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Actualités - Reportage

Campagne intensifiée pour la sauvegarde de 500 bâtiments anciens (photos)

C’est plus d’un problème que pose la conservation des quartiers et vieilles demeures dont la démolition a atteint des proportions effarantes à Beyrouth: «Les maisons anciennes ne représentent plus que 2, 5% de l’immobilier», indique la commission technique désignée par le premier ministre M. Rafic Hariri. En l’absence de toute compensation, les ayants droit ne veulent pas assumer seuls le prix de la sauvegarde du patrimoine architectural. Certains soutiennent qu’il faut tenir compte de la synergie culture-économie. Mais beaucoup sont pour la préservation. Architectes et défenseurs de ce principe, ils luttent pour sauver ce qui reste... Un projet pour la protection des 500 bâtiments considérés comme «historiques», soumis en janvier au Conseil des ministres, attend toujours d’être examiné... Peut-être les résultats des élections municipales? Pour le moment, une campagne médiatique est lancée. Le dossier des «conservateurs», qui soulèvera sans doute des objections que nous ne manquerons pas de publier également, se présente comme suit. Chronologie: l Le 25 septembre 1995, en réaction aux démolitions de bâtiments anciens, M. Michel Eddé alors ministre de la Culture et de l’Enseignement supérieur demande à l’Association de protection des sites anciens et demeures (APSAD) de faire l’inventaire des principaux ensembles de bâtiments construits avant 1945, c’est-à-dire avant la «modernisation» du paysage urbain de Beyrouth. L’APSAD charge un groupe d’architectes de répertorier toutes les vieilles maisons libanaises. l L’opération s’étalera sur 15 secteurs situés dans la couronne autour du centre-ville. Plus d’un millier de bâtiments sont traités et classés en trois catégories: «exceptionnels», «intéressants», et «peu intéressants», selon leur valeur architecturale ou historique. l Suite à cet inventaire, M. Eddé promulgue le 10 octobre 1996, un arrêté interdisant provisoirement la démolition des bâtiments recensés. Trois commissions sont formées: l’une technique, pour définir les critères précis justifiant la conservation des bâtiments; l’autre pour étudier l’impact économique du projet ; et la troisième, les formes juridiques permettant la protection des bâtiments moyennant une compensation pour les propriétaires. l Le 10 novembre 1996, remaniement ministériel. Les trois commissions sont suspendues; mais l’interdiction de démolir les bâtiments «répertoriés» est maintenue. l Le 5 février 1997, la polémique engagée entre les propriétaires et les associations de protection du patrimoine amène le premier ministre Rafic Hariri à désigner une nouvelle commission présidée par le directeur général des Antiquités M. Camille Asmar et comprenant le directeur général de l’Urbanisme M. Saad Khaled. Les études techniques sont confiées à cinq architectes et urbanistes dont certains faisaient partie de l’ancienne commission: Hana Alameddine, Fadlallah Dagher, Habib Debs, Abdel Halim Jabr et Wissam Jabr. Le périmètre d’étude englobe l’ensemble du territoire municipal de Beyrouth, c’est-à-dire les quartiers centraux, à l’exclusion du centre-ville. Les volets économiques et juridiques restent cependant en suspens. l Le 12 juin 1997, la commission fait part du résultat de ses travaux en recommandant de ne retenir que les ensembles cohérents des bâtiments «historiques» pouvant constituer une rue ou un quartier. Cinq quartiers, estime-t-elle, devraient être mis sous étude en attendant de définir les mesures juridiques devant assurer leur protection. Elle propose également de mettre en place un règlement d’urbanisme souple approprié à chaque quartier plutôt que de recourir à une procédure de classement de bâtiments isolés. Par ailleurs, 500 immeubles ne répondant pas aux critères plus étroits définis dans le cadre de la nouvelle étude, pourront être libérés. l Le 30 juin 1997, le projet est présenté à la Direction générale de l’Urbanisme (DGU). l Le 12 juillet 1997, suite aux démarches des propriétaires, 70 immeubles supplémentaires sont retirés de la liste des