Le ministre indonésien de la Défense, le général Wiranto qui a joué, selon la presse, un rôle déterminant pour obtenir la démission du président Suharto, garde ses fonctions au sein du cabinet de «réformes» formé vendredi par le nouveau président Bacharuddin Jusuf Habibie. Habibie, l’ancien vice-président qui succède à Suharto selon la Constitution, a annoncé vendredi la composition de son cabinet, au lendemain de la démission du doyen des dirigeants d’Asie, à la suite de la vague de protestations populaires au cours desquelles sont apparues des divisions au sein du parti Golkar au pouvoir aussi bien que dans les rangs de l’armée. Pour démentir l’image qu’on lui prête d’un dirigeant de transition affaibli, Habibie a décidé d’exclure de son cabinet un proche compagnon de Suharto ainsi que l’une de ses filles, et a introduit un nombre de personnalités n’appartenant ni au Golkar ni à l’armée. Selon le Jakarta Post, le général Wiranto, professionnel respecté, aurait joué un rôle-clé dans la cascade d’événements qui ont conduit jeudi Suharto a renoncé à 32 ans de pouvoir sans partage. Pour le quotidien, un moment crucial de la crise a été une visite de Wiranto mercredi soir au palais présidentiel pour remettre à Suharto le message selon lequel le commandement militaire le mettait devant le choix de démissionner ou d’être destitué. Le lendemain Suharto, lui-même un ancien militaire et détenteur du grade prisé de général 5 étoiles, cédait le pouvoir à son vice-président au cours d’une brève cérémonie télévisée au palais de Merdeka. Le président du Parlement, Harmoko (pas de prénom) avait quelques heures auparavant délivré un ultimatum au chef de l’Etat le sommant de démissionner avant vendredi, laissant ainsi apparaître une fracture ouverte dans les rangs du parti. Avertissement de l’armée Le général Wiranto qualifia dans un premier temps cet ultimatum d’«illégal». Mais il décida ensuite, après «consultations» selon le Jakarta Post, de demander à Suharto de renoncer à sa charge. Les deux exclusions les plus notables du nouveau cabinet sont celles de l’ancien compagnon de golf de Suharto et ministre du Commerce, Mohamad «Bob» Hasan, et de la fille aînée de l’ancien président, Siti Hardiyanti Rukmana, dite «Tutut», qui détenait les Affaires sociales. Wiranto s’est publiquement engagé jeudi lors de la démission de Suharto de garantir la «sécurité et l’honneur» de l’ancien président et des membres de sa famille. Il a également lancé un avertissement contre tous nouveaux désordres après les émeutes de la semaine dernière qui ont fait 500 morts à Jakarta. Mais les étudiants qui ont mené le mouvement anti-Suharto ainsi qu’un dirigeant musulman très en vue, Amien Rais, ont demandé que l’ancien président et sa famille soient traduits en justice pour constitution illégale d’une fortune avoisinant les quelque 40 milliards de dollars. Des demandes se sont élevées simultanément pour que le nouveau président libère des prisonniers politiques incarcérés par les forces de sécurité sous le règne de Suharto. L’épouse d’un ancien député actuellement en prison, Sri Bintang Pamungkas, a annoncé que les familles des prisonniers se rencontreraient ce week-end pour discuter des moyens de faire pression sur le ministre de la Justice et obtenir la libération de prisonniers. Bintang avait été condamné en mai 1996 à 34 mois de prison après avoir été jugé coupable de diffamation contre Suharto dans un discours prononcé devant des étudiants indonésiens à Berlin en 1995. Il avait aussi été accusé de subversion, pour distribution de tracts appelant à boycotter les élections parlementaires de mai dernier, et son procès est prévu pour cette semaine. Selon la presse indonésienne, Bintang et un autre grand prisonnier politique, le dirigeant syndical Muchtar Pakpahan, pourraient être libérés sous peu. Plus de 200 prisonniers politiques Le Forum indonésien du travail, l’un des groupements en faveur de réformes apparus au cours des semaines de protestations contre Suharto, a demandé vendredi dans un communiqué la libération immédiate de tous les prisonniers politiques. Il y a, selon la Fondation indonésienne d’aide juridique, plus de 200 prisonniers politiques en Indonésie, sans compter les personnes accusées d’appartenance communiste. Le Conseil national de la résistance timoraise (CNRT) a pour sa part demandé la relaxe immédiate et inconditionnelle de son dirigeant Xanana Gusmao qui purge une peine de 20 années de réclusion. Gusmao avait été arrêté en 1992 alors qu’il dirigeait le mouvement de résistance armée du Timor oriental, ancienne colonie portugaise annexée par l’Indonésie en 1976. Le CNRT a également demandé dans un communiqué diffusé à Lisbonne de pouvoir «participer de manière effective» aux négociations en cours sous les auspices des Nations Unies entre l’Indonésie et le Portugal sur le Timor oriental. Le CNRT demande une réduction substantielle de la présence militaire indonésienne au Timor oriental et la tenue d’un référendum pour décider de son avenir. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le ministre indonésien de la Défense, le général Wiranto qui a joué, selon la presse, un rôle déterminant pour obtenir la démission du président Suharto, garde ses fonctions au sein du cabinet de «réformes» formé vendredi par le nouveau président Bacharuddin Jusuf Habibie. Habibie, l’ancien vice-président qui succède à Suharto selon la Constitution, a annoncé vendredi la composition de son cabinet, au lendemain de la démission du doyen des dirigeants d’Asie, à la suite de la vague de protestations populaires au cours desquelles sont apparues des divisions au sein du parti Golkar au pouvoir aussi bien que dans les rangs de l’armée. Pour démentir l’image qu’on lui prête d’un dirigeant de transition affaibli, Habibie a décidé d’exclure de son cabinet un proche compagnon de Suharto ainsi que l’une de...