Marseille, le stade Vélodrome et son public coloré et enthousiaste. Pareille scène ne pouvait offrir qu’une demi-finale de Coupe du monde de feu, de joie et de larmes. Mario Zagallo, chantre d’un conservatisme tactique avec son immuable 4-4-2 n’avait effectué qu’un changement. L’arrière droit Cafu, suspendu, avait laissé sa place à Zé Carlos. Guus Hiddink décidait de son côté de titulariser pour la première fois Boudewijn Zenden, un ailier d’un petit format, qui remplaçait Marc Overmars, blessé et sur le banc. Philip Cocu, enfin, reculait pour occuper le flanc gauche de la défense batave. Une première encore. Dès le début, Hiddink marquait des points sur Zagallo. Les Néerlandais maîtrisaient le jeu. Zé Carlos, bloqué sur aile par un Zenden remuant et un Cocu actif, Roberto Carlos en difficultés face à Ronald De Boer, Reiziger montant sur Rivaldo, la puissance offensive brésilienne était très réduite. Les Bataves, mieux outillés dans l’entrejeu avec Davids et Jonk, offraient des solutions à Bergkamp, auteur d’un lob (3e) et Cocu d’une belle tête (6e). Subissant le pressing batave, les tenants du titre ne réagissaient que par des contres et coups de pied arrêtés. sur l’un d’eux, Cesar Sampaio (15e) inquiétait, de la tête, Van der Sar. Il fallait attendre la 20e minute pour voir une action brésilienne construite. Roberto Carlos débordait et centrait. Bebeto était tout près de conclure de la tête. Et Ronaldo? L’étoile «auriverde» tentait de se dégager du marquage adverse au point. Une seule fois, l’attaquant parvenait à trouver une ouverture. Stam se chargeait de le contrer (16e). Davids à la baguette, Jonk, Ronald de Boer à la récupération, Zenden, qui prenait le meilleur sur Zé Carlos, les Pays-Bas proposaient des variations offensives tranchantes. Par trois fois: Kluivert à la suite d’un centre parfait de Zenden décalé par Cocu (29e), Ronald de Boer à la suite d’un nouveau centre de Zenden (34e) et Kluivert de la tête (45e), ils inquiétaient Taffarel. 0 à 0 à la pause. Cependant, un avantage aux points pour les Pays-Bas. Aux points seulement... Ronaldo d’entrée Comme ce 9 juillet 1994 à Dallas en quarts de finale du Mondial, la première période avait été bloquée. Les deux formations avaient décidé de privilégier l’occupation rationnelle du terrain, notamment les Brésiliens dont le jeu collectif tanguait comme prévu sur la droite avec l’absence de Cafu. Il fallait donc un but pour débloquer cette situation. Ronaldo allait s’en charger dès la reprise. Un ballon de Rivaldo, qui avait vu, qui avait compris l’engagement dans l’axe de Ronaldo. L’attaquant prenait de vitesse Cocu et Van der Sar. Du plat du pied du gauche, il marquait son quatrième but de la compétition (46e). Dans sa double quête d’être champion du monde et meilleur buteur de la compétition, il n’était plus qu’à une unité de Batistuta et Vieri. Un éclair (de génie) avait suffi. Les Néerlandais, pourtant plus séduisants, étaient à la recherche d’un nouveau souffle. Il aurait pu venir par l’intermédiaire de Frank de Boer, qui héritant d’une tête de Kluivert, tirait du droit, lui le gaucher (52) obligeant Taffarel à une parade réflexe sur sa ligne. Kluivert, à nouveau, se distinguait par un beau tir des 20 mètres (67e). Fidèle à sa réputation de conservateur, Mario Zagallo faisait entrer Denilson, son joker, à la place de Bebeto, (70e). Classique. Cette arrivée apportait un sang neuf. Tout juste dans le rythme, la petite «merveille» lançait Ronaldo (73e). Ce dernier échouait sur Van der Sar. La réaction néerlandaise ne tardait pas. Bergkamp, puis Kluivert, de la tête, et enfin Zenden inquiétaient Taffarel (74e). Le match était lancé. Denilson avait allumé le feu promis. Il réussissait un ahurissant débordement, réalisant cinq passements de jambe, pour centrer pour Rivaldo qui ratait l’immanquable (77) avant que Kluivert, enfin, au terme d’un énième coup de tête ne parvienne à tromper Taffarel à la suite d’un nouveau centre de Ronald de