bâtiments à caractère historique. Ces immeubles sont situés principalement dans le secteur Kantari - May Ziadé. l Le 24 novembre, une pétition portant la signature des principaux architectes urbanistes libanais et de 15 architectes étrangers membres de l’Union internationale des architectes est adressée au premier ministre. Ils réclament la sauvegarde des derniers ensembles pouvant encore témoigner de l’histoire de la ville et qui ne représentent plus que 2,5% des immeubles existant dans le périmètre municipal de Beyrouth. l Une commission parlementaire présidée par M. Chaker Abou-Sleimane planche sur le sujet. l En janvier 98, le projet de mise sous étude est approuvé par le Conseil supérieur de l’Urbanisme qui, conformément aux recommandations, annonce le retrait des 500 bâtiments... Il est ensuite transmis au Conseil des ministres. Architecture Le patrimoine architectural répertorié remonte essentiellement à la période de la Mutassarifia (1860- 1914) et au Mandat français (1918- 1943). La zone étudiée étant située hors du périmètre du Beyrouth historique, très peu de bâtiments appartiennent au paysage d’avant 1860. Les cinq secteurs dont le caractère devrait être préservé selon la commission technique sont: l Gemmayzé, un des premiers quartiers qui s’est développé, entre 1850 et 1920, hors des murs médiévaux de Beyrouth. l Achrafié, Furn el-Hayek, Abdel Wahab Inglizi et rue Monot. Là, les édifices datent de la période 1920-1940. l Bachoura — Basta — Patriarcat, îlot construit en deux temps: 1850-1920 et 1920-1940. l Rues Spears et May Ziadé, comprenant de très beaux immeubles bâtis entre 1920 et 1945. l Aïn Mreissé, 1850-1920. Les architectes ont procédé à une étude qui a établi pour chaque immeuble des informations détaillées comprenant le numéro du bien-fonds, l’état des lieux bâtis, l’intérêt historique, la typologie, le caractère architectural (les matériaux, la qualité des proportions, le nombre d’étages...), et les différentes observations se rapportant à des cas particuliers, comme par exemple un bâtiment frappé d’alignement ou situé sur le tracé d’une percée nouvelle, ou encore démoli durant la période d’étude... Ainsi, à l’époque de la Mutassarifia, les maisons sont caractérisées par leur plan typique à hall central et leur façade percée d’une baie à trois arcs. Les matériaux utilisés à cette époque sont: le grès (pierre ramlé) pour les parois externes et internes; certaines parois internes et les plafonds sont faits de lattes et contrelattes plâtrées qu’on appelle «baghdadi»; les planchers et les huisseries sont en bois de pin d’Anatolie (Kotrani); les sols sont en marbre (généralement du blanc de Carrare), carreaux de terre cuite ou pierre «furni»; les façades sont généralement enduites et peintes de couleurs variées allant du jaune ou du bleu pâle à l’ocre rouge; la façade nord est quelquefois traitée sans enduit, en assises à joints en relief; les toits sont souvent recouverts de tuiles de Marseille (introduite depuis 1860 sur une charpente en bois «Kotrani»); les gouttières sont en zinc et les chutes d’eau sont en fonte; les balcons en dalles de marbre blanc de Carrare sur consoles de pierre «furni» sont bordés d’un garde-corps en fer forgé; les baies sont protégées par des petites barres de fer forgé... 1920-1945. Recours aux techniques et modes de construction occidentaux. Toutefois, les types de plans traditionnels (hall central) et la stylisation dans le ciment d’éléments décoratifs de style régional ou arabo-islamique (kiosques, mukarnas...) sont toujours en vogue. Les matériaux utilisés à cette époque sont le béton armé pour les planchers, certains murs, les loggias en saillie sur la façade et certains éléments structurels ou décoratifs (consoles, corniches...); le grès pour certaines parois; les sols sont très souvent traités à l’aide de carreaux de ciment coloré dessinant des arabesques (terrazo); les encadrements de baies sont en bois Kotrani; sauf rares exceptions, les façades sont enduites d’une couleur jaune pâle; les toits sont plats et une large corniche coiffe le bâtiment; le fer forgé emploie des motifs géométriques arabo-islamiques ou Art-Déco... Par ailleurs