Les bourses européennes ont accompli des prouesses hier, premier jour d’ouverture au lendemain du sommet sur l’euro, dans le sillage de Wall Street, dont la fermeté était, elle, favorisée par un contexte US toujours aussi favorable aux investissements. Saluant les décisions prises en week-end à Bruxelles, le président Bill Clinton a jugé que les pays de l’UE devaient continuer «à montrer aux Etats-Unis et au reste du monde qu’ils ouvrent leur économie», alors qu’en Allemagne se multipliaient les critiques contre la France La palme dans l’envolée boursière de ce début de semaine est revenue à Milan qui a progressé de 4,38 pour cent, suivie par Francfort en hausse de 4,06 pour cent. Zurich a progressé de 3,23%, Stockholm de 1,98%, Bruxelles de 1,71%, Madrid de 2,3%. La place londonienne était close en raison du Bank Holiday. Paris s’est rapproché de son record absolu en montant de 2,4%. L’indice européen Dow Jones euro STOXX 50 a pris 3,62%. Wall Street amorçait également la journée dans de bonnes conditions, le Dow Jones atteignant un record absolu grâce à une hausse de 1% deux heures après son ouverture. Même si la presse européenne et américaine accusait la France d’avoir gâché la fête de l’euro avec la bataille pour la présidence de la BCE, les milieux financiers étaient sereins après la nomination du Néerlandais Wim Duisenberg à la tête de la BCE pour quatre ans. Le compromis sur la présidence pourrait même, paradoxalement, contribuer au renforcement des monnaies européennes en incitant les banques centrales actuelles, Bundesbank en tête, à prévenir un éventuel effet négatif sur ces monnaies en adoptant une position encore plus stricte dans leur politique monétaire. A l’ouverture des échanges, le deutschemark et les autres devises qui se fondront dans l’euro ont fléchi par rapport au dollar, perdant un peu du terrain gagné vendredi dans un accès d’euphorie du marché londonien à la veille du sommet. Mais, dans une ambiance calme, les monnaies européennes se sont progressivement reprises pour terminer la journée non loin de leurs niveaux de vendredi. Commentant le lancement officiel de l’euro, le président Clinton a déclaré: «Dans leurs relations avec les Etats-Unis et d’autres pays, les Etats membres de l’Union européenne vont devoir trouver un moyen de continuer à faire en sorte de nous envoyer le bon message, indiquant qu’ils ouvrent leur économie, qu’ils s’unissent mais n’excluent pas les autres». Le président américain, qui était interrogé par le quotidien «Wall Street Journal» et la chaîne de télévision CNBC, a ajouté: «Je pense que la tendance générale en Europe vers l’unité politique et économique est positive». Dans l’ensemble, les responsables politiques et économiques US étaient optimistes lundi allant jusqu’à promettre à l’euro de jouer un jour le rôle de monnaie de réserve au côté du dollar. «L’euro sera un succès» et «une bonne chose pour l’Europe et les Etats-Unis», a affirmé le président de la Banque fédérale de New York, William McDonough, lors d’un discours devant le Spanish Institute. Dans le système bancaire fédéral américain, la «Fed» de New York est chargée des marchés internationaux. «Maintenant que Duisenberg a été nommé (président de la future Banque centrale européenne) et que ce problème est réglé, la BCE voudra être perçue par les marchés comme tout à fait crédible, particulièrement à la lumière du petit désagrément du week-end», a déclaré Robert Hormats, vice-président de Goldman Sachs International en précisant cependant que cela «n’a pas contribué à un lancement de l’euro aussi bon qu’il aurait dû l’être». Mais en Allemagne, les critiques contre la France se multiplient, seule l’opposition sociale-démocrate persistant à mettre en accusation le chancelier allemand Helmut Kohl. Le porte-parole pour la politique étrangère du groupe parlementaire des Unions chrétiennes, Karl Lamers, a souligné que «le président français (Jacques Chirac) avait besoin d’un succès de prestige, ou croyait en avoir besoin», et l’a obtenu «aux dépens» du chancelier Kohl. Le ministre bavarois des Finances (Union chrétienne-sociale, CSU), Erwin Huber, a estimé que les Français «ont rendu un très mauvais service» à la stabilité de l’euro. Le secrétaire général de la Fédération de l’artisanat, Hanns-Eberhard Schleyer, a appelé le gouvernement allemand à s’opposer désormais à ce type de politique française, soulignant que l’acceptation de l’euro nécessitait précisément pour les moyennes entreprises une crédibilité politique. Pour le président de la Fédération des banques, Martin Kohlhaussen, «la querelle a montré que les décisions pour l’avenir de l’Europe, en particulier en France, sont toujours prises de façon primaire et sous un angle national».
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