Les armateurs grecs, maîtres de la plus importante flotte marchande du monde, descendent de plus en plus souvent le drapeau grec pour hisser à la place un pavillon de complaisance, moins coûteux. Selon des chiffres rendus publics par le ministre grec de la Marine marchande, la flotte battant pavillon grec ne représentait plus en mai 1998 que 45,4% des navires marchands de l’Union européenne contre 53% en 1995. Chaque mois, cinq à six navires échangeraient ainsi leur pavillon grec contre un drapeau libérien, panaméen, maltais ou chypriote, les principaux pavillons de complaisance. Les statistiques du registre des Lloyds britanniques, premier assureur maritime du monde, sont également éloquentes: les quelque 4.000 navires détenus par des entreprises grecques sous divers pavillons jaugent 79 millions de tonneaux, ce qui les classe au 1er rang mondial. Sur ce total, les navires aux couleurs grecques, quelque 1.900, ne comptent plus que pour 25,29 millions de tonneaux. Ainsi, les armateurs du Pirée, le grand port d’Athènes, gardent la première flotte du monde en évitant de ce soumettre à des législations grecque et européenne de plus en plus contraignantes. John Lyras, président de la très puissante Union des armateurs grecs (EEE), explique «cet abandon du pavillon national par les pressions de la concurrence internationale». «Il est urgent que les dirigeants politiques comprennent cette situation s’ils veulent que les armateurs grecs continuent à s’activer dans le shipping», a assuré M. Lyras lors du dernier salon Posidonia, la grande foire maritime organisée tous les deux ans en juin au Pirée. Cette situation inquiète également les responsables européens. Neil Kinnock, commissaire européen chargé des transports, a ainsi exprimé en mai dernier à Bruxelles son «inquiétude» face au déclin du pavillon grec. Soulignant, qu’avec la Grèce, l’UE restait dans le peloton de tête des puissances maritimes, il a exprimé l’espoir que cette hémorragie s’arrête. Si les armateurs trouvent le pavillon grec extrêmement coûteux c’est parce qu’ils doivent embaucher entre 60 et 75% de marins grecs sur les navires battant pavillon national et assurer de surcroît la formation de jeunes stagiaires, explique un spécialiste de Miaouli, l’avenue du Pirée qui, comme la City de Londres, est au centre des activités des armateurs grecs. Pas de coques de noix L’embauche de marins grecs est «trois fois plus coûteuse» par rapport aux équipages provenant des pays du tiers-monde ou d’Europe de l’Est, souligne-t-il. Les armateurs arborant le pavillon grec doivent également cotiser aux caisses de santé et de retraite des marins, rappelle-t-il. Pour lui, «au fur et à mesure que le navire vieillit, il devient de plus en plus coûteux, c’est alors que l’armateur cherche à le rendre plus compétitif et abandonne donc le pavillon grec pour un autre de complaisance». «C’est mieux ainsi pour la Grèce, estime de son côté un haut responsable du ministère grec de la Marine marchande ayant requis l’anonymat, car il vaut mieux avoir une flotte grecque réduite mais jeune plutôt que de vieilles coques de noix». Quelles que soient les évolutions, les armateurs grecs sont sûrs de rester les maîtres de la marine marchande mondiale, d’autant que les grandes dynasties de l’armement — les Lemos, Goulandris et Livanos, dont certaines pèsent plusieurs milliards de dollars — se sont toujours montrées pragmatiques. Même lors de la guerre du Golfe en 1991, ils ont su jouer «un rôle décisif sans violer l’embargo de l’ONU», affirme un grand armateur ayant requis l’anonymat. Selon lui, les armateurs grecs ont transporté alors la moitié des exportations séoudiennes assurant ainsi la stabilité du marché mondial du pétrole. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les armateurs grecs, maîtres de la plus importante flotte marchande du monde, descendent de plus en plus souvent le drapeau grec pour hisser à la place un pavillon de complaisance, moins coûteux. Selon des chiffres rendus publics par le ministre grec de la Marine marchande, la flotte battant pavillon grec ne représentait plus en mai 1998 que 45,4% des navires marchands de l’Union européenne contre 53% en 1995. Chaque mois, cinq à six navires échangeraient ainsi leur pavillon grec contre un drapeau libérien, panaméen, maltais ou chypriote, les principaux pavillons de complaisance. Les statistiques du registre des Lloyds britanniques, premier assureur maritime du monde, sont également éloquentes: les quelque 4.000 navires détenus par des entreprises grecques sous divers pavillons jaugent 79 millions de tonneaux, ce qui les...