les bâtiments étudiés n’excèdent jamais les cinq étages. Projet d’étude L’architecte urbaniste M. Habib Debs rappelle les recommandations de la commission: l Retenir en priorité les ensembles harmonieux constitués de plusieurs bâtiments appartenant à une même époque historique et qui forment un tissu urbain cohérent. l Mettre sous étude (pour une durée maximale d’un an) les périmètres très réduits des cinq quartiers qui ont conservé leur caractère historique, le temps de préparer des mesures réglementaires qui régiront la construction dans ces secteurs. M. Debs souligne qu’«une architecture contemporaine sobre respectant certains rythmes et agencements volumétriques peut parfaitement s’intégrer et même mettre en valeur le caractère des immeubles historiques qu’elle côtoie» l Pour épargner au Trésor public la mobilisation de sommes considérables dont il ne dispose pas de toute façon, la procédure de classement ne devrait être engagée que pour quelques bâtiments «exceptionnels». Les autres édifices historiques feront l’objet de mesures graduées au sein des règlements d’urbanisme, beaucoup plus souples, permettant de conserver le caractère du quartier à travers une répartition appropriée des volumes constructibles, de l’usage de matériaux cohérents avec les bâtiments existants, de contraintes d’alignement, de gabarits particuliers, et la conservation éventuelle de certaines façades... «Ces règles impliqueront quand même une diminution de la constructibilité totale des parcelles; mais cela sera largement compensé par la plus-value qu’enregistrera l’ensemble du quartier en raison de son caractère préservé, comme le montrent de nombreux exemples dans la plupart des villes du monde...» souligne M. Debs. l Mener les études juridiques et économiques permettant de mettre en forme les mécanismes de compensation des propriétaires. «Il faudrait modifier la loi actuelle sur les loyers qui incite le propriétaire à démolir son immeuble puisque c’est la seule solution légale lui permettant de disposer de ses biens-fonds» dit encore l’architecte urbaniste Debs. «Les propriétaires des 500 bâtiments historiques devraient disposer du droit d’appliquer un loyer libre en cas de réhabilitation de l’immeuble, après indemnisation des anciens locataires». Dans cette perspective M. Debs insiste sur le fait qu’il faudrait informer les propriétaires de l’intérêt économique que peut représenter la mise en valeur d’un bâtiment ancien. «La préservation et la mise en valeur des quartiers est un projet à fort potentiel économique à moyen et long terme et même à court terme vu les projets réalisés à Beyrouth par les différents promoteurs hôteliers - restaurateurs...». «Les vieilles maisons historiques ne riment plus à rien quand elles sont ceinturées de tours de béton. Il est donc demandé la mise en place d’un règlement d’urbanisme qui impose un art de construire respectueux du caractère des derniers fragments témoignant de la beauté et de la douceur de vivre passées de notre ville» conclut M. Debs. L’application des mesures proposées va-t-elle être renvoyée aux calendes grecques? L’interdiction de démolir les 500 bâtiments «rescapés», points de repère pour beaucoup de Beyrouthins, est toujours en vigueur. Et en faisant traîner les choses on ne sert ni les «conservateurs» ni les ayants droit. Ni l’intérêt général.
C’est plus d’un problème que pose la conservation des quartiers et vieilles demeures dont la démolition a atteint des proportions effarantes à Beyrouth: «Les maisons anciennes ne représentent plus que 2, 5% de l’immobilier», indique la commission technique désignée par le premier ministre M. Rafic Hariri. En l’absence de toute compensation, les ayants droit ne veulent pas assumer seuls le prix de la sauvegarde du patrimoine architectural. Certains soutiennent qu’il faut tenir compte de la synergie culture-économie. Mais beaucoup sont pour la préservation. Architectes et défenseurs de ce principe, ils luttent pour sauver ce qui reste... Un projet pour la protection des 500 bâtiments considérés comme «historiques», soumis en janvier au Conseil des ministres, attend toujours d’être examiné... Peut-être les...