Pour la circonstance, l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) et son Centre d’Editions d’Art Photographique ont choisi de revêtir, ce soir-là, une de ses plus belles parures: le moderne, pratique, fonctionnel, efficace, drapé dans la majesté d’un passé aussi prestigieux qu’attachant, le tout baignant dans le souvenir, désormais immortel, du Bienheureux Nimutallah Kassab al-Hardini. La circonstance était la signature d’un ouvrage magistral en cinq volumes, retraçant l’histoire de l’Ordre libanais maronite, à l’occasion de la commémoration du troisième centenaire de la fondation de l’Ordre. C’est un survol impressionnant et suggestif de l’histoire, un musée vivant de photographies, et un bréviaire de spiritualité. Ce qui frappe de prime abord, c’est le sobre éclat des couleurs qui fait ressortir, d’une façon discrète mais nette, les détails d’un ensemble richement varié dont la finesse de la taille de la pierre, témoin authentique d’un vénérable passé. Le retour, à maintes reprises, des mêmes motifs architecturaux relève moins de la simple répétition, que de la continuité du fil de la pensée des bâtisseurs. Dans le cadre grandiose et captivant des montagnes et des canyons, cela vous plonge dans la méditation de l’adage: «La pierre vous parle si vous savez l’écouter». C’est surtout l’esprit qui vous parle, jaillissant de la pierre, impressionnant, saisissant. Ces monastères, que n’ont-ils pas inspiré les voyageurs étrangers dans leur exaltation de la vie sereine et paisible des moines cherchant, dans une atmosphère éthérée, à sanctifier les actes et gestes de leur existence: les cinq adorations quotidiennes, les méditations, le travail des champs s’effectuant en symbiose avec la prière, le moine lâchant la charrue pour psalmodier l’Angélus pendant que les cloches, sonnant à toute volée, leur font un écho émouvant... les sujets de conversations en communauté ou avec le peuple... tout se recoupe et se complète. *** En même temps que des lieux de piété, les monastères ont été des hauts lieux de l’activité intellectuelle. Dans le domaine de l’enseignement, une place de choix doit être réservée à l’année 1736, année de la réunion du «Synode libanais» qui a doté la communauté maronite d’une organisation nouvelle et proclamé le principe de l’enseignement obligatoire et gratuit; l’Eglise s’engageant de surcroît à assister les familles nécessiteuses pour éviter qu’elles ne soient tentées de faire travailler leurs enfants afin de pouvoir boucler un maigre budget familial... Disposition plutôt rare en son genre, prise cinquante-trois ans avant la Révolution française!... Au surplus, les programmes représentaient le tout dernier cri de la modernité. Inscrits dans les actes mêmes du Synode, ils préconisaient l’enseignement de matières comme la géométrie, la cosmographie, des principes généraux du Droit... * * * Nos couvents ont été aussi des fermes modèles, lesquelles trouvent leur expression — témoin dans ces magnifiques terrasses de culture qui ont transformé des montagnes entières en gradins que d’aucuns (comme Pierre Gourou) classent parmi les plus belles du monde. Et que dire de l’action sociale de l’Ordre libanais maronite, au service de tous, sans distinction de religion ou de condition sociale! Assistance des individus et des familles besogneux, soins médicaux, orphelinats, arbitrages des conflits, etc... Les liens solidement tissés dans le social devenaient un ciment d’unité nationale. Ce rôle a été encore renforcé par l’usage, suivi par toutes les communautés, de faire des dons aux couvents. L’on devait même assister à une pratique devenue rapidement courante: l’échange d’un terrain défriché et bonifié par les moines contre d’immenses domaines en friche; ce fut là une des principales causes de la constitution de la grande fortune immobilière de la Communauté. * * * A l’instar des Romains et toutes proportions gardées eu égard à l’importance des moyens mis en œuvre, nos Moines libanais maronites ont été et demeurent de grands bâtisseurs. Témoins, les grandes et nombreuses constructions dans tous les coins du Liban. Témoin aussi le cortège des générations qui ont porté haut le flambeau de la culture et de l’esprit et apporté une précieuse contribution à la formation du Liban. Témoin enfin l’extension, hors du Liban, de l’activité inlassable de nos moines, dans tout l’Empire de l’Emigration libanaise sur lequel le soleil ne se couche point. Dans l’espace comme dans le temps, transcendant continents, races et civilisations, l’Ordre libanais maronite peut faire sienne cette belle réflexion du poète latin, d’origine carthaginoise, Térence: «Rien de ce qui est humain ne m’est étranger».
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