La Russie s’apprête aujourd’hui à célébrer la victoire contre l’Allemagne nazie alors que les anciens combattants ou leurs héritiers en sont réduits à vendre leurs médailles de héros faute de moyens pour survivre. Depuis le début de la perestroïka en 1985, la place Sennaïa, qui abrite un petit marché aux puces dans le centre de Saint-Pétersbourg, est devenue un lieu de trafic de médailles, toléré par les autorités. Anastasia Petrovna, 85 ans, vient d’y obtenir 150 roubles (24,5 dollars) contre les décorations de son mari Vassili, qui a servi dans l’artillerie pendant «la grande guerre patriotique». Le jour de la capitulation nazie, «le 9 mai 1945, Vassili était à Berlin. Il a défendu Léningrad (ex-Saint-Pétersbourg, qui fut assiégée pendant 900 jours)», se souvient Mme Petrovna. La vieille dame, infirmière pendant le conflit, est fière des exploits de son mari, décédé il y a cinq ans. Mais aujourd’hui, seule, sans enfants, avec une retraite mensuelle de 450 roubles (73,4 dollars), quand une miche de pain coût 3,5 R, elle ne s’en sort plus. «L’argent des médailles me soulage pour quelques jour», explique-t-elle. Elle n’est pas la seule. Veuves, vétérans ou adolescents, les offres sont continuelles au grand bonheur des revendeurs qui exposent quotidiennement les reliques attachées à des petits rubans de couleur, au milieu de timbres ou de pièces de monnaie sur de petites caisses en carton. Pour une poignée de dollars... «J’achète presque tout mais la plupart des médailles ne valent pas grand-chose», raconte Anton, 33 ans. Les médailles «de la victoire sur l’Allemagne» ou l’ordre du «Drapeau rouge», décernées en grand nombre après la guerre, ne s’échangent plus que 1 à 4 dollars. En argent ou en laiton, elles sont frappées du profil de Staline ou d’une vue du Kremlin. «Parfois, des vétérans apportent des décorations de grande valeur, comme la médaille de «Lénine» ou de «La gloire», qui se vendent 100 à 200 dollars», poursuit Anton. «La plus chère, «L’étoile d’or du héros de l’URSS», coûte 1.000 à 1.500 dollars en Russie, bien plus en Occident», selon cet expert qui empoche chaque mois entre 400 à 700 dollars de bénéfices. «Bizarrement, les médailles qui ont le plus de valeur sont celles des adolescents qui vendent les récompenses militaires de leur père», remarque Anton. Sur la Place Sennaïa, tout le monde se souvient encore de Sveta, jeune droguée de 16 ans qui, un jour de manque, vendit pour quelques poignées de billets verts les médailles de son aïeul qui valaient plusieurs milliers de dollars. Pendant que les vétérans ou leurs proches luttent comme ils peuvent pour subsister dans la Russie post-soviétique, où les personnes âgées ont été les plus touchées par l’économie de transition, l’Etat prépare la grande parade de la victoire sur la Place rouge à Moscou. «Des millions de nos compatriotes sont morts avant le jour heureux de mai 1945. Nous rendons hommage à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour rendre la victoire possible, qui ont défendu l’indépendance de leur patrie», a rappelé jeudi le président Boris Eltsine. (AFP)
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