Dans une salle du vieux Gdansk, une cinquantaine de personnes chantent en allemand, secondées par un petit orgue électrique, cachant difficilement l’émotion que fait venir le souvenir des temps anciens: «Altes Danzig, schoenes Heimatland» (Vieux Gdansk, la belle patrie). Allemands et fiers de l’être, ils sont surtout citoyens de la vieille ville hanséatique qu’ils n’ont pas pu ou voulu quitter. Ancien port polonais quasi-autonome et multiculturel jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, annexé par la Prusse en 1793, puis érigé en ville libre après la Première Guerre mondiale, Gdansk a été la cause symbolique de l’agression hitlérienne contre la Pologne en 1939. La ville est redevenue polonaise en 1945, mais certains membres de son importante population allemande sont restés. «Ich bin ein Danziger», dit d’une voix ferme Bruno Kresimon, 75 ans. Lui, tout comme ses amis qu’il rencontre chaque mercredi dans un vieil immeuble du centre qui abrite le Bund der deutschen Minderheit in Danzig, (Association de la minorité allemande de Gdansk), il se sent d’abord ressortissant de sa ville natale. Un autre vieillard, Uli Neubauer, chantonne «Danziger Frauen» (les femmes de Gdansk). Sourire en coin, il chante timidement comme s’il les voyait passer devant lui: «Ja, denn Danziger Frauen sind wunderbar» (Oui, ces femmes de Gdansk sont merveilleuses). L’association compte 4.000 personnes, mais «nous sommes un peu plus de deux cents à participer à nos rencontres», confie Waltraud Grohs, 65 ans. «Cela me permet de cultiver la langue allemande et surtout de me souvenir des bons vieux temps», ajoute-t-elle en souriant. Pourtant, la guerre avait cruellement détruit les meilleures années de leur jeunesse. Visage creusé de rides, Bruno Kresimon raconte son service dans la Wehrmacht, sur le front soviétique, dès 1942. «Soldat dans une unité de télécommunication, j’ai fui les avions et les chars russes à Koursk», où s’est déroulée en juillet 1943 la plus grande bataille de blindés de la Seconde Guerre mondiale. Waltraud Grohs est entrée à l’école au moment où les Allemands ont occupé la Pologne, en 1939. Elle se rappelle que les rapports avec les voisins polonais n’étaient pas mauvais. «Ma mère m’a dit de donner à manger à quelques enfants polonais qui allaient à notre école. Elle cachait même une Polonaise dans notre maison», raconte cette femme corpulante pleine d’énergie. En 1945, des soldats polonais ont enfermé toute sa famille dans un camp, à 100 km de Gdansk. Ironie du sort: «Le soldat polonais qui nous a mis dans le camp était le futur beau-père de mon frère». Le régime communiste imposé de force par l’URSS n’a jamais reconnu officiellement l’existence de la minorité allemande en Pologne (500.000 personnes, dont 300.000 dans la région d’Opole, dans le sud). Ce n’est qu’à partir de 1990 que les premières associations commencent à naître. «Nous cherchons surtout à attirer les jeunes», dit Gerhard Olter, numéro deux (geschaeftsfuehrer) de celle de Gdansk. «Les jeunes préfèrent la discothèque. S’ils s’intéressent à nous, c’est pour trouver plus facilement du travail en Allemagne», précise-t-il. «D’ailleurs, les jeunes sont tous déjà partis là-bas», ajoute-t-il amèrement. Pourquoi donc leurs parents sont-ils restés en Pologne? Dans les années 50, les autorités communistes n’ont pas permis à Mme Grohs de quitter le pays. En 1991, elle s’est vu refuser la nationalité allemande. «Ma mère et mes deux sœurs sont parties en 1956», raconte Bruno Kresimon. «Je suis resté car ma femme Boleslawa, bien que d’origine allemande, ne voulait pas partir». Lui-même, fait prisonnier par les Britanniques en Allemagne, est rentré à Gdansk en 1947. Gerhard Olter observe que la guerre a tellement perturbé leurs vies que ces «Danzigern», qui parlent entre eux tantôt polonais tantôt allemand, disent même: «J’ai vécu l’occupation à Gdansk». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans une salle du vieux Gdansk, une cinquantaine de personnes chantent en allemand, secondées par un petit orgue électrique, cachant difficilement l’émotion que fait venir le souvenir des temps anciens: «Altes Danzig, schoenes Heimatland» (Vieux Gdansk, la belle patrie). Allemands et fiers de l’être, ils sont surtout citoyens de la vieille ville hanséatique qu’ils n’ont pas pu ou voulu quitter. Ancien port polonais quasi-autonome et multiculturel jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, annexé par la Prusse en 1793, puis érigé en ville libre après la Première Guerre mondiale, Gdansk a été la cause symbolique de l’agression hitlérienne contre la Pologne en 1939. La ville est redevenue polonaise en 1945, mais certains membres de son importante population allemande sont restés. «Ich bin ein Danziger», dit d’une...