Le gouvernement japonais s’est accroché mardi à la fiction d’une économie encore épargnée par la récession, en qualifiant dans son dernier rapport économique mensuel de simplement «stagnante» la conjoncture actuelle, en dépit de la multiplication d’indicateurs calamiteux. «L’économie reste stagnante et les pressions baissières s’accroissent, dans la mesure où l’impact négatif de la déprime de la demande finale se fait sentir sur des pans entiers de l’activité économique, comme la production industrielle et le marché de l’emploi», souligne l’Agence gouvernementale de planification économique (EPA) dans son étude, diffusée mardi à Tokyo. Tout en laissant inchangée son appréciation globale de la situation économique, l’EPA se montre plus pessimiste qu’en mai pour décrire la situation de l’emploi, de la consommation, des importations et du logement. «L’attentisme croît», a concédé un responsable de l’EPA devant la presse, en expliquant cette paralysie par la récente et spectaculaire dégradation du marché de l’emploi qui affecte le sentiment des consommateurs nippons. Le rapport de l’EPA, entériné par le conseil des ministres dans la matinée, se refuse toutefois encore à reconnaître que le Japon est entré en récession, ce qui ôte beaucoup de poids à son analyse pour nombre d’analystes étrangers. Au vu de la tonalité épouvantable des indicateurs économiques récents, il est de plus en plus absurde pour l’EPA de nier dans son rapport mensuel que le Japon est en récession», estime la banque d’affaires Lehman Brothers. «Il n’y a pourtant aucune trace d’un changement significatif de la position officielle sur les conditions économiques actuelles», ajoute la banque américaine. Le mot qui fâche, «le mot en D» (comme déflation) «ne fait toujours pas partie du vocabulaire de la bureaucratie» nipponne, ajoute Lehman Brothers. Pour Susumu Takahashi, économiste au Japan Research Institute, le gouvernement a implicitement reconnu que les choses allaient plus mal en revoyant son appréciation de plusieurs secteurs clefs de l’économie. «Bien que tout le monde soit désormais d’accord pour dire que l’économie est en train de s’enfoncer dans une spirale déflationniste, l’EPA n’arrive pas à l’admettre car le gouvernement japonais espère que son plan de relance permettra de faire repartir l’économie dès l’été», a estimé M. Takahashi. Le gouvernement avait dévoilé fin avril le plan de relance le plus ambitieux de l’histoire du pays, d’une ampleur de 125 milliards de dollars. La même EPA doit publier vendredi les chiffres de la croissance pour le dernier trimestre de l’année fiscale 1997/98 (janvier-mars). Dans leur écrasante majorité, les analystes tablent sur une baisse du Produit intérieur brut (pib). Après son recul de 0,2% en octobre-décembre, la deuxième économie mondiale devrait enregistrer un recul pour le deuxième trimestre consécutif, ce qui est la définition classique d’une récession dans la théorie économique. Dans son rapport, l’EPA est forcée d’admettre que «le nombre de personnes titulaires d’un emploi décroît». «Les pressions à la baisse s’intensifient avec un taux de chômage au- dessus de 4%, pour la première fois de l’histoire». Avec la montée du chômage, les Japonais répugnent désormais à ouvrir leur portefeuille. «En mars, plusieurs indicateurs pointaient dans la direction d’une amélioration de la consommation des ménages. Les chiffres d’avril ont tout annulé», a souligné le responsable de l’agence statistique. L’ETA concède également que les mises en chantier de logements sont désormais en recul, alors qu’elle parlait jusqu’ici de stagnation. «Il nous faut être prudents à propos de ce secteur», a reconnu le responsable. Les mises en chantier de logements en avril ont chuté de 16,1%, par rapport à leur niveau du même mois de 1997. Elles sont en retrait constant depuis 16 mois. L’agence se montre également de plus en plus pessimiste en ce qui concerne les importations, qui sont en train de faiblir nettement. L’explication est à rechercher du côté de la faiblesse de la demande intérieure, selon l’EPA. (AFP)
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