Les semaines se suivent et se ressemblent depuis déjà deux mois sur le marché des changes de Beyrouth où l’intérêt des détenteurs de fonds se porte toujours sur les placements en bons du Trésor libanais dont le rendement réel ne cesse d’attirer une bonne partie de la clientèle qui les avait désertés auparavant. En effet, l’offre du dollar au profit de la monnaie nationale continue de se faire sentir, notamment à la veille de chaque souscription hebdomadaire à ces émissions publiques. Ce phénomène s’appuie sans doute pour beaucoup sur des données fondamentales et techniques, le facteur politique tel qu’illustré par les tintamarres des élections municipales ne paraissant plus avoir beaucoup d’effet sur la communauté financière. Certes, les opérateurs se montrent de plus en plus attentifs aux efforts du gouvernement de respecter l’objectif de réduction du déficit budgétaire tel que fixé par la loi des finances publiques de l’exercice 1998, aux excédents de la balance libanaise des paiements, à l’augmentation des réserves de changes de la Banque du Liban (B.D.L.), à l’intérêt manifesté par les détenteurs de fonds étrangers aux placements en bons du Trésor libanais sur les marchés des euro-obligations et surtout à la résorption de l’excès de liquidités «chaudes» davantage réduites par les opérations d’arbitrage (swap) opérées par la B.D.L. sur les bons du Trésor en livre libanaise. Quoiqu’il en soit, le courant d’affaires usuelles n’était-il pas considérable mais l’offre du dollar continuait à être stimulée par le niveau relativement élevé des taux d’intérêt libanais dans un contexte de stabilité monétaire. A cet égard, l’action de la B.D.L. est demeurée la principale déterminante de la tendance du marché qui ne paraît pas remise en cause, du moins dans les conditions prévalant actuellement. Cela étant, le repli du «billet vert» ne devait pas dépasser les marges prescrites par la B.D.L. Celle-ci, en procédant à l’abaissement de son taux d’intervention à l’achat du dollar de 1512,00 à 1511,50 L.L. en un premier temps, puis de son taux à la vente de 1524,00 à 1523,50 L.L. en un deuxième temps, est parvenue donc à le faire clôturer, vendredi dernier, au taux moyen indicatif de 1517,50 L.L. contre 1518,00 L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 5 juin, soit en léger recul de 0,03%, correspondant au taux d’appréciation de la livre pendant la même période. Mais compte tenu de la propension du marché à l’offre du dollar, les établissements de crédit de la place ont continué de le négocier pratiquement au-dessous de ce taux indicatif, au bas de la fourchette d’intervention de la B.D.L., soit entre 1511,25 et 1511,75 L.L., et avec un point d’ancrage à 1511,50 L.L. à la fin de la semaine dernière, contre 1511,75/1512,25 L.L. et un point d’ancrage à 1512,00 L.L. à la fin de la semaine qui l’avait précédée. Le dollar dopé par la faiblesse du yen A l’étranger, les marchés des changes internationaux ont subi un coup de tabac la semaine dernière, après la rechute du yen à des niveaux inconnus depuis huit ans, faisant propulser le dollar contre toutes les autres grandes monnaies. La communauté financière internationale a été très sensibilisée à la veille du week-end par l’entrée officielle en récession du Japon, deuxième grande économie mondiale. A cet égard, on apprenait avec une profonde inquiétude que le produit intérieur brut (P.I.B.) japonais a reculé de 1,3% au premier trimestre 1998 par rapport à son niveau du trimestre précédent dont la croissance avait également diminué de 0,4%, faisant ressortir une baisse annualisée de 5,3% de l’économie nippone. Ce fâcheux développement est venu s’ajouter à des récentes statistiques défavorables sur l’évolution de l’activité économique et à la faiblesse des rendements proposés au Japon pour nourrir un courant de défiance généralisé des investisseurs vis-à-vis du yen, malgré les tentatives des autorités japonaises d’enrayer la descente aux enfers de leur monnaie. Ce sentiment a été renforcé par l’absence d’intervention du groupe des «Sept» (pays occidentaux les plus industrialisés) en faveur du yen à l’issue de sa réunion au niveau des vice-ministres des Finances, à Paris, au milieu de la semaine dernière. A cet égard, le secrétaire américain au Trésor, Robert Rubin, avait résumé jeudi le sentiment des partenaires du Japon au sein du groupe des «Sept» en disant que «le yen ne pourra se redresser sans une reprise économique au Japon». Et d’ajouter que «l’intervention n’est qu’un outil temporaire et pas une solution fondamentale», estimant que «la clé pour le yen est ce qui se passe au Japon même», ce qui exclut toute action concertée des banques centrales pour soutenir la devise nippone. Dans ce contexte empreint de craintes sur les effets possibles de la récession japonaise sur les économies asiatiques et européennes, le dollar a aussitôt retrouvé son rôle de «monnaie-refuge». Cela d’autant que le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, faisait savoir dans un testament devant la commission économique conjointe du Congrès que l’économie des Etats-Unis était toujours en très bonne santé avec une inflation modérée et des conditions de crédit favorables encourageant la production, l’emploi et les dépenses de consommation, tout en avertissant qu’un relèvement des taux pourrait être nécessaire si la demande continue à montrer peu de signes notables de ralentissement. Et d’ajouter que la crise asiatique ne semble toujours pas devoir menacer l’expansion de l’économie américaine. Ces propos conjugués à l’annonce d’une hausse de 0,2% des prix à la production aux Etats-Unis le mois dernier, comme en avril, et d’une augmentation de 0,9% des ventes de détail contre 0,7% pendant la même période, sont venus aussi doper le dollar en accentuant les spéculations sur une hausse des taux d’intérêt américains. La décision de la Bundesbank de maintenir en l’état les taux allemands contre toute attente, après la multiplication des signes de surchauffe de l’économie germanique, a également agi à l’actif du dollar qui a clôturé vendredi dernier, à New York, en comparaison avec la fin de la semaine se terminant au vendredi 5 juin, en hausse comme suit : — 144,75 yen contre 139,75 (+3,58%). — 1,8055 D.M. contre 1,7745 (+1,75%). — 6,0545 F.F. contre 5,95 (+1,76%). — 1,4985 F.S. contre 1,4765 (+1,49%). — 1779,00 lires contre 1747,00 (+1,83%). — 1,6325 pour un sterling contre 1,6355 (+0,18%). Baisse de l’or Reflétant la grande fermeté du dollar et le recul des prix pétroliers, les cours de l’or se sont affaiblis la semaine dernière, sous la pression des ventes en l’absence d’intérêts à l’achat. C’est ainsi que la parité de l’once est retombée à New York, vendredi dernier, à 285,30 dollars contre 291,20 dollars, à la fin de la semaine se terminant au vendredi 5 juin, en baisse de 2,03% en moyenne. En parallèle, l’argent-métal s’est ressenti de cet environnement défavorable entourant le marché des métaux précieux, subissant l’impact négatif des dégagements bénéficiaires. Il a dû, en effet, fléchir à New York, vendredi dernier, à 5,0930 dollars l’once contre 5,2630 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 5 juin, opérant une baisse de 3,23% en moyenne.
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