Les marchés financiers mondiaux connaissaient un début de semaine agité hier, notamment les places asiatiques victimes d’une crise régionale qui ne se dément pas. A la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkeï a perdu 1,31% à 14.825,17 points, passant pour la première fois sous les 15.000 points depuis le 13 janvier, affecté par la faiblesse des derniers indicateurs économiques et la chute incontrôlée du yen. Après la confirmation vendredi que le Japon est entré en récession, d’autres mauvaises nouvelles sont tombées lundi avec une révision de 1,1% à 1,6% de la baisse de la production industrielle en avril. Sur le marché des changes, le dollar a atteint un plus haut depuis huit ans au-dessus de 146 yen et devrait poursuivre sur sa lancée face à ce climat d’inquiétude suscité par l’Asie. Le secrétaire général du Parti libéral démocrate (PLD) au pouvoir au Japon, Taku Yamasaki, a déclaré que la faiblesse du yen était mauvaise pour l’Asie et qu’il fallait l’empêcher, quitte à recourir à une intervention concertée. Sur les autres places asiatiques, les Bourses de Thaïlande et de Hong Kong ont perdu près de 6%, la Corée et les Philippines près de 5%, la Malaisie un peu plus de 4%, Singapour 3,5%, Taïwan 2,3% et l’Indonésie 0,5%. Seule Taïwan a été épargnée par cette chute collective et a gagné 2,30%. L’Europe n’échappe pas à la tempête. Ainsi, la Bourse de Paris cède près de 2% mais le marché conserve un gain de plus de 30% depuis le début de l’année et, tout en n’écartant pas des turbulences à court terme, les investisseurs n’arrivent pas à perdre confiance compte tenu du faible niveau des taux d’intérêt, de la vigueur du dollar et de la reprise de la croissance en Europe continentale. La Bourse de Moscou abandonne un plus de 4%, Milan 2,40%, Francfort 2,20%, Madrid 2,00%, Amsterdam 1,70%, Londres et Zurich 1,60% et Bruxelles 1,00%. Hans Tietmeyer, le président de la Bundesbank, la puissante Banque centrale allemande, estime que la réaction des marchés à la situation en Asie est exagérée et que le Japon dispose du potentiel pour surmonter la crise. Il se déclare aussi convaincu que des décisions énergiques sont nécessaires. Par ailleurs, l’Agence de planification économique (EPA) estime que nombre de pays d’Asie du Sud-Est devraient être capables de sortir de la crise qui touche la région s’ils font des progrès dans la liquidation des firmes financières faillies. L’Asie du Sud-Est est en meilleure posture pour récupérer ce qu’était l’Amérique du Sud lors de la crise de la dette du début des années 80, explique l’EPA dans son rapport annuel sur les pays asiatiques autres que le Japon paru lundi. Les économies sud-américaines avaient connu une croissance modeste au cours des années 70, mais la crise de la dette avait entraîné une période de stagnation de près de dix ans, surnommée «la décennie perdue». Les éléments fondamentaux sont meilleurs en Asie du Sud-Est, assure l’EPA, citant les taux d’épargne élevés, les excédents budgétaires et les faibles niveaux d’endettement. Le ratio dette globale/exportations dépassait 300% au Mexique et approchait 400% au Brésil en 1992, alors qu’il n’était que de 120% en Thaïlande et de 70% en Corée du Sud en 1996. En Indonésie, ce ratio atteignait 220%. Mais les risques qui pèsent sur la reprise sont toujours présents, rappelle l’EPA, ajoutant qu’un règlement accéléré du problème de la dette est vital. «En Amérique Centrale et du Sud, les progrès dans le règlement de la dette avaient été très lents et cela avait pris près de dix ans avant que de nouveaux capitaux commencent à arriver. Le même risque existe en Asie du Sud-Est; le règlement accéléré de la dette est donc indispensable», ajoute l’EPA, un organisme qui a rang de ministère au Japon. L’évolution de la crise économique indonésienne vers une crise politique pose de nouveaux risques pour la région, poursuit l’EPA. Blair: un grand risque Le premier ministre britannique Tony Blair a estimé hier matin devant ses partenaires de l’Union européenne réunis en sommet à Cardiff que la crise asiatique et la récession japonaise représentaient «le plus grand risque pour l’économie mondiale depuis 20 ans», a affirmé son porte-parole. «Nos économies ne vont pas émerger de la tourmente sans être affectées», a-t-il ajouté lors de la première session du sommet, consacrée à l’économie. M. Blair a estimé que les Etats-Unis et l’Union européenne représentent deux «piliers de stabilité grâce à des politiques économiques saines» basées sur la maîtrise des déficits et de l’inflation. Le premier ministre britannique a ajouté que l’euro «était un tournant pour l’Europe qui renforcera la stabilité et la croissance». La Grande-Bretagne a décidé de ne pas participer au lancement de la monnaie unique et indiqué qu’elle pourrait adhérer après les prochaines élections, prévues en 2002. De son côté, le premier ministre français Lionel Jospin a souligné lundi lors du même sommet que l’Union européenne «devait rapidement prendre la mesure des risques de la situation (financière) japonaise», en ajoutant qu’elle devait «réfléchir collectivement» aux réponses à apporter. Le premier ministre socialiste, qui s’exprimait au nom de la France dans le débat sur les grandes orientations économiques, avec l’accord du président néo-gaulliste Jacques Chirac, a insisté sur la «nécessité de réorienter la construction européenne autour de la croissance et de l’emploi, d’autant plus que d’autres régions, comme l’Asie, connaissent de graves difficultés», a ajouté M. Valls. Avant de donner la parole à Lionel Jospin, le président Chirac a fait observer qu’il fallait «que les discussions du Conseil européen prennent en compte la dimension sociale des questions économiques», a indiqué de son côté la porte-parole de l’Elysée, Catherine Colonna. Dans le texte de son intervention diffusée à la presse, M. Jospin a de nouveau plaidé pour un renforcement de la coordination des politiques économiques avec l’entrée en vigueur de l’euro. «Ce que nous devons rechercher, c’est d’abord la croissance la plus forte possible pour l’Europe, car c’est la première condition nécessaire pour faire baisser durablement le chômage», a expliqué Lionel Jospin. Il a fait valoir que la politique économique de la France visait «une croissance plus forte, une croissance plus riche en emplois, une croissance mieux partagée». Il a assuré une nouvelle fois que son gouvernement «souscrivait totalement à l’objectif de réduction des déficits publics de manière à stabiliser la dette le plus vite possible et également à servir la croissance». M. Jospin a en outre vanté les mérites de l’innovation et «de l’envie d’entreprendre», un «impératif» à ses yeux pour «élargir le potentiel de croissance de nos économies». Il a souhaité par ailleurs qu’une «impulsion plus forte soit donnée au chantier fiscal», se prononçant dans ce domaine pour des prises de décisions «à la majorité pour éviter des situations de concurrence anormale dans différents secteurs». Au cours d’une réunion vendredi à Paris au palais présidentiel de l’Elysée, le président Jacques Chirac et le premier ministre s’étaient mis d’accord sur le partage des tâches lors de ce sommet. (Reuters -AFP)
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