Le rideau de la Coupe du monde se lève, vendredi, pour l’équipe de France qui espère dévoiler au chahuteur public marseillais un visage conquérant mais surtout victorieux face à l’Afrique du Sud. Les amateurs de beau jeu n’ont guère à attendre du spectacle: seul le résultat comptera, la manière sera, elle, facultative. Car, estiment les Bleus, la seule chose dont on se souviendra, ce seront les chiffres inscrits sur le tableau d’affichage au coup de sifflet final. La théorie Jacquet de «l’utopie du beau jeu» est donc prête à entrer en pratique, quitte à frustrer les supporters français auxquels le sélectionneur national voudrait faire comprendre qu’une Coupe du monde se gagne souvent grâce à des matches sans intérêt. «Nous sommes là pour gagner. Si on peut ajouter un peu de spectacle, on verra. Mais d’abord nous sommes là pour faire un résultat», a prévenu le capitaine Didier Deschamps. «Il nous fait absolument prendre un bon départ», martèle en écho Jacquet. «Ce match est capital car il conditionne tout le reste de la compétition. Les équipes qui ne seront pas au rendez-vous auront du mal à refaire surface». Cet instant où il s’associera sur son banc pour regarder ses 11 protégés affronter leur destin, le stratège des Bleus en rêve depuis deux ans. «Enfin nous y sommes», s’est-il exclamé jeudi lors de sa dernière conférence de presse. «Nous sommes heureux et fiers de débuter cette Coupe du monde. Nous sommes prêts à affronter ce grand événement et il faut maintenant que le ballon roule rapidement». Le ton solennel, le visage fermé, Aimé Jacquet a troqué son habituel survêtement bicolore pour un costume gris très sobre, comme pour mieux démontrer que cette fois la compétition va enfin commencer. «Il y aura des moments difficiles et intenses vendredi. Il y aura les retrouvailles avec le public et puis l’heure qui va précéder le coup d’envoi et surtout les hymnes». Que se passera-t-il lorsque la musique se sera tue? «Comme tous les matches d’ouverture, il y aura sûrement un temps d’observation, de retenue», prévoit-il. «Mais ensuite le football reprendra son envol». Tension Pays-hôte, la France, comme le Brésil, tenant du titre, ne possède pas de points de repère fiables sur son véritable niveau de jeu. Depuis la demi-finale de l’Euro 96, perdue aux penalties contre la République tchèque, les Bleus n’ont joué que des matches amicaux sans enjeu. Mais à l’inverse du Brésil, la France part dans l’inconnu. Aucun de ses 22 sélectionnés n’a l’expérience d’un Mondial et son dernier match à ce niveau remonte à 1986 lorsque Michel Platini et les siens subirent la loi de l’Allemagne en demi-finale au Mexique. A ce manque d’expérience, les Français opposent leurs résultats en club et en Coupe d’Europe, leur parcours au championnat d’Europe, le possible soutien du public et aussi leur enthousiasme. «Cela fait longtemps que nous attendons ce moment et j’ai hâte d’y être», affirme Zinédine Zidane, de retour dans sa ville natale. «Je suis prêt à relever ce défi car je suis prêt dans ma tête et je sais que je peux faire quelque chose de grand pour l’équipe de France». «Nous avons bâti notre équipe sur l’ossature de l’Euro», rappelle Jacquet, «et nous y avons amalgamé des jeunes joueurs qui peuvent apporter leur audace et leur fougue». Pourtant, d’audace et de fougue, il n’y eut pas lors des matches de préparation et la meilleure performance des Tricolores date de leur victoire (1-0) sur l’Espagne lors de l’inauguration du Stade de France. L’occasion symbolique semblait avoir transcendé les Français et c’est une métamorphose identique qu’Aimé Jacquet espère voir se réaliser à Marseille où il fit, lui-même, ses débuts d’international. «J’espère que dès ce coup d’envoi, on aura une équipe beaucoup plus présente et beaucoup plus confiante», a déclaré le stratège des Bleus. «Tous les matches qui se sont déroulés avant n’ont pas la même valeur que celui de vendredi». «La seule certitude est que nous sommes condamnés à prendre des risques et j’espère que dans l’événement notre jeu va prendre une autre dimension». Sûr de sa défense et de son milieu de terrain, Jacquet ne nourrit des doutes que pour son attaque, secteur sur lequel il travaille avec obstination depuis qu’il a pris ses fonctions en novembre 1993. «Nous savons que l’équipe de France a des lacunes mais toutes les équipes nationales en ont», a-t-il souligné. «Nous n’avons pas de craintes. Plutôt une vraie tension. Mais toutes les équipes qui débutent la Coupe du monde sont dans le même cas de figure». Mais toutes ne jouent pas devant leur public.
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