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Actualités - Chronologie

L'économie belge passe à l'étranger dans l'indifférence

Des pans entiers de l’économie belge passent sous contrôle de grands groupes étrangers, mais les autorités du petit royaume, acquises par tradition à l’ouverture sur l’étranger, semblent de moins en moins s’en émouvoir. Dernier exemple en date, et non des moindres: le rachat complet du premier holding belge, la Société générale de Belgique (SGB), dont le destin est intimement lié à l’histoire politico-industrielle du pays, par Suez-Lyonnaise des Eaux, dont toute la question est de savoir s’il s’agit maintenant d’un groupe français ou franco-belge. Diplomate, et se présentant volontiers comme belgophile, le président de Suez-Lyonnaise, Gérard Mestrallet, a multiplié la semaine dernière les entretiens dans les médias belges pour assurer que la «Vieille dame» gardait toute son importance au sein de son groupe. Il a notamment confié la direction juridique de tout le groupe Suez à l’administrateur belge Jean-Pierre Standaert. Assuré que la SGB resterait le «pivot belge» de Suez. Répété que le «fleuron» énergétique Tractebel, bientôt contrôlé à 51% par Suez, garderait toujours un président belge. Enfin martelé que désormais 47% des actifs de Suez-Lyonnaise étaient détenus en Belgique. Les Belges demeurent cependant sceptiques, échaudés par l’épisode de 1988 resté dans les mémoires, le lancement d’une OPA inamicale de De Benedetti sur la SGB au terme de laquelle le «chevalier blanc» Suez reprenait les deux tiers de la «Générale». «Dès 1988, il était clair qu’on allait assister à terme à une vente par appartements des fleurons de la SGB, même si les dirigeants de l’époque n’ont pas voulu le dire», juge Robert Wtterwulghe, avocat et professeur à Louvain et à Lyon. De même, aujourd’hui, l’ensemble de la presse belge juge que Suez, qui se concentre sur quatre métiers (énergie, propreté, eau et communication) et vise surtout Tractebel, se séparera à terme de ses actifs financiers, et n’aura plus besoin de la «coquille vide» SGB. Sceptiques donc, les Belges sont pourtant fatalistes. Le passage de la SGB sous contrôle français, tout comme l’offre publique d’échange lancée le 5 mai par l’assureur français AXA sur la totalité du capital de la Royale Belge, n’ont en effet pas éveillé la moindre critique de la part des autorités du royaume. Beaucoup moins en tout cas que l’OPA de 1988 ou, pas plus tard que l’an dernier, l’annonce brutale de la fermeture de Renault-Vilvorde, qui révélait combien l’emploi national dépendait des décisions de multinationales étrangères. Tout juste le ministre de l’économie, Elio Di Rupo, a-t-il suggéré début avril, pour assurer l’indépendance de Tractebel, que Suez-Lyonnaise se divise en un pôle «eau» en France et un pôle «énergie» en Belgique. C’est que la liste est maintenant longue des groupes belges passés dans des mains étrangères. Récemment encore, la banque Bruxelles-Lambert a été rachetée par la néerlandaise ING et les aciéries Boël par le sidérurgiste batave Hoogovens. Et les Belges de se réjouir quand leurs entreprises sont incorporées au sein d’entités bi-nationales. comme le Crédit communal avec le Crédit local de France dans Dexia, ou la Générale de banque avec le belgo-néerlandais Fortis dans Fortis Group. En tout, selon des chiffres de l’Institute for International Economics de Washington, cités par le quotidien belge Le Soir, plus de la moitié de l’emploi industriel belge est aujourd’hui assuré par des entreprises étrangères. Handicapée par l’exiguïté de son marché, la Belgique a toujours eu une tradition d’ouverture aux capitaux étrangers, qui s’accentue encore aujourd’hui avec l’insertion de la Belgique dans la zone euro: il n’existe par exemple toujours pas de procédure de protection anti-OPA, comme cela existe aux Pays-Bas. La Belgique souffre en outre plus que jamais d’un Etat faible, donc de l’absence d’un «capitalisme d’Etat» qui, dans des pays de taille comparable comme la Suède ou la Suisse, a permis la constitution de groupes aux ambitions mondiales. (AFP, Reuters)
Des pans entiers de l’économie belge passent sous contrôle de grands groupes étrangers, mais les autorités du petit royaume, acquises par tradition à l’ouverture sur l’étranger, semblent de moins en moins s’en émouvoir. Dernier exemple en date, et non des moindres: le rachat complet du premier holding belge, la Société générale de Belgique (SGB), dont le destin est intimement lié à l’histoire politico-industrielle du pays, par Suez-Lyonnaise des Eaux, dont toute la question est de savoir s’il s’agit maintenant d’un groupe français ou franco-belge. Diplomate, et se présentant volontiers comme belgophile, le président de Suez-Lyonnaise, Gérard Mestrallet, a multiplié la semaine dernière les entretiens dans les médias belges pour assurer que la «Vieille dame» gardait toute son importance au sein de son...