Au grand dam de certains négociants qui craignent des lendemains douloureux, la 138e vente des Hospices de Beaune, qui servira d’indicateur pour les achats à la production des vins de Bourgogne 1998, s’est soldée, dimanche, par une nouvelle hausse sensible des prix. À l’issue de la vente aux enchères qui a duré six heures, devant un parterre de négociants du monde entier, la hausse est ressortie à 12%, avec un prix moyen de 42 806 francs contre 38 119 francs l’année dernière. Pour les rouges, la hausse moyenne a été de 15%, à 39 949 francs, contre 34 699 francs, et pour les blancs, elle s’est établie à 5%, à 55 798 francs contre 53 048 francs en 1997. Cette hausse inquiète d’autant plus certains acteurs du vignoble bourguignon que la qualité du millésime n’a rien d’exceptionnel, compte tenu des mauvaises conditions climatiques, notamment pendant la période des vendanges. «Sans pour autant être médiocre, il faut avouer que 1998 n’est pas un millésime facile», a déclaré Michel Bettane, expert de La Revue du Vin de France. «C’est une année où le savoir-faire sera un élément déterminant», a-t-il ajouté. D’autres parlent d’un millésime «hétérogène» pour les vins rouges et de vrais problèmes sur certains vins blancs. Cette progression s’inscrit sur la lancée de 1997 où les prix avaient augmenté de 46% en moyenne pour les rouges et 38% pour les blancs et un contexte de forte progression de la demande sur le marché mondial, particulièrement au Japon. La Bourgogne a commercialisé 180 millions de bouteilles en 1997/98 (+9%), dont 60% à l’exportation. Les ventes à l’exportation dépassent pour la première fois les ventes sur le marché français et il semble que l’offre bourguignonne en vins rouges n’ait pas eu la capacité quantitative de satisfaire l’ensemble de la demande française et étrangère. Appel à la prudence La bonne conjoncture en Europe et aux États-Unis, avec un dollar et une livre sterling forts pendant une bonne partie de l’année, ainsi que le «French paradox» qui voudrait que la consommation de vin protège de certaines maladies du siècle, ont contribué à cette euphorie qui semble se prolonger. L’approche de l’an 2000 conforte les optimistes. «Il ne faut pas négliger l’effet 2000. Un grand nombre de gens dans le monde entier veulent avoir des grandes bouteilles de vins de Bourgogne (...) pour fêter le passage au nouveau millénaire», souligne Marc Jambon, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). À cela s’ajoute la forte augmentation de la demande japonaise qui semble imperméable à la crise financière, à la baisse du yen et à la hausse des prix du vin. «Il est très difficile de savoir ce qui va se passer dans les prochains mois. Mais nous sommes très étonnés de la persistance de la demande japonaise», dit Pierre-Henri Gagey. Le Japon est devenu cette année le deuxième plus grand consommateur de vins de Bourgogne au monde – juste derrière le Royaume-Uni – avec des exportations qui ont été multipliées par deux au premier semestre, de 30 000 à 60 000 hectolitres. Beaucoup de négociants bourguignons et certains producteurs, craignant l’impact de la crise financière mondiale et de la mise en place d’un euro fort, et soulignant que les prix ont déjà atteint des niveaux plus que raisonnables, auraient préféré une stabilisation des prix. Ils craignent que la Bourgogne renouvelle, dix ans après, ses erreurs de la fin des années 1980, lorsqu’elle avait augmenté ses prix de 50% en deux ans avant de retomber brutalement et douloureusement, au début des années 1990. «Je lance un appel à la prudence pour ne pas renouveler les excès de la fin des années 1980», avait déclaré le président des négociants juste avant les ventes aux enchères. «Lorsqu’au printemps prochain, on va se rendre compte que l’on est obligé de baisser les prix des vins de 1997, on aura l’air fin avec nos vins de 1998», déclare ce négociant venu de Belgique bousculer le milieu bourguignon traditionnel. La pièce de charité (300 bouteilles) au profit de l’association «La Chaîne de l’Espoir» représentée par les comédiennes Sandrine Kiberlain et Anouk Aimée, à été attribuée à 300 000 francs et les Hospices de Beaune ont annoncé un don de la même somme pour les sinistrés d’Amérique centrale.
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