Un des plus célèbres opposants au régime de Boris Eltsine, le général et député Lev Rokhline, a été assassiné à 51 ans par sa femme dans la nuit de jeudi à vendredi, une affaire qualifiée par les enquêteurs de «meurtre ordinaire». La nouvelle a fait l’effet d’une bombe vendredi matin à la Douma: «Cette nuit le député Lev Rokhline est mort tragiquement», a déclaré devant les députés le vice-président de la commission parlementaire de la Défense Mikhaïl Sourkov. La Douma a observé une minute de silence à la mémoire de celui qui avait été fait «héros de Russie» pour sa bravoure à la tête du 8e corps d’armée en Tchétchénie, mais avait refusé sa médaille et était devenu à la tribune de la Douma un pourfendeur acharné du «régime haï». Le général Rokhline avait ces derniers temps multiplié les appels au renversement du président, l’accusant d’être «personnellement» responsable des milliers de morts du conflit tchétchène. Lev Rokhline a été assassiné de plusieurs balles dans la tête vers 4 heures du matin vendredi à sa datcha près de Naro-Fominsk, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Moscou. Il avait passé la soirée en famille avec notamment son épouse Tamara, 49 ans, et leur fils dont c’était l’anniversaire. Alertée par le gendre de Lev Rokhline, la police a trouvé le général gisant sur un lit, mortellement blessé vraisemblablement par son propre pistolet Makarov, selon les premiers éléments de l’enquête. Sa femme était prostrée près de lui, d’après les récits de la police, qui a saisi sur place un pistolet Makarov calibre 5,45. Aussitôt après le crime, les services de sécurité russes (FSB, ex-KGB) ont assuré que «le meurtre n’avait pas de motif politique et n’était pas le fait d’un terroriste». Un des enquêteurs, cité par l’agence de presse russe ITAR-TASS, a exclu vendredi matin le suicide ou l’accident. «Il s’agit selon toute vraisemblance d’un meurtre ordinaire», a-t-il noté. «Trop populaire mais pas assez» Aucune empreinte de tiers n’ayant en outre été relevée dans l’enceinte de la datcha, l’hypothèse du «meurtre ordinaire» a rapidement prévalu, même si plusieurs députés de l’opposition à Moscou ont émis des doutes. «Plusieurs versions peuvent être envisagées», a déclaré le député communiste Viktor Ilioukhine, président de la commision de Défense à la Douma, qui s’est rendu avec un groupe de députés sur les lieux du meurtre, où se trouvent des enquêteurs du ministère de l’Intérieur, du FSB et du Parquet général de Russie, qui a ouvert une enquête criminelle. En fin de matinée, la police a annoncé que l’épouse du général avait avoué le crime et avait été arrêtée. Cet aveu ne semblait pas sujet à caution, selon un expert des questions militaires très proche du général. «Je doute qu’il s’agisse d’un assassinat politique. Le général était populaire dans l’armée mais pas excessivement, certes il aurait pu utiliser son expérience militaire exceptionnelle en cas de coup d’Etat mais pas en ce moment», estime cet expert. En revanche, l’épouse de Lev Rokhline souffrait de troubles nerveux et était régulièrement soignée, selon cette même source. Des experts psychiatriques se sont rendus vendredi à Naro-Fominsk. A la Douma, certains députés de l’opposition évoquaient tout de même le rôle politique du général et un éventuel lien avec l’assassinat. «Il en savait trop sur la direction du ministère de la Défense et sur la guerre en Tchétchénie» (décembre 1994-août 1996), a ainsi noté l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, cité par l’agence de presse russe Interfax. Ces dernières semaines, le général Rokhline avait apporté son soutien aux mineurs impayés qui campent depuis le 11 juin devant le siège du gouvernement à Moscou. «L’hypothèse du meurtre ordinaire passera difficilement, parce que Rokhline était trop connu dans le monde politique», a estimé pour sa part le dirigeant du Congrès des communautés russes (nationaliste), Dimitri Rogozine. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un des plus célèbres opposants au régime de Boris Eltsine, le général et député Lev Rokhline, a été assassiné à 51 ans par sa femme dans la nuit de jeudi à vendredi, une affaire qualifiée par les enquêteurs de «meurtre ordinaire». La nouvelle a fait l’effet d’une bombe vendredi matin à la Douma: «Cette nuit le député Lev Rokhline est mort tragiquement», a déclaré devant les députés le vice-président de la commission parlementaire de la Défense Mikhaïl Sourkov. La Douma a observé une minute de silence à la mémoire de celui qui avait été fait «héros de Russie» pour sa bravoure à la tête du 8e corps d’armée en Tchétchénie, mais avait refusé sa médaille et était devenu à la tribune de la Douma un pourfendeur acharné du «régime haï». Le général Rokhline avait ces derniers temps...