Venues de toute la Kabylie, des dizaines de milliers de personnes ont assisté, dimanche, à l’enterrement du chanteur Lounès Matoub dans son village natal de Taourirt Moussa, au milieu des sanglots et aux cris de «pouvoir assassin». Saluée par des salves de coups de feu, la dépouille drapée dans l’emblème national a été portée en terre, à même le sol, comme le veut la coutume musulmane. Le défunt a été enterré, selon son vœu, devant sa maison, entre un cerisier et un figuier, face aux montagnes et aux villages perchés sur les crêtes. Une marée humaine, dont de très nombreuses femmes, avait envahi le village, sous une chaleur écrasante, en agitant des portraits du chanteur, tombé jeudi non loin de là, dans une embuscade dans une zone de maquis islamiste. Des jeunes ont parcouru à pied les 25 kilomètres séparant Tizi-Ouzou du village. Des villageois ont marché toute la nuit pour saluer le «lion» de Kabylie. Le «Tamazight et la démocratie» La foule a longuement conspué les autorités, aux cris notamment de «pouvoir assassin». Des banderoles proclamaient «Pas de paix sans Tamazight», la langue berbère, «Rappelez-vous, il faut le venger», «Ils ont repeint le pays aux couleurs de l’Islam et de l’arabe». La sœur du chanteur, Malika, a appelé à continuer le combat de Lounès Matoub «contre un pouvoir qui a exclu (la) culture et (la) langue» berbères et pour le «Tamazight et la démocratie». La foule se dispersait très lentement en milieu d’après-midi, au milieu d’inextricables embouteillages et d’un flot de piétons. Aucun incident n’était signalé en milieu d’après-midi à Tizi-Ouzou, ravagée par deux jours d’émeutes. A Béjaïa, deuxième ville de Kabylie, des policiers ont fait usage de canons à eau pour disperser un rassemblement devant la wilaya (préfecture), mais il n’y a pas eu de violences. Des responsables politiques locaux ont appelé au calme et demandé aux jeunes de ne plus casser, en expliquant que les manifestants arrêtés la veille avaient été relâchés. Le gouvernement et la plupart des partis politiques ont attribué à des «terroristes islamistes» l’assassinat du chantre de la cause berbère, violemment hostile à l’intégrisme comme au pouvoir, et qui revendiquait un système fédéraliste pour la Kabylie. Mais une large partie de la population continue d’accuser le pouvoir d’être responsable du meurtre. L’assassinat de Lounès Matoub, 42 ans, qui avait été détenu pendant quinze jours par le Groupe islamique armé (GIA) en septembre 1994, semble avoir joué le rôle de détonateur à l’explosion des frustrations, à l’approche de l’entrée en vigueur, le 5 juillet, de la loi généralisant l’usage de l’arabe. «L’assassinat de Matoub, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase», a expliqué un manifestant. Les militants berbères rejettent cette loi, une «machine de guerre», selon eux, contre «Tamazight» et leur culture. Les Berbères sont les habitants autochtones d’Afrique du Nord. En Algérie, en l’absence de statistiques précises, le pourcentage de la population berbérophone se situerait entre 20 et 30%, principalement installée en Kabylie, région montagneuse à l’est d’Alger. Vendredi et samedi, des jeunes émeutiers, échappant à tout contrôle, se sont systématiquement attaqué à tous les symboles de l’Etat: magasins, banques, entreprises publiques. «Dérapages policiers» Les violences, débutées à Tizi-Ouzou, ont pris un caractère d’émeutes et se sont étendues samedi à plusieurs villes, comme Béjaïa, Akbou, Sidi-Aïch. Au total, des dizaines d’édifices publics, des sièges de partis ont été saccagés et brûlés, le mobilier urbain détruit. Un jeune de 18 ans, Rachid Aït Idir, a été tué par balle samedi à Tizi-Ouzou. Le ministère de l’Intérieur a affirmé que dans cette ville les policiers n’avaient pas tiré. Un autre manifestant a été tué à Sidi-Aïch, par une balle perdue lors de tirs de sommation, selon un communiqué officiel. Mais quand elles n’étaient pas débordées, comme à Béjaïa, les forces de sécurité ont manifestement tenté d’éviter les «dérapages». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Venues de toute la Kabylie, des dizaines de milliers de personnes ont assisté, dimanche, à l’enterrement du chanteur Lounès Matoub dans son village natal de Taourirt Moussa, au milieu des sanglots et aux cris de «pouvoir assassin». Saluée par des salves de coups de feu, la dépouille drapée dans l’emblème national a été portée en terre, à même le sol, comme le veut la coutume musulmane. Le défunt a été enterré, selon son vœu, devant sa maison, entre un cerisier et un figuier, face aux montagnes et aux villages perchés sur les crêtes. Une marée humaine, dont de très nombreuses femmes, avait envahi le village, sous une chaleur écrasante, en agitant des portraits du chanteur, tombé jeudi non loin de là, dans une embuscade dans une zone de maquis islamiste. Des jeunes ont parcouru à pied les 25 kilomètres...