Enthousiasme français et scepticisme allemand: la naissance de l’Euro-11 a clairement montré que les divergences entre les pays de la zone euro sur le pilotage de la monnaie unique étaient loin d’être aplanies. Six mois avant le lancement de l’euro, l’inauguration de ce forum de coordination des politiques économiques a été célébrée sans grande pompe dans un château luxembourgeois. La fête se devait d’être discrète pour ménager le Royaume-Uni, qui ne fera pas partie de l’euro dès 1999. Le chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, n’a en effet dû qu’à son actuel statut de président du Conseil des ministres des Finances des Quinze le droit de participer au début de la réunion, le temps de réitérer la volonté de son pays d’adhérer aussi rapidement que possible à la monnaie unique. Mais les réticences de Bonn envers l’Euro-11 ont également empêché ses partenaires de fêter avec faste la naissance de cette institution promise par Paris à un bel avenir. Les réserves allemandes ne datent pas d’aujourd’hui. Dès le début des années 1990, Bonn s’était opposé à la création de cet embryon de «gouvernement économique» prôné par Pierre Bérégovoy, à l’époque ministre des Finances, dont elle craignait qu’il ne limite l’indépendance de la future Banque centrale européenne (BCE) dans sa politique de taux d’intérêt. La bataille franco-allemande pour la présidence de la BCE, le deux mai dernier, a d’ailleurs nourri la méfiance de Bonn. L’Allemagne s’est donc échinée à en rogner progressivement les ailes jusqu’à en faire un simple forum informel de coordination des politiques économiques de la zone euro. Lieu de pouvoir Les divergences entre la France et l’Allemagne étaient frappantes à l’issue de la réunion inaugurale de l’Euro-11, appellation désormais contrôlée depuis jeudi, alors que la France préférait le plus solennel «Conseil de l’euro». Là où le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, parle de «lieu de pouvoir important», son homologue allemand Theo Waigel corrige: «Ce n’est qu’un groupe informel. L’Ecofin est toujours le lieu des décisions». «L’Euro-11 ne décidera rien», poursuit le «grand argentier» allemand, soulignant qu’il n’aura «ni secrétariat ni statut». L’Allemagne a d’ailleurs insisté victorieusement pour que l’Euro-11 ne se réunisse pas en novembre afin de ne pas donner l’impression que les rencontres sont «systématiques», selon le ministre belge des Finances, Philippe Maystadt. Dominique Strauss-Kahn a une vision bien différente. «On a besoin d’un instrument de pilotage de l’euro», a-t-il estimé en disant que cette «structure nouvelle prenait forme». Pour la France, l’Euro-11 et la BCE doivent entamer un «dialogue» qui se déroulera d’ailleurs lors de rencontres fréquentes entre les présidents des deux institutions. «Il n’y aura pas de dialogue avec la Banque centrale européenne, a tranché Théo Waigel d’un ton définitif. Il peut y avoir des discussions, des échanges d’informations». «Moins allant» Prié de dire s’il y avait des divergences entre Paris et Bonn, le ministre allemand a eu cette réponse sybilline: «La France et l’Allemagne sont d’accord pour tout ce qui concerne les questions d’organisation». Dominique Strauss-Kahn s’est refusé à dramatiser ce qu’il appelle lui même des «réticences», ce côté «moins allant». Pour lui, les Allemands se rendront petit à petit compte que ce forum est indispensable pour débattre de la politique des salaires, des budgets et des taux de change dans la zone. La BCE étant vouée à pratiquer une politique de taux d’intérêt «moyenne» — la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et l’Espagne représentent à eux cinq 90% du PIB de cette région —, l’Euro-11 sera un instrument essentiel pour prévoir les crises, notamment les «surchauffes» dans les pays de périphérie qui ne disposent plus de l’instrement des taux. «Petit à petit, ils y viennent, a-t-il estimé. Au fur et à mesure qu’on entre dans les choses concrètes, ils suivent». En privé, les responsables français mettent d’ailleurs cette crispation allemande sur le compte de la proximité des élections et se disent convaincus que les choses changeront après septembre, quelle que que soit la future coalition. Pour Philippe Maystadt, il vaudrait mieux pour tout le monde que les Allemands «y viennent». (Reuters)
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