«Nous avons deux soldats de la SPLA gravement blessés, pouvez-vous les transporter à l’hôpital militaire de Pawi?», insistent trois militaires éthiopiens de la garnison de Mankoush, proche de la frontière soudanaise. Les deux soldats de l’Armée de libération populaire du Soudan ont été grièvement blessés lors de combats avec l’armée gouvernementale de Khartoum dans la localité de Mandibo en territoire soudanais et sur la frontière ouest de l’Ethiopie. Les soldats éthiopiens demandent à utiliser la voiture de l’agence en pleine nuit, à cause du manque de véhicules dans la région. Pawi est à trois heures de route, à l’ouest de Mankoush. «Un des soldats est touché à la gorge et l’autre sur le côté droit, il a aussi pris une balle dans le tibia», expliquent-ils. Mankoush, bourgade située à 15 km de la frontière soudanaise (310 km à l’ouest d’Addis-Abeba), est la seule voie d’approvisionnement vers les zones de Kurmuk/Qessan et Menza, conquises respectivement par la SPLA et l’Alliance des forces soudanaises (SAF) lors de l’offensive menée en janvier 1997 par l’opposition soudanaise dans l’Etat soudanais du Nil Bleu. Les deux Soudanais avaient été transportés jusqu’à Mankoush par les militaires éthiopiens afin de recevoir les premiers soins médicaux. «Cela fait 4 jours que leur état empire et on ne peut les soigner correctement à Mankoush», a affirmé un des militaires. «Il faut essayer de les sauver», ajoute-t-il. Interrogés sur leur participation directe aux combats, les soldats éthiopiens affirment qu’ils ne sont là que pour aider, en insistant sur «une présence dissuasive» de leur garnison. L’intervention éthiopienne serait de l’ordre de l’assistance mais sans participation active aux combats, ont fait comprendre les soldats éthiopiens. A Menza, Moktar Moubarak, le responsable de l’Alliance nationale soudanaise, dont les SAF sont la branche armée, a affirmé ne recevoir de l’Ethiopie qu’un soutien politique. Un combattant des SAF en uniforme réside en permanence à Mankoush, a pu constater l’AFP. A Bahar Dar, capitale de la province du Gojjam, le mouvement a installé une représentation. L’Ethiopie laisse transiter l’approvisionnement vers ses zones, mais n’a pas de politique déclarée d’aide systématique à l’opposition soudanaise, comme Asmara qui abrite l’Alliance nationale démocratique (NDA, regroupements des différents partis d’opposition). Addis-Abeba n’oublie cependant pas que les terroristes qui ont tenté d’assassiner le président égyptien Hosni Moubarak lors de l’ouverture du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en juin 1995 sont réfugiés au Soudan. L’Ethiopie avait réitéré, le 19 mars, auprès du gouvernement soudanais, sa demande d’extradition, parlant de «la tentative honteuse de déstabilisation de l’Ethiopie en infiltrant des terroristes à Addis-Abeba». (AFP)
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