1992. Centre-ville de Beyrouth. Parmi les nombreux photographes qui ont pris d’assaut les ruines afin d’immortaliser ce paysage «surréel» sur papier glacé, deux jeunes fraîchement diplômés, en quête d’un sujet qui sorte des sentiers battus. Myrna Mouzannar et Cédric Ghossoub exposent aujourd’hui, à l’hôtel Kadri Zahlé, leur vision du cœur de Beyrouth. Sur la toile de fond d’une ville marquée des cicatrices de la guerre, Myrna Mouzannar est allée à la rencontre des enfants nés dans le contexte de leur terrible héritage. «Partagés entre la détresse d’un monde qui ne devrait jamais être le leur et le sourire qui reste, contre ruines et ravages, la seule victoire qui compte ». «Je cherche la présence humaine dans mes photos. Le cliché immortalise un moment. Et quand on capte un certain regard, une expression, c’est l’effet recherché». Des regards d’enfants qui fixent l’objectif de la photographe. Parfois tristes, souvent joyeux, leurs regards transpercent le papier. Miroirs de l’âme, les yeux racontent les joies et les peines, les illusions perdues et l’espoir. Mouzannar a choisi de traiter ce sujet de cette lanière afin de montrer qu’en un endroit aussi délabré et morbide, il y a des enfants qui non seulement y vivent et mais qui peuvent s’amuser aussi. «Le centre-ville tel qu’il était avant la grande vague de reconstruction restera gravé dans la mémoire de ces enfants. Car la nouvelle cité ne correspondra plus à leurs souvenirs. Elle ne sera plus la leur». Mouzannar s’est liée d’amitié avec ces enfants. «D’abord, ils étaient méfiants. Mais peu à peu, la confiance s’est installée. Ils m’ont servi de guides, m’ont emmenée dans les coins et recoins les plus insoupçonnés. Parmi la saleté et les ruines, ils avaient établi leur terrain de jeu. Le décor surréaliste, on ne s’attend pas à voir de jeunes êtres innocents, encore moins de les voir entrain de s’amuser et de rigoler». Les photographies en noir et blanc de Myrna Mouzannar veulent transmettre un témoignage où se mêlent le chagrin et l’espoir. Cédric Ghossoub: «Visite du centre-ville de Beyrouth après la guerre» Les entrailles d’un des plus beaux quartiers de Beyrouth après quinze ans de guerre sous l’objectif d’un photographe passionné de lumière et de couleurs. Cédric Ghossoub nous invite à voir l’intérieur des immeubles. Baignant dans une lumière orangée, les photos montrent des murs éventrés dessinant d’insolites perspectives marquées d’impacts et de graffitis comme autant de stigmates. Des sacs de sable s’entassent et prennent l’allure d’un trésor amoncelé par des pilleurs de tombes. «Je n’ai eu recours à aucun artifice pour rendre ces couleurs chaudes», affirme Ghossoub, «pour avoir de bonnes photos, un photographe doit avoir l’œil certes, mais il doit s’armer d’une bonne dose de patience. Attendre le moment propice, les lumières adéquates, trouver le bon spot». Alexandre Dunoyer Pour Alexandre Dunoyer, 28 ans, au CCF Zahlé, la photographie est le fruit d’un échange dynamique où le sujet est traité sans distance. Derrière la profusion de personnages, c’est le Liban qui se dévoile à travers la vision chaleureuse d’un peuple multiforme et contradictoire, éprouvé par une époque instable, suspendue entre une guerre à effacer et une paix à conquérir. «Aux quatre coins du pays, les Libanais savent accueillir l’inconnu qui vient vers eux. La complicité se joue des barrières linguistiques. Curieux et fiers de l’intérêt qu’on lui porte, chacun pose à sa manière: sérieux, séducteur ou malicieux. Au contact de l’appareil, les visages affichent parfois de l’étonnement ou une sorte de réticence mélangée à de l’envie. Le sujet n’est pas traité à distance... Il faut des rencontres. Et la photographie naît d’un échange dynamique. Les corps se mettent en scène, recherchent une harmonie avec le décor. Spontanément, même en pleine rue, sans fausse pudeur, certains reproduisent l’attitude des stars d’Hollywood, d’autres prennent la pose figée des clichés du siècle passé».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats 1992. Centre-ville de Beyrouth. Parmi les nombreux photographes qui ont pris d’assaut les ruines afin d’immortaliser ce paysage «surréel» sur papier glacé, deux jeunes fraîchement diplômés, en quête d’un sujet qui sorte des sentiers battus. Myrna Mouzannar et Cédric Ghossoub exposent aujourd’hui, à l’hôtel Kadri Zahlé, leur vision du cœur de Beyrouth. Sur la toile de fond d’une ville marquée des cicatrices de la guerre, Myrna Mouzannar est allée à la rencontre des enfants nés dans le contexte de leur terrible héritage. «Partagés entre la détresse d’un monde qui ne devrait jamais être le leur et le sourire qui reste, contre ruines et ravages, la seule victoire qui compte ». «Je cherche la présence humaine dans mes photos. Le cliché immortalise un moment. Et quand on capte un certain regard, une...