Suite et fin de l’exposition itinérante «B.D. en bulles» cosignée Librairie Tarazi et Mission culturelle, qui campe, jusqu’au 30 mai, dans les nouveaux locaux de la Mission à Maameltein. Pour cette troisième et dernière étape, après Beyrouth et Tripoli, les organisateurs accueillent François Froideval, scénariste de bande dessinée fantastique. Auteur des «Chroniques de la lune noire», d’«Atlantis» et autres séries, l’auteur français a commencé, dans les années 80, par travailler sur les jeux de rôle et de réflexion. Aujourd’hui, il se consacre à la B.D. et aux jeux sur micro-ordinateur. Bouc, crâne un peu dégarni et queue de cheval, grosse chevalière au doigt et lunettes à monture minimale, Froideval se raconte entre deux bouffées de pipe. Brève histoire d’une passion — pour l’imaginaire — qui se développe au gré du temps... Entre fantaisie, fantastique et science fiction, François Froideval évolue dans son élément naturel. Dans les années 80, les jeux de réflexion et jeux pour adultes étant à leur apogée en France, il est tour à tour rédacteur en chef, rédacteur et auteur de jeux dans différents journaux et revues spécialisées dans les jeux de rôles. En 1982, il quitte la France pour s’installer aux Etats-Unis où il collabore durant quatre ans avec, entre autres, les inventeurs du célèbre jeu de rôles fantastique «Donjons et Dragons». «J’ai créé en tout une quinzaine de jeux de rôles et j’ai coécrit des bouquins pour «Donjons et Dragons» qui ont été vendus à un million d’exemplaires chacun», indique-t-il. «Je suis ensuite rentré en France pour m’occuper de la distribution de ce genre de jeux. Puis, dès 1986, je me suis lancé dans la bande dessinée. Depuis, je fais surtout de la B.D. ainsi que des jeux sur micro-ordinateur. Bref, je suis toujours dans le jeu, dans l’univers de la création fantastique...». Comme au cinéma Le premier album qu’il sort, «Chroniques de la lune noire» (édité chez Dargaud), est aujourd’hui un petit best seller vendu au Danemark, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne...et traduit dans toutes ces langues, «mais pas encore en anglais», précise l’auteur. Par ailleurs, on doit à Froideval — qui collabore avec une dizaine de dessinateurs — les scénarios d’«Atlantis» (Glénat), «Fatum» (Dargaud), «Mens Magna» (Soleil) et «Les fées» (Dargaud). Il affirme, en croisant les doigts, que «ça roule. Pour chaque série, nous sortons en moyenne un album par an, et chaque numéro est vendu en Europe à plus de 100.000 exemplaires». Et d’ajouter que «d’autres bandes dessinées -des polars et autres- sont en préparation. Elles devraient être prêtes d’ici six mois-un an». Les albums de Froideval sont «tout public. Cela dépend de la série, mais en général, mes B.D. s’adressent aux jeunes comme aux adultes», dit-il. Quand à la démarche qu’il suit, il explique qu’«il en existe deux. Parfois, j’imagine une B.D. puis je trouve un dessinateur qui accepte de l’exécuter (comme pour les «Chroniques de la lune noire»). Toutefois, l’idée peut aussi naître d’une rencontre avec un dessinateur: je me renseigne sur ses goûts, sur ce qu’il a envie de faire, puis j’invente une histoire qui lui plaît et qui me plaît. C’est le cas par exemple pour «Mens Magna» et «Atlantis». Pourquoi la B.D. de Froideval plaît au public? «Je crois qu’en général, c’est le côté «gros spectacle», l’histoire toujours énorme», répond-il. «Ensuite, le ton qui est toujours humoristique, malgré tout, même si parfois l’humour noir prend le dessus. Et enfin, peut-être, le découpage «cinématographique» ou la manière de traiter le texte; car c’est moi qui m’occupe de la mise en place des séquences. J’aime que le lecteur s’en prenne «plein la figure», ajoute-il, «que l’album qu’il a entre les mains lui donne l’occasion de rêver». Evolution «La bande dessinée a énormément évolué», relève Froideval. «De nos jours, de nouveaux talents surgissent sans cesse, et leur travail s’améliore sans arrêt. Si les grands dessinateurs de B.D., nos «anciens» les plus connus, essayaient de démarrer maintenant sur le marché, avec leur talent d’hier, ils n’y arriveraient pas. Ils ne dessinaient pas assez bien, à l’époque, pour réussir aujourd’hui». Lorsqu’il n’écrit pas, dans sa maison «à 90 km de Paris, presque dans la campagne», François Froideval regarde la télévision, lit, s’installe devant son ordinateur ou joue à des jeux de rôles. A propos de la polémique qui avait été soulevée autour des jeux de rôles, il lance, un rien énervé: «C’est l’œuvre de journalistes français en manque de «papiers», qui n’y connaissaient rien et qui cherchaient un scoop. Le jeu de rôles n’a rien de dangereux pour les jeunes. Loin de les rendre cinglés, il développe leur imaginaire et les amène à réfléchir. Plus tard, ces jeunes seront plus débrouillards que beaucoup d’autres. De plus, étant souvent en anglais, ces jeux leur permettent d’apprendre une langue tout en s’amusant». Sur micro-ordinateurs, François Froideval projette de créer, entre autres jeux de simulation, de gestion et de rôles, «un qui sera tiré des «Chroniques de la lune noire». Un voyage de plus au cœur du fantastique. Pour rester dans le même esprit...
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