Si les organisations sud-américaines de défense des droits de l’homme se sont réjouies à l’annonce venue de Londres, les gouvernements ont conservé eux le silence ou exprimé leur soutien aux autorités chiliennes. Ainsi, l’Argentin Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la paix pour son combat contre la dictature dans son pays de 1976 à 1983, qui salue la décision rendue par les pairs de la Chambre des Lords d’invalider l’immunité dont se prévalait l’ancien dictateur chilien. «Je pense qu’il est d’une portée considérable que la Chambre des Lords ait fait son travail et n’ait pas gâché un demi-siècle de lutte pour les droits de l’homme», affirme-t-il. «Pinochet est un criminel et il doit être traduit en justice», ajoute-t-il. La joie des «Mères de mai», la satisfaction de Perez Esquivel révèlent en creux le mutisme complet du gouvernement argentin, qui défend la position chilienne selon laquelle les tribunaux espagnols, français, belges, suisses ou encore luxembourgeois n’ont pas la compétence pour juger de faits commis au Chili. Évitant de commenter directement la décision des pairs londoniens, le ministre argentin des Affaires étrangères, Guido Di Tella, qui a reçu l’ambassadeur chilien Edmundo Perez Yoma, a exprimé son soutien au gouvernement chilien, «avec lequel nous sommes d’accord sur les principes du droit». Dans son ensemble, la classe politique en Argentine s’est efforcée de distinguer entre la personnalité de Pinochet – tous les partis affirment haïr le plus célèbre des dictateurs latino-américains – et le droit international, se gardant bien de froisser le voisin chilien. D’autant que le juge espagnol Baltasar Garzon, à l’origine de l’affaire, s’intéresse de très près à d’anciens responsables des juntes militaires qui ont régné en Argentine. Le réveil des vieux fantômes Même attitude au Brésil où le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso s’en tient au profil bas. «Bien que certains Brésiliens aient pu mourir pendant le règne de Pinochet, le gouvernement considère qu’il s’agit de cas individuels et n’entend faire aucun commentaire sur la décision rendue mercredi à Londres», indique-t-on de source diplomatique brésilienne. Mais dans son journal de la mi-journée, la télévision brésilienne Globo évoquait «une victoire pour la démocratie». Le gouvernement bolivien du président Hugo Banzer, qui dirigea la dictature militaire de 1971-78, s’est refusé au moindre commentaire. L’opposition et les syndicats ont en revanche bruyamment célébré l’invalidation de l’immunité de Pinochet et ses conséquences sur les autres pays. «Nous devons nous assurer que les ex-dictateurs, et pas seulement au Chili, seront traduits en justice», lance Ramiro Ramallo, porte-parole de la confédération syndicale COB. «Indépendamment de toute considération juridique, estime pour sa part l’ancien Premier ministre péruvien Javier Valle Riestra, il est évident que cette décision constitue une défaite politique et morale pour tous ceux qui ont commis de graves violations des droits de l’homme.» Au cours des derniers mois, l’arrestation de Pinochet n’est pas le seul événement qui ait réveillé les vieux fantômes qui hantent l’Amérique du Sud. Le 9 juin, le juge argentin Roberto Marquevich faisait arrêter le général Jorge Videla, responsable du putsch de 1976. Videla, aujourd’hui en résidence surveillée, comme l’ancien amiral Emilio Massera, arrêté mardi dernier, sont soupçonnés d’avoir participé à un réseau d’adoption clandestine de nouveau-nés enlevés à leur mère dans les centres de détention et de torture de la junte. Mais, contrairement au Chili, la démocratie argentine a jugé ses anciens généraux putschistes. Videla et Massera ont ainsi été condamnés à la détention criminelle à perpétuité en 1985. Cinq ans plus tard, ils étaient graciés en vertu d’une amnistie accordée par le président Carlos Menem.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Si les organisations sud-américaines de défense des droits de l’homme se sont réjouies à l’annonce venue de Londres, les gouvernements ont conservé eux le silence ou exprimé leur soutien aux autorités chiliennes. Ainsi, l’Argentin Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la paix pour son combat contre la dictature dans son pays de 1976 à 1983, qui salue la décision rendue par les pairs de la Chambre des Lords d’invalider l’immunité dont se prévalait l’ancien dictateur chilien. «Je pense qu’il est d’une portée considérable que la Chambre des Lords ait fait son travail et n’ait pas gâché un demi-siècle de lutte pour les droits de l’homme», affirme-t-il. «Pinochet est un criminel et il doit être traduit en justice», ajoute-t-il. La joie des «Mères de mai», la satisfaction de Perez Esquivel révèlent...