L’Inde, enthousiaste, s’est déclarée puissance nucléaire au lendemain de trois essais nucléaires qui ont surpris et défié une communauté internationale que New Delhi tente de calmer en promettant d’œuvrer à un désarmement total. Symbole de fierté nationaliste, la presse unanime a salué ces tests, estimant que l’Inde faisait désormais partie du club des Etats nucléaires et, au-delà des condamnations internationales immédiates, avait gagné en respect sur la scène mondiale. «Un moment de fierté», a titré le quotidien «Hindustan Times», alors que le «Pioneer» parlait d’«explosion d’estime de soi» et l’«Indian Express» de «Voie vers la résurgence». Le premier ministre nationaliste hindou Atal Behari Vajpayee, dont le gouvernement est fragile après moins de deux mois au pouvoir, a été encensé tant par les partis politiques que par les journaux et devrait récolter les bénéfices politiques d’une décision qualifiée de «hardie». La seule fausse note est venue de la bourse de Bombay, qui a chuté à l’ouverture, craignant que les Etats-Unis et le Japon ne mettent à exécution leurs menaces de sanctions économiques contre l’Inde qui ne peut guère se passer de leur aide. La roupie en revanche restait stable. Presse, analystes et éditorialistes ont estimé que l’Inde, pays jusque-là dit «du seuil», c’est-à-dire capable de se doter d’armes atomiques, était désormais une puissance nucléaire au même titre que les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France, que ces pays le veuillent ou pas. «C’est un moment pour l’euphorie populaire et les célébrations», a écrit l’«Indian Express», affirmant que «ce succès démontre au monde une remarquable capacité scientifique développée au cours d’un quart de siècle de restrictions internationales sur les transferts de technologie». En position de force Le gouvernement indien gardait le silence mardi sur les détails des trois tests, l’un à fission (bombe A), l’autre thermonucléaire (bombe H), le troisième de «basse intensité», effectués dans le désert du Rajasthan (nord) à peine 150 kilomètres de la frontière du Pakistan voisin et ennemi. P. K. Iyengar, ex-président de la Commission de l’énergie atomique qui fut associé au premier et seul essai nucléaire indien déclaré jusqu’à lundi, en 1974, a estimé que ces tests donnaient aux forces indiennes «la capacité de porter une charge d’une tonne», ce qui montre, selon lui, que «l’Inde a la capacité de lancer des armes nucléaires». «Ces tests ont établi que l’Inde dispose d’une capacité prouvée à avoir un programme d’armes nucléaires», avait déclaré lundi Brajesh Mishra, principal conseiller de M. Vajpayee. Il avait affirmé que l’Inde avait désormais une «dissuasion nucléaire crédible» dans un environnement régional (sous entendu Chine et Pakistan) «profondément préoccupant». Si les condamnations ont été générales dans le monde, les observateurs à New Delhi ont cependant relevé que l’Inde avait, tout en exprimant fermement sa volonté nucléaire, promis d’adhérer à certaines clauses du traité interdisant les essais (CTBT) qu’elle rejetait en bloc jusque-là. M. Mishra a expliqué que les scientifiques indiens pourraient œuvrer à des «simulations» d’essais, ce qui pourrait conduire l’Inde à ne pas plus effectuer des tests grandeur nature. Il a souligné qu’une décision indienne en faveur du CTBT dépendant de «négociations» et de mesures de «réciprocité» des autres puissances nucléaires. New Delhi accuse les Etats-Unis de violer la lettre du traité en conduisant certains tests. Certains journaux indiens ont estimé que l’Inde était désormais en position de force pour faire un geste à propos du CTBT. New Delhi a tenté de rassurer ses voisins en parlant de coopération. La presse indienne soulignait mardi qu’il faudrait une offensive diplomatique pour véritablement rassurer. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Inde, enthousiaste, s’est déclarée puissance nucléaire au lendemain de trois essais nucléaires qui ont surpris et défié une communauté internationale que New Delhi tente de calmer en promettant d’œuvrer à un désarmement total. Symbole de fierté nationaliste, la presse unanime a salué ces tests, estimant que l’Inde faisait désormais partie du club des Etats nucléaires et, au-delà des condamnations internationales immédiates, avait gagné en respect sur la scène mondiale. «Un moment de fierté», a titré le quotidien «Hindustan Times», alors que le «Pioneer» parlait d’«explosion d’estime de soi» et l’«Indian Express» de «Voie vers la résurgence». Le premier ministre nationaliste hindou Atal Behari Vajpayee, dont le gouvernement est fragile après moins de deux mois au pouvoir, a été encensé...