Ouvrage riche et volumineux où la littérature arabe est commentée avec finesse et un sens jubilatoire de l’écriture. Richement édité par Dar al-Mourad, «Littérature et littérateurs» d’Antoine Kazan (6 volumes — plus de 1400 pages) jette la lumière sur plus d’une génération d’écrivains libanais et du monde arabe. Commentaires, analyses, études, présentations forment la trame essentielle de ce livre où transparaît l’évident goût littéraire de l’auteur, lui-même écrivain et poète à part entière. Présenté par le président Charles Hélou et le père Youssef Aoun, cet ouvrage, ami des fervents adeptes des taquineurs de muses et féru des brasseurs d’idées, est un monument incontournable de l’univers des lettres arabes surtout contemporaines. Comment parler de cette «plongée» dans le monde des lettres sans tomber dans le parti-pris pour les uns et le ton passionné pour les autres? Comment accomplir cette longue et fructueuse promenade des lettres sans s’attarder sur le lyrisme accentué des uns, ou être sensible au dépouillement et la transparence des autres? C’est là justement le «métier» et la maîtrise de l’auteur. Donner à chacun, à parts égales, les beautés (et parfois même les travers) d’une écriture précédée par un parfum de gloire et de notoriété. Difficile équilibre qu’assume avec maestria Antoine Kazan car il détient cette profonde culture littéraire indispensable pour tout jugement de valeur. Culture qui confine à l’érudition. Non de ce savoir pédant et ostentatoire mais plutôt de cette connaissance faite d’amour des belles lettres, d’humilité, de «fraternité» littéraire et où tout coule de source sûre. C’est ça l’étonnant de cet ouvrage fourmillant de vie et où sont abordés avec aisance, tolérance et humanisme les aspects les plus surprenants de la création littéraire. Pour cette longue et vaste flânerie sans repères authentiques si ce n’est l’impénitent goût des (belles) lettres et les démons (ou anges, comment le savoir?) de l’écriture, il y a des découvertes, des révélations, des pages où l’on reconnaît d’emblée l’auteur et le style de ces œuvres qui nous ont fait rêver ou forcer à réfléchir... Côte à côte, s’alignent sagement des univers bien différents que l’on croyait incompatibles. Imaginez un peu que l’on passe avec autant de facilité des «tempêtes» et murmures de Gebran au Parnasse et imprécations d’Elia Abou Madi, du verbe retentissant et sonore de Saïd Akl aux histoires pleines d’un réalisme poignant de Maroun Abboud? Si la littérature et la poésie sont omniprésentes dans cet ouvrage très impliqué dans le monde des lettres, il ne faut guère oublier aussi les clins d’œil sociopolitiques de ce fin lettré dont la statue est érigée aujourd’hui à Zouk Mikaël et dont le portrait, signé Rachid Wehbé, est accroché à la Bibliothèque nationale. Dans un style direct et réfléchi, ces écrits (pour la plupart des articles de critiques) font revivre les grandes figures littéraires de notre terroir. On cite volontiers ses propos sur Nicolas Fayad, Issa Skandar, Maalouf, Chebli Mallat, May Ziadé, Amine Nakhlé, Elia Abou Mady, Salah Labaky, cheikh Abdallah Alayli, Omar Abou Riché, Khalil Takieddine et la liste est loin d’être exhaustive... Monde d’avant-guerre où l’esprit et la pensée avaient une autre vision, une autre envergure, une autre sensibilité, une générosité différente... A (re) découvrir par le biais d’une plume qui avait foi en cette terre pleine de promesses...
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