Un ancien policier argentin a rompu le silence entourant la disparition, en 1977, des religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, en révélant que leurs corps avaient été précipités dans un fleuve. L’homme, qui se fait appeler Mario Gomez, a averti la journaliste de la revue «Perfil», qui l’a interviewé, qu’il ne lui resterait que «24 heures à vivre» si elle révélait sa véritable identité. «Gomez» a dit avoir été, pendant la dictature militaire de 1976-83, officier supérieur au sein d’un «groupe de travail» de la police fédérale — euphémisme officiel désignant les escadrons de la mort. Les groupes de défense des droits de l’homme estiment que 30.000 personnes sont mortes ou ont «disparu» pendant la «sale guerre» menée par la junte contre les milieux de gauche. Le chiffre officiel est de 15.000 morts ou disparus. L’enlèvement des deux religieuses est imputé au capitaine de marine Alfredo Astiz, surnommé «l’ange blond», qui a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité par un tribunal français. Les religieuses aidaient les «Mères de la place de Mai» lorsque leur groupe a été infiltré par Astiz. On pense qu’elles ont été conduites au tristement célèbre centre de torture de la Marine, mais les circonstances exactes de leur mort restent inconnues. Pour Gomez, «ce n’étaient pas des religieuses, elles travaillaient comme messagères de la gauche». Il affirme que leur disparition a été orchestrée par un autre officier de marine, Jorge «Tigre» Acosta. Sans dire comment elles ont été tuées, il révèle ce qui a été fait de leurs corps. Aucun regret «Lorsque les femmes que vous appelez religieuses ont été éliminées, elles ont été mises dans un bidon qui a été jeté devant l’hôtel, dans le Tigre (delta proche de Buenos Aires), à l’entrée du canal». L’avocat et défenseur des droits de l’homme Horacio Mendez Carreras, qui représente les familles des religieuses, a cependant déclaré à la télévision que le récit de «Gomez» ne lui semblait «pas crédible». «Il est intéressant qu’il ait refusé d’être identifié. S’il détenait des informations aussi importantes, il ne devrait pas lui être difficile de les communiquer aux tribunaux», a-t-il ajouté. La religieuse Yvonne Pierron, qui travaillait avec les deux victimes mais a échappé à la mort parce qu’elle était en déplacement dans l’intérieur, a également émis des doutes. Elle a noté que les propos de «Gomez» correspondaient aux méthodes du centre de torture de la marine, mais pour ajouter: «Comme il n’a voulu ni montrer son visage ni donner son nom, ce qu’il a dit pouvait aussi bien être vrai que faux.» Gomez avoue avoir «tiré pour tuer et tué à 22 reprises», mais il ne regrette pas le rôle qu’il a joué à l’époque: «Je ne me repens de rien. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait en sachant que c’était bien. N’importe qui peut se repentir, pas moi. J’étais le meilleur.» Mais cet homme rondouillard, aux cheveux en brosse, qui allume une cigarette après l’autre, confie que sa propre fille l’a rejeté en apprenant ce qu’il a fait. «Elle dit qu’elle est dégoûtée et ne me laisse pas voir ma petite-fille.» Gomez affirme avoir aussi été envoyé en mission au Nicaragua et au Salvador. Il n’a pas été poursuivi dans le cadre des procès contre la junte dans les années 1980 et explique que les autorités n’ont pu le retrouver parce qu’il se servait d’un faux nom lorsqu’il faisait partie d’un escadron de la mort. Au début de cette année, Alfredo Astiz s’est vanté dans une interview d’être, «dans le pays, l’homme le mieux entraîné pour tuer un homme politique ou un journaliste». Cela lui a coûté son grade dans la marine ainsi que sa retraite et plusieurs poursuites ont été engagées contre lui pour apologie de la «sale guerre». (Reuters)
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