Le Gabon, qui voit dimanche huit candidats se présenter au 1er tour de l’élection présidentielle, connaît depuis l’Indépendance un équilibre géopolitique satisfaisant entre ses nombreuses ethnies et une cohésion nationale enviée par bien de pays africains. Petit par sa population, un million d’habitants, mais d’une superficie égale à la moitié de la France, le Gabon offre un paysage très varié avec ses dizaines d’ethnies toutes minoritaires mais fières de leurs identités particulières. Ces ethnies s’expriment par autant de langues et dialectes différents et restent très attachées à leur terroir. Parmi ces ethnies on peut distinguer, en schématisant, les nordistes, c’est-à-dire les Fang, des sudistes comprenant les Nzebi, Eshira, Bapunu, Vili, Mitsogo, Batéké, Bakota et Obamba, pour ne citer que les plus importantes, sans parler de l’influente tribu côtière des Omyéné. Tous appartiennent au grand groupe Bantou, hormis les premiers occupants, les Pygmées, complètement marginalisés. Les proportions des uns et des autres varient beaucoup selon les différentes sources, les premiers, les Fang, étant estimés de moins 20% à plus de 30% de la population totale, les Nzebi étant peut-être aussi nombreux, tandis que les Bapunu ont toujours affirmé leur dynamisme politique, ne présentant pas moins de quatre des huit candidats homologués pour l’élection. Le président Omar Bongo est lui-même un Batéké, ethnie minoritaire du sud-est plus nombreuse en territoire congolais. Il peut compter sur une solidarité traditionnelle, même si elle est intéressée, d’autres ethnies sudistes, comme les Nzebi, les Obamba, les Eshira, notamment. De plus, son influence dépasse largement ce cadre régional, car le président Bongo, à travers 30 ans de pouvoir et grâce à l’ex-parti unique, le Parti démocratique gabonais (PDG), s’est assuré de fidèles soutiens dans toutes les ethnies, y compris chez les Fang qui forment pourtant le premier parti d’opposition, le Rassemblement national des bûcherons (RNB). Un principe fondamental La répartition des postes dans le régime actuel illustre parfaitement ce principe fondamental d’équilibre. Toutes les ethnies y sont représentées, avec des postes conséquents, les Batéké et leurs cousins Obamba n’apparaissant spécialement favorisées que dans les organes de sécurité proches de la personne du président, la Garde républicaine particulièrement. Bien des ethnies aimeraient une meilleure part du pouvoir, les Fang notamment qui se souviennent que le 1er président du Gabon, Léon Mba, était de chez eux et qui présentent trois candidats à la présidentielle. Mais ils sont aussi déjà largement associés au pouvoir, avec la Primature et les Affaires étrangères entre autres, et peuvent préférer le statu quo. La 2e grande ville du nord, Bitam, est d’ailleurs acquise au PDG, contrairement à la capitale régionale, Oyem, dirigée par le RNB. L’instauration en 1990 du multipartisme, de l’avis de nombre de Gabonais, n’a fait qu’introduire le tribalisme dans le paysage politique, la quarantaine de partis existants étant dominés par une ethnie, sauf le PDG. De ce fait, les discours des uns et des autres, aussi adroits ou sincères soient-ils, apparaissent souvent comme secondaires par rapport à l’origine de leurs auteurs. Ainsi le maire RNB (Fang) de Libreville, le père Paul Mba Abessole, devrait logiquement rassembler l’essentiel des votes Fang-RNB, malgré la scission avec l’autre tendance RNB conduite par le professeur (Bapunu) Pierre-André Kombila. En revanche, il apparaît aussi certain que pour nombre de sudistes, les idées du candidat Abessole importent beaucoup moins que son appartenance à une ethnie dynamique qu’ils jugent prudent de cantonner dans ses limites actuelles, après son importante expansion des premières décennies du siècle. L’avantage certain du candidat Bongo est d’apparaître comme le plus expérimenté pour préserver l’équilibre intérieur entre ces ethnies par ailleurs fort conscientes depuis ces dernières années que, non loin des frontières de leur pacifique petit pays, de sanglants conflits ethniques ont éclaté dans les deux Congo, au Rwanda, au Soudan, en Angola, etc. De plus, le président Bongo, par une grande activité diplomatique et des progrès certains dans la démocratisation, a assuré au Gabon l’estime internationale et de solides amitiés extérieures qui, les Gabonais le savent, ne lui feraient pas défaut en cas de besoin. Le principal problème du Gabon – mais il n’a aucune connotation ethnique – reste en définitive le maintien de criantes inégalités sociales dans un pays pourtant bien pourvu en richesses naturelles.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Gabon, qui voit dimanche huit candidats se présenter au 1er tour de l’élection présidentielle, connaît depuis l’Indépendance un équilibre géopolitique satisfaisant entre ses nombreuses ethnies et une cohésion nationale enviée par bien de pays africains. Petit par sa population, un million d’habitants, mais d’une superficie égale à la moitié de la France, le Gabon offre un paysage très varié avec ses dizaines d’ethnies toutes minoritaires mais fières de leurs identités particulières. Ces ethnies s’expriment par autant de langues et dialectes différents et restent très attachées à leur terroir. Parmi ces ethnies on peut distinguer, en schématisant, les nordistes, c’est-à-dire les Fang, des sudistes comprenant les Nzebi, Eshira, Bapunu, Vili, Mitsogo, Batéké, Bakota et Obamba, pour ne citer que les...