La Thaïlande a réussi son pari d’organiser sans accroc majeur la 13e édition des Jeux asiatiques, des mini-JO à l’échelle du continent qui ont pris fin dimanche à Bangkok, retrouvant ainsi un peu de la fierté nationale écornée par le marasme économique. Des préparatifs cahotiques avaient fait craindre le pire, mais le bon niveau et l’ambiance décontractée du «dernier grand rassemblement sportif international du millénaire», quasiment épargné par les scandales, ont eu raison des sceptiques. Ni le crash d’un Airbus thaïlandais (101 morts) ni les frappes américano-britanniques contre l’Irak n’ont pu gâcher la fête des 6 700 athlètes – y compris ceux venus du Golfe et du Proche-Orient – et du public thaïlandais durant la quinzaine. Oubliés le boycottage à la dernière minute de l’Arabie séoudite, la phobie des attentats terroristes et des manifestations politiques, les embouteillages légendaires de Bangkok, les cadavres d’insectes dans la piscine et les pelouses de football défoncées. Plus de 700 athlètes des 41 pays participants ont subi des contrôles anti-dopage et, selon les organisateurs, les Jeux de Bangkok ont été parmi les «plus propres» de l’histoire des jeux internationaux. Deux haltérophiles seulement ont été disqualifiés. En 1994, à Hiroshima, onze sportifs chinois avaient été contrôlés positifs aux stéroïdes anabolisants. Si la Chine, superpuissance sportive de l’Asie, a fait comme prévu le plein des médailles (274, dont 129 d’or), c’est le sprinter japonais Koji Ito qui a été couronné roi des Jeux, grâce à ses titres dans le 100 m, le 200m et le relais 4x100 m. Il est le premier Asiatique à courir le 100 mètres en 10 secondes. Le retour du Japon Deux de ses compatriotes, la marathonienne Naoko Takahashi, 26 ans, et la nageuse Shunsuke Ito (4 médailles à elle seule), ont fait forte impression, illustrant la renaissance du Japon dans les sports majeurs. Humilié en natation il y a quatre ans à Hiroshima, le Japon a pris sa revanche et gagné un duel passionnant avec le grand rival chinois (15 médailles d’or à 13). Parmi les rares athlètes à échapper au rouleau compresseur sino-japonais, figurent le Sud-Coréen Lee Bong-joo, vainqueur du marathon, et le poids plume thaïlandais Somluck Kamsing, sacré à Atlanta. En revanche, le flop des jeux revient à une autre gloire locale, James Wattana, longtemps l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de snooker, éliminé d’entrée et qui s’est effondré en larmes. Aussi humiliant, le retrait sur blessure de la Sri Lankaise Susantika Jayasinghe, une des reines mondiales du 200 m, qui n’a rien fait pour dissiper des soupçons de dopage. Enfin, les footballeurs thaïlandais, vainqueurs miraculeux, à neuf, des Sud-Coréens, ont créé la principale surprise, déchaînant les passions. Mais le onze thaïlandais a été défait en demi-finale par le Koweit, lui-même battu pour le titre par l’Iran. La Thaïlande s’est consolée avec 24 médailles d’or, un record. Fort de son succès à l’intérieur et hors des stades, et de son expérience – c’est la quatrième fois qu’elle accueillait les Jeux asiatiques –, le royaume rêve désormais de passer à l’échelon supérieur une fois la crise économique passée: l’organisation des JO! La Chine reine des pistes, l’Iran roi du ballon rond La Chine, qui a remporté 15 titres en athlétisme des Jeux asiatiques, est restée reine des pistes malgré les progrès du Japon (12 médailles d’or), alors que l’Iran a été sacré en football. Les Chinois, qui ont gagné le 110 m haies, le relais 4x100 m et la perche féminins la veille , ont ainsi sauvé leur rang de géant d’Asie dans les deux principales disciplines olympiques après avoir été devancés par le Japon en natation. Mais ils ont perdu sept titres par rapport à l’édition précédente à Hiroshima, alors que les Japonais ont plus que doublé leur moisson d’or de 1994 (cinq). L’avant-dernière journée a vu la vétéran indienne P.T. Usha, 34 ans, pleurer à chaudes larmes après avoir été exclue du relais 4x400 m, dont l’Inde a pris la deuxième place derrière la Chine. C’était la médaille qu’Usha, une légende vivante chez elle, désirait le plus ardemment afin de quitter la compétition en ayant gagné une médaille pour chacune de ses années d’existence. Elle possède déjà 33 breloques, dont 18 en or! Enfin, deux athlètes punis pour dopage ont effectué un retour gagnant. La Chinoise Cai Weiyan, contrôlée positive aux stimulants en 1994, s’est imposée à la perche, alors que le Kazakh Serguei Arzamassov, suspendu pour quatre ans après avoir gagné la médaille d’argent aux Mondiaux en salle en 1995 (stanolozol), a pris l’or au triple saut. En finale du tournoi de football, l’Iran n’a jamais été inquiété par le Koweit. Deux buts d’Ali Karimi et Karim Bagheri en première période ont suffi au bonheur des Iraniens. Explosion de joie à Téhéran: plusieurs arrestations Plusieurs milliers de jeunes Iraniens sont descendus dans les rues de certains quartiers de Téhéran pour célébrer la victoire 2 buts à 0 de leur équipe face au Koweït dans la finale de football des Jeux asiatiques à Bangkok. Au cours de ces manifestations de joie, la police téhéranaise a procédé à l’arrestation d’une vingtaine de jeunes dans le quartier de Chahrak-é-Gharb (ouest de Téhéran), selon le correspondant de l’AFP sur place. Alors que des groupes de jeunes, garçons et filles, dont beaucoup maquillées aux couleurs de l’Iran, tenaient des petits drapeaux et dansaient, dans ce quartier et le nord résidentiel de la capitale, d’importantes forces de police sont intervenues pour éviter tout débordement. Les policiers ont dispersé ces rassemblements, obligeant certaines jeunes femmes à se démaquiller et interpellant plusieurs manifestants. Mais, certains jeunes, rendus furieux par cette intervention policière, ont alors conspué les forces de l’ordre et lancé des pierres dans leur direction. Aussitôt après la fin du match, de jeunes automobilistes avaient organisé un concert de klaxon dans le quartier de Chahrak-é-Gharb, circulant phares allumés pour célébrer cette victoire. Au son des trompettes en plastique, des supporteurs criaient «Iran, Iran, nous avons gagné» ou «Les enfants, nous vous remercions».
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