Le Tour de France se retrouve pris dans une tourmente dont personne ne semble mesurer l’ampleur et qui menace de faire sombrer la plus grande épreuve cycliste mondiale. A l’exclusion du Tour des Festina, le 17 juillet pourrait s’ajouter celle des TVM. Trois des responsables de la formation néerlandaise, dont le directeur sportif Cees Priem, sont gardés à vue à l’hôtel de police de Pamiers jusqu’à samedi matin tandis qu’une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Reims dans cette nouvelle affaire de dopage. Outre la saisie de 104 doses d’EPO dans une voiture de l’équipe au mois de mars, d’autres produits dopants ont été saisis jeudi lors de l’intervention des douanes à l’hôtel des TVM. La direction du Tour a immédiatement réagi à ce nouveau rebondissement en envisageant l’exclusion des TVM. S’exprimant sur Radio Tour au nom de la Société du Tour de France et de l’UCI, Jean-Marie Leblanc a déclaré que si des éléments précis venaient montrer que l’équipe TVM avait enfreint «les règlements et l’éthique» du cyclisme, «elle serait immédiatement exclue». Le renvoi des Festina constituait une première dans la Grande Boucle, la perspective de la mise à pied d’une deuxième équipe ferait l’effet d’un coup de tonnerre. La suspicion, qui gagne depuis que la justice a décidé de s’intéresser à certaines pratiques sportives, deviendrait alors générale. Pour ajouter encore au malaise ambiant, trois coureurs Festina, le champion du monde Laurent Brochard, le Français Chistophe Moreau et le Suisse Armin Meier, ont avoué jeudi soir à Lyon s’être dopés. Ces aveux, corroborés depuis par la quasi-totalité de l’équipe à l’exception de son leader Richard Virenque, posent avec encore plus d’acuité la question de l’ampleur du dopage dans le peloton. Il est impossible de s’en tenir au 1% que décèlent les actuels contrôles. Le phénomène est beaucoup plus large et la question est d’en mesurer l’ampleur. S’exprimant avant le départ, le directeur sportif des GAN, Roger Legeay, plaidait pour un grand débat à tête reposée cet hiver lorsque les esprits seront calmés. «On nous traite comme du bétail» Legeay souhaite que 10% des recettes du cyclisme soient consacrées à la recherche pour mettre au point des tests fiables. «Le sport génère beaucoup d’argent, il faudrait que 5 ou 10% des recettes soient destinés à mettre au point un radar auquel personne ne pourrait échapper», a-t-il dit. Premiers concernés, les coureurs ne furent pas les premiers à réagir mais les révélations venues de Lyon les ont convaincus d’engager une action spectaculaire. Menant la fronde, le Français Laurent Jalabert a convaincu le peloton de s’arrêter sur la ligne du kilomètre zéro, point de départ officiel de la 12e étape, vendredi. Pendant deux heures, coureurs, directeurs sportifs et responsables de course ont discuté. Jean-Marie Leblanc en appela au respect du public et des forces de l’ordre qui s’étaient mises en place tout au long du parcours pour assurer la sécurité. Certains coureurs, dont Jalabert, ne voulaient rien entendre, menaçant de renoncer à la course. «Nous sommes très affectés par ces affaires qui occupent le Tour depuis le départ. Il y en a ras-le-bol, a déclaré le Mazamétain s’exprimant sur Radio Tour. On nous traite comme du bétail. Nous allons donc nous comporter comme du bétail». «Les coureurs ne doivent pas être considérés comme des criminels», a renchéri Vincent Lavenu, directeur sportif des Casino. Jean-Marie Leblanc faisait ensuite appel à la méditation de Roger Legeay pour qu’une solution soit trouvée et finalement le peloton prit son élan, au grand soulagement des Telekom qui craignaient une annulation de l’étape. Ce mouvement de protestation n’est pas inédit. En 1966, au départ de Gradignan, les coureurs avaient fait une grève du zèle pour protester contre le premier contrôle antidopage effectué sur le Tour à Bordeaux. En attendant la suite des affaires TVM et Festina qui lui ont porté le plus grave coup de son histoire, le Tour continue. La première moitié de la course a été éclipsée par les affaires de dopage, la seconde moitié semble suivre le même chemin quels que soient les exploits qui pourront être réalisés dans les Alpes. Avant même qu’il atteigne les Champs-Elysées, le Tour 98 restera marqué par cette ombre qui a incité le gouvernement à accélérer la prise de mesures pour protéger les athlètes contre le fléau du dopage. En tant qu’institution vieille de 85 éditions, le Tour devrait survivre à cet épisode tragique mais pour qu’il ne garde pas l’image d’une compétition tronquée par quelques tricheurs, il est important que ces derniers soient mis hors course.
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