Les organisateurs de la course Sydney-Hobart endeuillée cette année par la mort de six navigateurs ont été informés une heure après le départ samedi des 115 voiliers engagés qu’une tempête de force 10 était en formation sur le parcours, a déclaré mercredi Pat Sullivan, directeur régional de l’Agence australienne de météorologie. Plusieurs jours avant le départ, les prévisions météo annonçaient déjà une zone de basse pression au large des côtes sud-est de l’Australie. Jeudi dernier, lors du briefing organisé à Sydney avant le départ, un point météo détaillé avait indiqué aux skippers qu’ils auraient à affronter une mer difficile, sous l’effet contraire d’un vent du Sud et des courants dominants Nord-Sud. Dans un entretien accordé à Reuters, Pat Sullivan précise que les prévisions actualisées de ses services, trois heures avant que la flotte ne quitte Sydney, annonçaient un avis de coup de vent dans le détroit de Bass, passage obligé des concurrents entre l’Australie et l’île de Tasmanie où est jugée l’arrivée, avec des rafales à 30-40 nœuds. À 14h16 (03h16 GMT), soit une heure environ après le départ, poursuit Sullivan, la violence de la dépression était encore révisée à la hausse, les météorologistes abandonnant le terme d’avis de coup de vent pour un avis de tempête de force 10 sur l’échelle de Beaufort (qui compte douze degrés). Les projections assistées par ordinateur des prévisionnistes tablaient alors sur des bourrasques de vent de l’ordre de 45 à 55 nœuds gagnant en intensité pour atteindre en rafales les 70 nœuds (130 km/h). «Les fortes bourrasques de vent sont fréquentes dans le détroit de Bass, mais ce genre de développement n’est pas commun, une fois par an en moyenne sur le long terme», note-t-il. Les organisateurs de la Sydney-Hobart ont été prévenus. Mais les services météo n’ont pas recommandé l’arrêt de la course. «Ce n’est pas une décision que je puisse prendre», explique Sullivan. Arrêter la course ? Pas si simple Le Cruising Yacht Club of Australia, qui organise cette classique de la course au large, a transmis l’information aux équipages par radio sans interrompre la course. Dimanche, la flotte se heurtait à une énorme dépression, avec des vagues de dix mètres et des pointes de vent à 80 nœuds (150 km/h). Fallait-il annuler l’épreuve ? Peter Bush, un vétéran de ce sprint de 630 milles avec quatorze participations à son actif, a été chargé par le Cruising Yacht Club of Australia de préparer un rapport complet sur la tragédie. Interrogé mercredi au micro de la radio ABC, il a estimé qu’arrêter la 54e édition de la course n’aurait pas forcément amélioré les choses. «Quand bien même aurions-nous arrêté la course une fois connues les proportions de la tempête, il est probable que la suite aurait été la même parce que les gars étaient déjà partis», explique-t-il. «Si nous avions dit “ok, stoppez tous la course et rentrez au port”, alors qu’ils étaient en mer, ils auraient dû parcourir 100 ou 30 ou 50 milles nautiques pour rejoindre la côte. Non, ce n’est décidément pas aussi simple que ça». Six navigateurs ont payé de leur vie leur passion pour cette classique, surnommée «l’enfer en haute mer». Six voiliers ont été abandonnés par leurs équipages tandis que les secours en mer multipliaient les hélitreuillages pour évacuer les blessés et les marins en perdition. La course Sydney-Hobart doit continuer, dit le PM australien Le Premier ministre australien, John Howard, a estimé mercredi que la course Sydney-Hobart, livrée cette année à une mer démontée qui a causé la mort de six marins, s’inscrivait dans le «mode de vie australien» et devait se poursuivre. Howard a toutefois reconnu avec les organisateurs et les concurrents qu’il appartenait en dernier lieu aux skippers engagés dans la course de continuer ou non en cas de tempêtes. «Je ne suis pas navigateur — je dois donc respecter l’avis de ceux qui le sont et qui connaissent bien la mer», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à sa résidence du front de mer à Sydney. «Le seul principe que l’on puisse adopter, c’est que chaque skipper est à la barre de son bateau et que lui seul doit décider de la marche à suivre». Mardi soir, la marine australienne a mis fin aux recherches en mer de Tasman. Le bilan s’établit à six morts, dont le Britannique Glyn Charles, membre de l’équipe olympique aux Jeux d’Atlanta en 1996. Howard s’est dit attristé et perturbé par cette tragédie, mais il a estimé que la course ne devait pas être abandonnée. «La Sydney-Hobart fait partie de la période de Noël et du Nouvel An en Australie — elle fait partie de notre mode de vie. Ces personnes ont perdu la vie en pratiquant un sport qu’ils aiment», a-t-il déclaré. Comme on lui demandait s’il fallait y renoncer, il a répondu: «Je ne le crois pas. C’est une tragédie, mais des dizaines de milliers d’Australiens, marins et navigateurs, continueront. Je suis sûr que ceux qui ont été frappés par cette tragédie souhaiteraient les voir continuer».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les organisateurs de la course Sydney-Hobart endeuillée cette année par la mort de six navigateurs ont été informés une heure après le départ samedi des 115 voiliers engagés qu’une tempête de force 10 était en formation sur le parcours, a déclaré mercredi Pat Sullivan, directeur régional de l’Agence australienne de météorologie. Plusieurs jours avant le départ, les prévisions météo annonçaient déjà une zone de basse pression au large des côtes sud-est de l’Australie. Jeudi dernier, lors du briefing organisé à Sydney avant le départ, un point météo détaillé avait indiqué aux skippers qu’ils auraient à affronter une mer difficile, sous l’effet contraire d’un vent du Sud et des courants dominants Nord-Sud. Dans un entretien accordé à Reuters, Pat Sullivan précise que les prévisions...