Deux dossiers pour un seul projet, les Cèdres du Liban et la vallée de la Qadicha. Ces deux témoins de la mémoire libanaise et désormais humaine ont contribué à forger l’histoire par leur contexte naturel, tant il est vrai que culture et nature sont indissociables. Quelques arbres millénaires subsistent encore de l’ancienne forêt des cèdres mais c’est leur valeur culturelle qui est inestimable. Pour la Qadicha, l’Histoire est racontée par les grottes, les ermitages et les monastères de la vallée. Elle n’aurait jamais été la même si le contexte naturel avait été différent. Les terrasses, entièrement faites par les habitants, n’auraient pas cette importance si elles n’avaient pas modifié l’aspect de ces monts en rizière. Travail dur et continu Le chemin vers le classement n’aura pas été aisé. À partir de 1988, un groupe spéléologique, le GERSL, entame de longues randonnées et des prospections archéologiques dans la vallée. Les découvertes dès lors se multiplient, faisant de la vallée un objet de curiosité et d’intérêt culturel: inscriptions éthiopiennes, momies du Liban, peinture murale médiévale… tout un passé glorieux. Les volontaires sont nombreux pour sauver cette vallée. Municipalités des cazas, organisations non-gouvernementales internationales et nationales, Ordre des moines maronites libanais, Ordre mariamite libanais, comité des amis des Cèdres, GERSL et simples passionnés de la vallée se réunissent autour de tables rondes, sous le patronage de la direction générale des Antiquités, pour élaborer un plan capable de sauver les vestiges des profiteurs en tout genre. Ils forment une association: «La communauté pour la sauvegarde de la vallée de la Quadisha. Le travail commence par des cycles de conférences dans les villages de la vallée, des journées nationales pour sensibiliser les villageois à la sauvegarde de la vallée. Des panneaux explicatifs sont installés pour mieux faire ressortir l’importance de la vallée. Des tournées sont organisées ainsi qu’une projection son et lumière dans le couvent de Mar Licha», explique Pierre Abi Aoun, membre du GERSL et de «La communauté pour la sauvegarde de la vallée». Danger persistant Tout ce labeur est récompensé: la communauté pour la sauvegarde de la vallée avec l’aide de la DGA, a pu obtenir la fermeture des carrières, le ramassage des ordures et, surtout, obtenir un décret ministériel pour la protection de la vallée. «Mais le pire reste à craindre», précise Dr. Ricardo Habre, écologiste et professeur en sciences de l’environnement. «Le classement du site peut générer un immense mouvement touristique pour le pays et surtout pour le Nord; tourisme qu’il est nécessaire de savoir gérer. Pour les animaux par exemple, surtout les oiseaux, il faut éviter le bruit, par peur qu’ils émigrent ; pour les plantes, les sentiers sont une nécessité au risque de voir les fleurs foulées par les bottes des touristes». En dernier lieu, il faut s’assurer que les kiosques de galettes («manakish») et autres sandwiches s’installent au bas de la vallée, comme les restaurants l’ont déjà fait. Le commerce, en effet, est interdit dans les sites classés. Aujourd’hui, la requête a abouti et un décret assurant la sauvegarde de la vallée ferait le bonheur de l’Unesco et des générations futures. Le Dr Habre ajoute: «Ce site est le seul à avoir le prestige de la continuité historique car la grande importance de la vallée réside dans son histoire, sa nature et ses quelques vieillards qui vivent encore suivant les coutumes de leurs grand-parents».
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