Plusieurs ministres arabes se succèdent actuellement à Bagdad qui vit une intense activité économique bien que le pays croule sous un embargo international depuis près de huit ans. Le ministre jordanien de l’Energie, Mohammad Saleh al-Hourani, a pu obtenir de l’Irak la poursuite des livraisons pétrolières à son pays, considéré comme «le poumon» de l’Irak depuis l’imposition des sanctions internationales. Le ministre libanais de l’Agriculture, Chaouki Fakhouri, a arraché de son côté une première transaction commerciale avec Bagdad en dépit de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays depuis 1994. Deux autres ministres, l’Algérien Bakhti Bélaieb, chargé du Commerce, est arrivé dimanche à Bagdad alors que le ministre égyptien de la Santé, Ismaïl Salam, y est attendu cette semaine à la tête d’une importante délégation de chefs d’entreprises médicales et pharmaceutiques. Depuis l’entrée en vigueur en 1996 de l’accord «pétrole contre nourriture», qui permet à l’Irak de vendre des quantités limitées de son pétrole à des fins humanitaires, délégations arabes et étrangères ont pris d’assaut Bagdad à la recherche de contrats. Cet accord permet à l’Irak d’exporter du pétrole pour 5,2 milliards de dollars par semestre pour se procurer des produits de première nécessité, sous strict contrôle international. Dans ce contexte, Bagdad tente de rompre son isolement international et de renouer le contact avec des pays arabes et étrangers qui lui étaient hostiles. En dépit de leurs relations émaillées ces dernières années de périodes de tensions, Bagdad a affirmé au ministre jordanien de l’Energie qu’il assurerait entièrement les besoins pétroliers de la Jordanie pour le deuxième semestre 1998 et un accord en ce sens a été conclu dimanche soir. Les quantités à livrer n’ont pas été précisées. Bagdad approvisionne la Jordanie en brut et en produits pétroliers, en vertu d’une dérogation des Nations Unies à l’embargo qui lui est imposé depuis son invasion du Koweit en août 1990. L’Irak doit ainsi fournir en 1998 à la Jordanie 4,8 millions de tonnes de brut et d’autres produits pétroliers, soit 96.000 barils/ jour, dont la moitié gratuitement. M. Hourani a aussi discuté à Bagdad d’un projet d’oléoduc, long de 750 km, reliant Haditha, à 260 km au nord-ouest de Bagdad, au port méridional jordanien d’Aqaba, via la raffinerie de Zarqa, à 20 km au nord d’Amman. Cet oléoduc évitera à la Jordanie de dépenser quelque 55 millions de dollars par an pour acheminer du pétrole irakien par le biais des 350 camions-citernes qui font la navette entre les deux pays. Le coût de l’oléoduc est estimé à 350 M USD. Le Liban a pour sa part décroché des contrats pour près de 50 millions de dollars pour approvisionner l’Irak en produits de première nécessité, dans le cadre du programme «pétrole contre nourriture». Le Liban avait rompu ses relations diplomatiques en 1994 avec l’Irak à la suite du meurtre à Beyrouth d’un opposant irakien. Avant 1990, les ventes du Liban à l’Irak représentaient 20% du total de ses exportations. De son côté, le ministre algérien doit participer à la neuvième session de la commission économique conjointe irako-algérienne. Alger a décroché des contrats de quelques dizaines de millions de dollars pour des fournitures de médicaments. Le ministre égyptien de la Santé sera le deuxième responsable égyptien, après le ministre du Commerce Ahmed al-Gouaili, à visiter l’Irak en moins d’un mois. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques durant la guerre du Golfe en 1991 mais Le Caire a renforcé sa présence commerciale en Irak depuis plusieurs mois et cherche à conclure des contrats de vente à l’Irak de produits pharmaceutiques. (AFP)
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