Boer. L’enfant terrible du football néerlandais marquait son deuxième but de la compétition. But synonyme de prolongation avec éventuellement le but en or. Le Français Laurent Blanc contre le Paraguay en 8e de finale, avait marqué le premier but d’or de l’histoire dans une phase finale de Coupe du monde. Qui allait être ce deuxième buteur? Roberto Carlos (92), sur son aile, aurait pu être ce joueur, s’il avait été moins collectif. Deux minutes plus tard, l’arrière du Real Madrid remettait ça. Il débordait et centrait à nouveau pour Ronaldo, qui effectuait un retourné acrobatique. Il fallait un replacement superbe de Frank de Boer pour sauver les Pays-Bas. Désormais, il y avait du rythme, de la vie dans cette prolongation. Ronaldo, encore, jouant enfin à un niveau digne de sa réputation, réalisait un superbe numéro, contournait la défense batave et Winter, son camarade de l’Inter Milan, et du droit il obligeait Van der Sar à s’employer. Les Pays-Bas attendaient. Une première fois, Pierre Van Hooijdonk, sur un coup franc (97) inquiétait Taffarel. L’attaquant avait préparé le terrain pour Kluivert. Bien lancé par Frank de Boer, le buteur batave tirait du gauche. Taffarel pouvait souffler. Le ballon ne faisait qu’effleurer son poteau gauche. 1 à 1 à la pause de cette prolongation. Il n’y avait plus de place pour ébaucher une tactique. Alors Ronaldo allait se révéler. Il prenait le jeu du Brésil à son compte. Il devenait le patron. Sur un raid, il fallait tout le talent de Frank de Boer, exceptionnel en défense, pour lui enlever des pieds un ballon qui ne demandait qu’à rentrer (117). Deux minutes plus tard, c’est à nouveau Roberto Carlos, qui d’un tir en coin mettait à l’ouvrage Van der Sar. Les Brésiliens ne voulaient pas attendre la trop pénible séance des tirs au but. Il fallait en finir. Vite. Zagallo s’essoufflait sur son banc à donner les derniers ordres. Son homologue Hiddink était debout pour rien ou presque. La délicate séance des tirs au but, pour la deuxième fois dans ce Mondial, devait départager deux sélections pour la finale au Stade de France dimanche. Taffarel efficace La douloureuse séance des tirs au but allait sévir. Pour le Brésil, il fallait se souvenir de la finale de la Coupe du monde en 1994. C’est à l’issue d’une pareille séance que les «Auriverdes» avaient conquis leur quatrième titre. Présage? Peut-être. Et tout d’abord deux images. Belles. Tout le banc brésilien uni, mains serrées et priant. L’autre, les cinq tireurs néerlandais recueillis au centre du terrain. Le premier tireur était Brésilien. Ronaldo. Du droit et à mi-hauteur, il prenait à contre-pied Van der Sar. Pour la riposte, Hiddink choisissait Frank De Boer. Du gauche, il battait Taffarel pourtant parti du bon côté. Rivaldo arrivait à son tour. Pas de problème. De son pied gauche magique, il tirait à la droite de Van der Sar. Contre-pied. Dennis Bergkamp, bien effacé durant la rencontre, n’éprouvait aucun problème pour rétablir la marque tout comme Emerson, pour le Brésil, qui d’un tir à mi-hauteur battait à nouveau Van der Sar. Puis Cocu. Déjà, il avait éprouvé un problème pour placer son ballon. Mauvais signe. Il tirait sur la gauche de Tafarel, qui arrêtait le premier tir au but de cette séance. Dunga, en bon capitaine et toute rage dehors , confirmait cet avantage. C’est finalement Ronald de Boer qui allait trahir les siens. Son temps d’arrêt allait permettre à Taffarel de briller. Il arrêtait le tir du joueur de l’Ajax d’Amsterdam. Le Brésil explosait. Pour la sixième fois de son histoire, la «Selecao» se qualifiait pour une finale de Coupe du monde. Le Brésil conservait l’espoir de réaliser son deuxième doublé (1958, 1962). Zagallo pouvait pleurer. Il avait réussi. Il disputera, par banc interposé, sa cinquième finale! Pour les Pays-Bas, après l’Euro-96 (élimination en quart de finale par la France) la séance des tirs au but a été de nouveau fatale. Triste sort.
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