Un groupe de Serbes bosniaques a recréé une communauté qui rappelle le temps du communisme pour reconstruire leurs vies dans leur village détruit pendant la guerre. Il y avait 500 habitants, serbes pour la plupart, à Ortijes, à la sortie de Mostar dans le sud de la Bosnie, avant la guerre de 1992-95. Chassés par les combats qui ont donné aux Croates le contrôle de la région, les Serbes n’ont pu rentrer chez eux qu’en juin, pour trouver leurs maisons en ruines. «Mais nous étions décidés à revenir», souligne leur chef, Vujadin Berberovic. «Alors, nous avons réparé une maison, et maintenant nous y vivons et dormons ensemble», explique-t-il, décrivant une situation qui rappelle aux Bosniaques leur mode de vie de l’époque communiste. Trois pièces de la maison à un étage, où il n’y a ni eau courante ni électricité, sont utilisées comme chambres. Le sol y est couvert de matelas. «Les hommes et les femmes dorment dans des chambres séparées», remarque M. Berberovic. Chaque matin à quatre heures et demie, cinq femmes se lèvent pour préparer café et thé pour les autres. A 6h., tout le monde se met au travail dans le village, construit dans une large vallée. Par groupes de sept ou huit, les anciens réfugiés enlèvent les gravats pour se préparer à rebâtir, et fauchent les mauvaises herbes. On déjeune à midi, quand le soleil d’été devient trop chaud. Un repas typique comprend soupe, poisson, pommes de terre et épinards, et on boit du gemist: un mélange de vin blanc et d’eau. Comme la Californie L’essentiel de la nourriture provient de programmes d’aide, mais la communauté fait son propre pain. «Cela fait près d’un an que nous préparons ce retour avec la communauté internationale», indique M. Berberovic. Pendant la guerre, ils s’étaient réfugiés en Serbie ou au Montenegro ou dans la partie sud-est de la Bosnie sous contrôle serbe. «Avant , nous avions des voitures et le téléphone, raconte M. Berberovic. C’était un petit village qui vivait presque entièrement des cultures». Il y avait un système d’irrigation, et on y produisait des abricots, des cerises, et du raisin pour les vins de Mostar. Aujourd’hui, il ne reste que du foin dans les champs, mais la communauté espère recommencer à cultiver en septembre, dès que l’irrigation sera remise en état. Le blé sera le premier semé. «C’est comme la Californie ici, dit Jovo. Nous avons du soleil et de l’eau et nous pouvons tout faire pousser». Une semaine après le retour des Serbes, les anciens habitants musulmans ont commencé aussi à revenir. Ils utilisent une maison comme base pour travailler, mais eux rentrent chaque soir à Mostar. Leurs relations avec les Serbes sont bonnes, disent-ils. «Nous ne sommes pas rentrés plus tôt parce que nous sommes en minorité, mais quand nous avons vu les Serbes rentrer, nous avons décidé de revenir», indique l’un d’eux, Mustafa Comor. Les Serbes sont tellement déterminés à réussir leur retour qu’ils ont amené leurs enfants, et prévoient de les envoyer à l’école à Mostar ou dans une autre ville des environs en septembre. Mais tandis que Serbes et muslmans reconstruisent leurs foyers, ils ont sous les yeux un groupe de maisons neuves de l’autre côté de la route. On dit à Ortijes qu’elles ont été bâties pour loger des Croates réfugiés d’autres régions de Bosnie — mais elles sont restées vides. «L’important, c’est que nous soyons revenus», estime Mirjana Vedan, qui fait partie ce matin de ceux qui préparent le petit-déjeuner. «Rien d’autre n’a d’importance», conclut-il. (AFP)
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