dit clairement la voie suivie, ce «Défi à l’oubli» consacré au Musée national… Il a développé un scénario de long métrage qu’il essaie de produire. Il s’agit d’une adaptation de l’Emigré de Brisbane de Georges Schéhadé. Bahij Hojeij a consacré un an aux «kidnappés». Il ne savait pas trop au départ sous «quel angle traiter un sujet là aussi complexe et délicat. Finalement, en faisant mon enquête avec l’aide de Wadad Halwani, j’ai trouvé que les véritables kidnappés sont les parents eux-mêmes, ils sont les otages de la souffrance et de l’attente». Les «kidnappés» sont donc vus à travers l’épreuve de la famille. «La plupart des parents ont toujours l’espoir de retrouver leurs enfants du moment qu’ils ne connaissent pas la vérité, qu’ils n’ont pas de preuve tangible». Pourquoi ce sujet et pourquoi maintenant? «Durant les périodes d’après -guerre, les gens ont tendance à devenir amnésiques». Volontairement? «Oui, c’est interdit de parler, on nous dit qu’il faut faire table rase du passé. Mais il existe des plaies encore ouvertes. Le problème des kidnappés en fait partie. Et les parents vivent dans un doute perpétuel accablant… Je voulais parler des gens oubliés». Et Hojeij de souligner que son «but n’est pas de faire souffrir les gens, de remuer le couteau dans la plaie. Mais tout ce qui passe par le coeur est plus facilement gravé dans la mémoire». Une sorte de thérapie, alors? «Ces gens rejoints par la caméra avaient besoin de s’exprimer. Moi ce que j’ai fait c’est enregistrer leurs témoignages». Parler, vider leur sac devant, a eu un effet libérateur. «Il est vrai que mon film pose plein de questions. Mais je ne cherche pas de solutions. Il ne s’agit pas non plus d’une enquête journalistique. Il ne faut pas oublier que le but du film c’est de montrer le côté humain d’un lourd dossier» Hojeije a choisi ces gens là en particulier «parce qu’ils sont authentiques, touchants». A-t-il procédé à une sélection? «Dans ce genre de travail, on fait souvent des essais devant la caméra et l’on a souvent des surprises. Vous croyez que des gens n’ont rien à dire et dès que la caméra est là, vous êtes surpris et vous dites voilà c’est ce que je veux. Ce n’est pas un truc construit à l’avance, le film se construit au fur et à mesure. «Je voulais installer d’abord les gens, les introduire. Et au fur et à mesure, le côté dramatique commence à monter. Cela est naturel. Je suis resté effacé devant la caméra. Evidemment ma présence a aidé. Il fallait mettre les gens en confiance». Nombre de parents de kidnappés étaient présents à la projection . A la sortie du film, ils étaient émus. «Je m’attendais à des critiques. Mais non.Ils m’ont remercié chaleureusement. J’ai senti qu’ils étaient très soulagés». «Mon film est un documentaire construit et j’ai voulu éviter tout cliché, toute chose déjà exploitée par les médias. J’ai voulu explorer l’autre face du problème». «Des visages et des voix. Voilà en deux mots mon film «Kidnappés». Des visages qui attendent, qui souffrent, qui se révoltent, qui nous giflent par leur sincérité et leur franchise. Des voix perturbées qui montent, qui baissent et percent nos oreilles pour atteindre le coeur». J’ai invité les télévisions à l’avant-première . Je ne sais pas s’il y en a une qui osera passer le documentaire. Je vais également le proposer à des télévisions internationales. Je signale aussi que ce film a été co-produit avec une société libanaise IBW sans aucun patronage étranger. Je voudrais qu’il soit diffusé au Liban, je l’espère pour que le plus grand nombre de gens puissent le voir». Afin de sauver les otages, parents et kidnappés, de l’oubli.
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